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Tag - Denis Podalydès

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dimanche 14 juin 2009

La Grande Magie à la Comédie-Française

La Grande Magie à la Comédie-Française, De Filippo
La salle Richelieu de la Comédie-Française se remplit jusqu'aux poulaillers d'un large public, traditionnels retraités, jeunes couples, familles avec enfants. La soirée ne décevra pas : la vénérable institution donne ici un spectacle agréable et d'honnête facture.

Ecrite en 1948 par le dramaturge italien Eduardo De Filippo - très connu dans son pays, moins en France - la pièce tient sur le papier en peu de phrases. Dans une station balnéaire, un homme très jaloux, Di Spelta, voit son épouse disparaître dans un sarcophage au cours d'un numéro de prestidigitation. La belle s'est dans les faits enfuie avec son amant ; Marvuglia, le magicien, persuade le mari qu'elle se trouve dans une petite boîte : cette boîte lui rendra son épouse dès qu'il l'ouvrira, si et seulement si, en le faisant, il a suffisamment confiance en elle...

Si la prestidigitation repose sur l'apparence, si ses tours se jouent de ce que nos yeux peuvent voir et ne voir point, la pièce montre que la magie, pour survivre aux lois sensorielles, est avant tout affaire de mots (c'est avec de belles phrases que Marvuglia et ses complices emberlificotent le pauvre mari trompé) et tout autant affaire de croyance. Si Di Spelta, pour retrouver sa femme, préfère se vautrer dans l'illusion, c'est que cet être sans foi ni rêve au départ trouve son compte dans les fables dont on le berce et auxquelles il finit par tenir plus qu'à la réalité...

Charmant décor d'opérette, chic des costumes des années 1940, jeux de lumière, de musique et de rideau créent le spectacle dans le spectacle, tandis que deux très grands comédiens déploient tout leur talent : Hervé Pierre interprète le magicien qui en jette, tonitruant, attachant mais roublard ; Denis Podalydès joue Di Spelta, anxieux, orgueilleux humilié, torturé et tortionnaire, très mélancolique dans le fond. Deux rôles que chacun d'eux incarne à la perfection. En revanche certains personnages secondaires - les femmes en particulier - sont soit un peu pâles, soit au contraire dans un excès superflu.

Le théâtre populaire est peut-être celui qui exige le plus talent dans la mise en scène comme chez les comédiens. Cette proposition-ci, signée de l'anglais Dan Jemmett appelle bien peu de réserves.

La Grande Magie
d'Eduardo De Filippo
Comédie Française
Salle Richelieu - place Colette, Paris Ier
Tél. : 0 825 10 16 80
Places : de 5 à 37 €
Horaires : lun., sam. et dim. à 14 heures et 20 h 30 et du mar. au vend. à 20 h 30
Durée : 1 h 50
Jusqu'au 19 juillet, puis reprise à la rentrée partir du 7 octobre 2009
Mise en scène : Dan Jemmett
Texte français : Huguette Hatem
Avec Claude Mathieu, Michel Favory, Isabelle Gardien, Cécile Brune, Alain Lenglet, Coraly Zahonero, Denis Podalydès, Jérôme Pouly, Loïc Corbery, Hervé Pierre
et Judith Chemla

Photo © Pacome Poirier / Wikispectacle

mercredi 4 mars 2009

Voix off. Denis Podadydès

Denis Podalydès, Voix off au Mercure de FranceTant de voix font un homme ; et peut-être plus de voix encore forment un comédien.
Les convoquant toutes, Denis Podalydès trace, au filet de ses voix, une manière d'autobiographie, toute en ondulations.

Au commencement, il y a la voix familiale, celle de sa grand-mère maternelle, de sa mère et de ses frères, qui est aussi la sienne lorsqu'il se trouve embarrassé, intimidé, emprunté. Une voix qui monte haut, se réfugie dans les aigus jusque dans le nez.
De la voix de sa grand-mère aussi respectée que crainte lui reviennent ces déjeuners hebdomadaires dans l'immeuble familial versaillais et son positionnement, dès l'enfance, dans la fratrie : il est déjà l'amateur de belles lettres, l'esprit nourri et délicat des quatre garçons.

De la bibliothèque (où il "règne une nostalgie féconde et radieuse, une douceur d'arrière saison, avec cette lame de soleil qui traverse à l'horizontale le salon, à cinq heures du soir au début de l'automne, une douceur de buffet garni, de vieux livres de la NRF...") à la librairie de son aïeule, le jeune Denis ne quitte guère le monde des livres, mais c'est au lycée, auprès d'un camarade de classe lui faisant découvrir Proust dans un passage d'Albertine disparue ("Que le jour est lent à mourir par ces soirs démesurés de l'été"), qu'il découvre le plaisir incommensurable de poser sa voix dans la littérature et la littérature dans sa voix. S'installe alors en lui, pour ne plus le quitter, le besoin de dire, pour mieux les savourer, les textes aimés.

Si les voix des auteurs classiques ont alimenté et modelé sa voix intérieure, c'est avec celles des grands comédiens qu'il a exercé et trouvé sa voix de scène. Ses écoutes, empreintes d'autant d'attention que d'admiration, ses propres répétitions et imitations ont été et demeurent inlassables. Les évoquer à l'écrit serait vain si elles n'étaient pas perçues et restituées avec la sensibilité de Denis Podalydès, dont on connaît, depuis Scènes de la vie d'acteur, son premier ouvrage, la plume finement travaillée. Les descriptions de voix qu'il nous livre ici sont délicieuses de précisions métaphoriques et soulignent à merveille l'insaisissable matérialité, la puissance d'évocation et les réserves de séduction contenues dans une voix :

Voix de Jean-Louis Trintignant.
Avance à plat jusqu'à la finale, d'un mouvement décisif, régulier, faisant converger la phrase et la mélodie vers le même noeud de sens, qui lui donne sa charge et sa sensualité. Le petit repli délicat, au bout de la dernière syllabe, dit la pointe d'accent du Midi, et délivre en même temps la nuance ironique, amusée, tendre, qui gît dans la voix de Jean-Louis Trintignant. Son mordant est vivace, sa cruauté, infiniment précise, lorsque le rôle réclame qu'il libère les chiens féroces, trop longtemps contenus, de son timbre puissant. (...). Voix tapie prête à bondir, articulée dans une concentration qui parvient à résonner sans sécheresse, voluptueuse.

Voix off
Denis Podalydès
Mercure de France
Collection Traits et portraits
Livre + CD, 250 p., 25 €

samedi 1 novembre 2008

Scènes de la vie d'acteur. Denis Podalydès

Denis Podalydès, scènes de la vie d'acteurEtre dans la peau d'un acteur, tout le temps, ou à n'importe quel moment. Etre dans la peau de Denis Podalydès, sociétaire de la Comédie-Française, qui a réuni dans ces Scènes les notes prises au fil de son métier d'acteur : descriptions très précises de tournages, de répétitions, d'attentes, de représentations devant le public, partagées avec le lecteur comme s'il y était.
Mais le comédien dessine aussi des portraits, livre des réflexions et des questionnements, des états d'âmes et leurs variations. C'est que Denis Podalydès a ceci de passionnant qu'il apparaît dans ce journal de bord comme un être à peu près dénué de certitudes. Il est homme qui cherche. Il aurait aimé ceci, il aimerait cela. Il sait l'espoir et la désillusion. Il connaît aussi le succès ; mais se méfie de la duperie. Il y a chez lui un mélange d'orgueil bien trempé et d'authentique humilité. Il y a chez lui, outre celui du théâtre, l'amour de la littérature, le goût du travail obstiné, la soif de connaître, le désir de toujours s'émerveiller. De l'autre côté, il y a nous, spectateurs, tout aussi émerveillés mais par lui, le comédien, le metteur en scène (d'un Cyrano inoubliable notamment) et enfin, ici, par l'auteur. Car le bougre - qui n'en manque pourtant pas - a aussi le talent de bien savoir tourner sa plume, qu'il a fine, précise et sensible. Celle d'un acteur qui ne se contente pas de beaucoup jouer et de susciter l'admiration, mais ne cesse, tout autant, sinon plus, de lire, observer, réfléchir.

Scènes de la vie d'acteur
Denis Podalydès
Seuil, 295 p., 19 €

mardi 30 janvier 2007

Cyrano de Bergerac à la Comédie-Française

cyrano Cyrano de Bergerac, la célèbre pièce d'Edmond Rostand méritait bien le bichonnage que lui a réservé le Français.
Denis Podalydès, entouré d'Emmanuel Bourdieu (le réalisateur notamment du film Les amitiés maléfiques) pour la dramaturgie, servi par une troupe exemplaire costumée par Christian Lacroix, évoluant dans les décors d'Eric Ruf, s'est emparé de ce grand classique du patrimoine dramatique français pour réaliser une mise en scène qui fera date.

La truculence, le panache du texte, qui ont valu à la pièce, depuis sa création en 1897 un grand succès populaire, donnent toujours son régal au spectateur.
Mais toute l'intelligence de Denis Podalydès est d'avoir pris le parti, avec beaucoup de finesse, de la profondeur onirique de la pièce, avec son lot de chimères, d'espoirs et d'illusions.
A chaque acte, la mise en scène et les décors débordent d'inventivité, de poésie et de beauté.
Peu importe que Roxane soit un peu fade, voire exagérément gnan-gnan, tous les autres comédiens, des rôles principaux aux secondaires, sont plus que convaincants ; les cadets de Gascogne ont la grâce, Michel Vuillermoz, amusant, bouleversant plus encore, nous éblouit de mille facettes.

Durant 3h1/4 , on reste pendu aux lèvres des comédiens, transporté par les sublimes décors, surpris par les idées de mise en scène ...
On en sort absolument ravi ... et avec l'heureuse envie de revenir au théâtre.

Montée au printemps dernier, la pièce a été reprise cette automne et se jouera jusqu'au 30 avril 2007.

Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand
Mise en scène : Denis Podalydès
Avec Michel Vuillermoz, Eric Ruf, Françoise Gillard ...
Comédie-Française, salle Richelieu
Place Colette - Paris 1er
M° Palais-Royal
A 20h30, 14h le week-end
Durée 3h15
Places de 5 à 35 €