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mardi 12 juin 2007

Silences. François Sagne (Galerie Frédéric Moisan)

françois sagneFrançois Sagne est un photographe de la pierre et de lumière, qu'il décline en une palette infinie de gris, de noirs et de blancs.

Avec l'exposition Silences, la galerie Frédéric Moisan propose jusqu'au 30 juin une sélection de ses travaux.

Ici, de grands blocs de marbre de Carrare prennent la lumière blanche pour mieux faire ressortir leur coupes nettes, leur matière lisse et douce qui se fait presque texture.

Là, d'immenses pierres sont dans l'ombre, viennent reposer le regard fatigué d'une lumière trop crue. Les grands formats se succèdent ; petit à petit le sombre devient menaçant, l'angoisse pointe.

Après ce face-à-face inédit avec la matière minérale, l'artiste invite à d'autres découvertes.

Nous voici sur les terres d'Egypte et de Jordanie, à Pétra, où la pierre travaillée par l'homme dans de monumentales sculptures offre un spectacle éblouissant.
Le champ est élargi ; la lumière abrupte du soleil au zénith blanchit, épure les paysages, les réduit à leur plus simple expression, celle de leurs reliefs naturels ou crées.
Silences la bien-nommée offre alors un voyage méditatif aux pays des ruines, sous une lumière cristalline qui éblouit et incite, à nouveau, à chercher l'ombre entre les pierres ... une quête sans fin dont François Sagne capte des instants majestueux.

Silences. François Sagne.
Galerie Frédéric Moisan
72, rue Mazarine – Paris 6ème
Du mardi au samedi de 11 h à 19 h
Jusqu'au 30 juin 2007

jeudi 5 avril 2007

René Lalique, Créateur d'exception 1890-1910.

lalique epingleDes moineaux à la gorge gonflée délicatement posés sur une branche, couverts de brillants : voici l'une des premières créations de René Lalique, lorsqu'il travaillait dans l'anonymat pour les grands joaillers Boucheron et Vever.

Déjà éclatent la finesse et le travail profondément créatif de l'artiste.

Né en Champagne en 1860, Lalique puise dans son enfance champêtre une constante inspiration.
Motifs végétaux, floraux et animaux les plus ordinaires demeureront présents tout au long de sa prolifique carrière, conférant à son œuvre une simplicité que ses autres inspirations - bien de son temps - n'altèreront pas.

Lorsqu'il fonde son propre atelier en 1887, il abandonne la joaillerie et a l'audace d'utiliser des matériaux moins nobles, comme l'ivoire et la corne, des pierre fines aux couleurs étranges comme l'onyx, le jaspe, l'agate, l'opale, qui lui permettent d'explorer sans limite le champ des couleurs et des formes, à la mesure de son génie créatif et de son imagination débordante.
Sensible aux inspirations de l'époque, son œuvre permet de retrouver les grandes tendances des arts décoratifs de la fin du XIX° et du tout début du XX°.

De l'éclectisme fin de siècle, avec la veine égyptienne qui persiste depuis les conquêtes napoléoniennes, à l'Art Déco du XX°, René Lalique se délectera un long moment dans le mouvement de l'Art Nouveau avec sa faune, sa flore, ses volutes, mais aussi un symbolisme très marqué avec le cygne, le serpent ...
Des estampes japonaises qui circulent alors à Paris, il utilise les motifs de pivoines, chrysanthèmes, branches de prunier, pavots, ombelles, qu'il incruste dans des peignes de bois laqués.

De tous ces mouvements, il fait un miel qui lui est propre, reconnaissable entre tous (un coup d'œil sur les créations d'autres concepteurs contemporains permet de le vérifier) : délicatesse, grâce, originalité, mais aussi une délicieuse ambiguïté dans sa représentation - constante - de la femme.
Au lissé des visages à l'ovale parfait, à la nudité innocente des corps féminins, se mêle le doux effroi des animaux qui font frissonner, insectes, iguanes, crapauds, chauves-souris ...

Au delà de la beauté pure de ses bijoux d'exception, René Lalique ouvre ainsi au visiteur attentif tout un monde de poésie, de fantasmes et de fantaisie, qui fait de cette exposition un véritable enchantement.


René Lalique, Créateur d'exception 1890-1910
Musée du Luxembourg, 19 rue de Vaugirard - Paris 6ème
Jusqu'au 29 juillet 2007
Entrée 10 €
Catalogue de l'exposition, 264 p., 32 €

Image : épingle à chapeau Guêpes, or, émail, opale, diamant (vers 1890-1900)

mardi 3 avril 2007

L'Aventure orientale. Galerie Le Château d'Eau (Toulouse)

aventure orientaleProposant plus de deux cents tirages originaux d'époque, cette exposition est la plus riche consacrée à ce jour au travail des ateliers photographiques au Proche-Orient et au Maghreb de 1860 à 1914.

Le visiteur est ainsi transporté dans l'Egypte des années 1870 et 1880, près des grandes pyramides, du temple de Louxor, mais surtout au Caire, pour des scènes de rue « typiques » : épiciers, bazars, restaurateurs ambulants, écrivain public, groupes d'hommes fumant et jouant devant un café ; scène d'école, où une poignée d'enfants sont assis par terre autour d'un homme âgé qui officie une longue baguette rudimentaire à la main, l'air infiniment grave et sérieux.

Les nouveaux « reporters » sont captivés par le mode de vie oriental, où toutes les activités semblent se dérouler dans la rue.
Ainsi à Istambul, Guillaume Berggren photographie sur le vif des scènes autour de la Grande Fontaine du sultan Ahmed II, qui réunit des hommes installés sur des chaises, discutant, le livrant à leurs occupations.

Mais de ces tirages albuminés (1), clairs et jaunis, se dégage souvent une grande mélancolie, en particulier lorsqu'ils montrent des enfants musiciens, ou des femmes portant leur progéniture sur leurs épaules, ou encore des jeunes filles des corbeilles de fruits immenses sur leur tête.

Les vues du Nil, eau, palmiers, animaux, pêcheurs, lumière impriment un calme et une poésie émouvante.
Notamment, très belle photo de femmes au bain : non dévêtues, la chevelure également couverte, chacune portant sa cruche, elles profitent du déplacement au fleuve pour se baigner, silencieuses, ignorant l'objectif.

Si ces vues de plein extérieur sont les plus touchantes, c'est certainement parce que qu'elles échappent à la mise en scène qui semblait être la règle à l'époque.
Lorsque les photographes se consacrent à l'art du portrait, on assiste en effet à de savantes poses : Tancrède Dumas (dignitaire turc, Bédouine de la Mer Morte, homme priant) comme Pascal Sebah (eunuque du sultan, femmes, raïs) ont voulu saisir une gravité, une dignité, un mystère, qui ne viennent pas seulement des imposants costumes, mais aussi des regards portés de côté, loin de l'objectif...

En Tunisie, on admirera de magnifiques tirages en héliogravure, aux tons bruns et clairs, qui ont un rendu proche du dessin, notamment celui de la jeune fille portant un couffin.
Puis des portraits de superbes jeunes filles aux lèvres charnues et cheveux épais, montrant un sein, certaines chargées de bijoux, turban savamment tressé, fleurs sur la tempe.
Les sourires sont parfois éclatants ; mais d'autres révèlent un regard pensif, voire empli de tristesse.

Au delà de la vision coloniale que l'on sait et de l'aspect documentaire des premières vues réalisées dans ces régions, on lit dans ces photographies la fascination des Occidentaux pour le Proche-Orient et le Maghreb ; notamment pour ce que cet exotisme contient de poésie et de douce mélancolie.


(1) Papier sensibilisé aux sels d'argent dispersés dans une couche de blanc d'œuf (albumine). Commercialisé à partir de 1855, il s'emploiera jusqu'à la fin du XIX° siècle. Son rendu qui permet les contrastes revêt toutes les nuances de sépia.


L'aventure orientale, entre art, documentaire et commerce.
Les grands ateliers photographiques au Proche-Orient et au Maghreb de 1860 à 1914.
Galerie Le Château d'Eau – 1, place Laganne à Toulouse
Jusqu'au 15 avril 2007
Ouvert de 13 h à 19 h tous les jours sauf le lundi
L'aventure orientale de Alain Fleig, publié à l'occasion de l'exposition aux éditions « D'une certaine manière », 19 €.

mardi 23 janvier 2007

Aux origines du livre, conférence à la BNF

minidanseDépart pour un lointain voyage avec une conservatrice de la Bibliothèque nationale de France ... C'était mardi dernier, et il y en aura d'autres ...

Attention ! avertit d'emblée Annie Berthier, l'histoire du livre n'est pas celle de l'écriture : point de livre sans support répondant à des critères précis.
Mais tout le monde est d'accord : il a bien fallu commencer par l'écriture avant d'inventer le livre.

L'écriture est née en Mésopotamie et en Egypte autour de 3300/3200 av. J.-C.
C'est alors l'un des éléments d'une série d'innovations majeures, au nombre desquelles la sédentarisation, le développement des villes, de l'architecture, etc. : le début de la civilisation historique.

L'histoire du livre - on y arrive - c'est ensuite et surtout celle du support du livre. A cet égard, l'invention du livre est caractérisée par des invariants. Le premier est que, pour fabriquer un livre, on se sert de ce qu'on a autour de soi.
Dans le bassin méditerranéen, ce sera le papyrus, fait avec la moelle du roseau aquatique du même nom.
Certes, on a pu d'abord graver sur des stèles. Mais une stèle gravée n'est pas un livre : on ne peut pas la porter !

C'est quoi, alors, un livre ? Un livre (en grec, on dira biblion, en latin liber), c'est : un assemblage portatif d'éléments présentant une surface plane sur laquelle il peut être écrit de façon durable.

Le texte était d'abord écrit sur des tablettes recouvertes de cire, sur lesquelles on gravait à l'aide d'un stylet. Il était ensuite recopié à l'encre sur le papyrus.
Le livre a eu ainsi d'abord la forme du rouleau.
Le parchemin , peau d'animal dépilée et effleurée, est arrivé très tôt aussi, à Pergame (d'où l'origine du nom). On a tendance à croire que le parchemin a remplacé le papyrus. En réalité, les deux ont coexisté pendant très longtemps.
La forme a ensuite évolué. Du rouleau, on est passé au codex : le livre est formé de feuilles pliées et assemblées en un ou plusieurs cahiers cousus et couvert d'une reliure.
C'est la forme que nous connaissons aujourd'hui.

Si le papyrus, le livre et la bibliothèque – avec la célèbre Bibliothèque d'Alexandrie qui en –50 contenait 700 000 volumes – viennent du Proche-Orient, le papier est en revanche un apport de l'Orient : la Chine a inventé le papier au X° siècle avant J.-C., et l'a utilisé dès le Ier siècle de notre ère. De ce point de vue, « l'avance » de l'Orient est énorme : en Occident, au Moyen-Age, on en était encore au parchemin...


La question de Mag :

Le support est-il important ? François Weyergans a fait cette sage réponse à un journaliste qui lui demandait avec affolement son avis sur le « livre électronique »:
« On a lu sur des parchemins, on a lu sur des peaux de chèvres, on pourra bien lire sur un livre électronique. Personnellement, je préfère le papier, mais je ne vais pas imposer mon amour du papier à la terre entière. Ce qui compte, ce n'est pas sur quoi on lit, c'est ce qui se passe dans la tête du lecteur au moment où il lit. »

Oui. Mais si on s'est mis au papier avec tellement de retard, peut-être peut-on profiter encore un peu de sa douceur ... et laisser aux Chinois la primeur du livre électronique ?


Tous les renseignements sur les conférences sont sur le site de la BNF