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mercredi 9 septembre 2009

Agustí Centelles, Journal d’une guerre et d’un exil

Ces photographies sont présentées pour la première fois en France.

Elles témoignent pourtant de l'un des conflits majeurs du XXème siècle : la Guerre civile d'Espagne.

Agustí Centelles est un jeune photographe de la presse catalane lorsqu'en 1936 le putsch militaire de Franco contre la République met le pays à feu et à sang.

Engagé auprès des Républicains, à Barcelone et sur le front d'Aragon, très mobile grâce à son Leica, Centelles enregistre les luttes et les drames : l'enthousiasme des miliciens (et des miliciennes, ce qui est une première et ne manque pas de surprendre en découvrant ces photos) partant en colonne défendre le gouvernement du Front populaire, les combats de rue dans Barcelone, la ville détruite par les bombardements, les cadavres d'hommes et de chevaux, la vie quotidienne sur le front, les équipements de fortune, mais aussi les sourires de ceux que l'espoir et la solidarité animent.

Ce regard humaniste n'est pas sans rappeler celui de Robert Capa qui a lui aussi - mais en tant qu'"extérieur" - témoigné de ce déchirant conflit intérieur.
Les photos et les journaux de l'époque de diverses tendances politiques rappellent les réactions de la communauté internationale : le soutien immédiat de l'Allemagne et de l'Italie à Franco ; la non-implication de la France et de la Grande-Bretagne ; l'appui des volontaires anti-fascistes (pour l'essentiel appartenant aux Brigades internationales), comme les écrivains André Malraux et George Orwell (que l'on peut voir ici, engagé dans les milices en 1937), et, à partir de la défaite des Républicains, la peur de la France de voir des Espagnols venir en masse s'y réfugier.

Agusti Centelles, exposition au jeu de PaumeLa deuxième partie de l'exposition traite précisément de ce sujet, avec les photos que Centelles a prises dans les camps du sud de la France lorsqu'il a dû fuir le régime franquiste avec près d'un demi-million de ses compatriotes en février 1939.
Interné au centre d'Argelès-sur-mer puis à celui de Bram, dans l'Aude, il a gardé trace grâce à ses photos mais aussi à son journal des conditions de vie dans les camps. Dans son cahier d'écolier il écrit : "Chaque jour qui passe dans cette prison (on ne peut pas appeler cela un camp de réfugiés malgré le nom qu'il porte), le désespoir grandit : des hommes normaux à leur arrivée en France, beaucoup, la plupart, peut-être 70 %, ont dégénéré mentalement".

Entourés de hauts barbelés, gardés par des tirailleurs sénégalais, les abris étaient de simples baraquements en bois, dont on se demande comment Agustí Centelles a pu y installer un laboratoire photo.
C'est en tout cas ce qui lui a permis d'être libéré au bout de quelques mois, autorisé à aller exercer son métier à Carcassonne.

Mais en 1944, pour échapper à la Gestapo, il doit fuir une nouvelle fois et revient alors en Espagne, où il va travailler, d'abord clandestinement, puis très discrètement, jusqu'à la mort de Franco. Ce n'est qu'en 1976, soit près de quarante ans après qu'il les a prises, que Centelles ira à Carcassonne récupérer les négatifs de ces photos, laissés dans la famille qui l'avait hébergé à l'époque.
Visiblement, il a fallu attendre encore quelques trente années de plus pour les exposer en France.

Agustí Centelles
Journal d’une guerre et d’un exil, Espagne-France, 1936-1939
Jeu de Paume - site Sully
62, rue Saint-Antoine - Paris IVème
Jusqu'au 13 septembre 2009
Entrée 5 €

Images : Confraternisation de militants anarchistes et d’agents de la Guardia Civil, Barcelone, 19 juillet 1936, Agustí Centelles, Archives Centelles, Barcelone / © ADAGP, Paris, 2009
et Camp de réfugiés de Bram, 1939, Agustí Centelles, Archives Centelles, Barcelone / © ADAGP, Paris, 2009

vendredi 3 octobre 2008

A Toulouse : Cinespaña 2008

Cinespana 2008Ce vendredi 3 octobre, Cinespaña redémarre pour une treizième édition de promotion du cinéma espagnol en France.

Six distinctions seront remises samedi 11 octobre au cours de la soirée de clôture, honorée de la présence du parrain du festival, Jorge Semprún :
- la Violette d'Or du Meilleur long métrage ;
- le Prix du Meilleur court métrage ;
- le Prix du Meilleurs Documentaire du jury Raíces ;
- le Prix Révélation descerné par le jury Etudiant ;
- le Coup de coeur des lecteurs de la Dépêche du Midi ;
- mais aussi le film préféré du public.

Cette année, un hommage est rendu au comédien (plus de deux cents rôles), réalisateur (trente films) et écrivain Fernando Fernán Gómez, tandis que la rétrospective est consacrée, en sa présence, au directeur de la photo lauréat de quatre Goyas, José Luis Alcaine. Chef opérateur de plus de cent films, il a notamment travaillé avec Pedro Aldomovar dans Attache-moi et Volver.
A noter aussi, le cycle scolaire mis en place avec l'Inspection Académique de Midi-Pyrénées qui présente une sélection de films aux collégiens et lycéens.
Enfin, la convivialité promet d'être comme toujours de la partie dans la cour de la Cinémathèque de Toulouse avec des rencontres-débats, apéro-concerts et autres rendez-vous au restaurant ou au bar à tapas.
Bon festival à tous !

Les lieux de Cinespaña
A Toulouse :
Cinémathèque - 69 Rue du Taur
Instituto Cervantes - 31 Rue des Châlets
Cinéma ABC au centre culturel Alban Minville 67 Allée de Bellefontaine
où l’ABC s’est transporté pour la durée de ses travaux de rénovation
Cinéma UGC - 9 allées Franklin Roosevelt
Ecole Supérieure d’Audiovisuel (ESAV) - 56 Rue du Taur
Casa de España - 85 avenue des Minimes
Cinéma Utopia - Rue Montardy
A Tournefeuille
Cinéma Utopia - Allées des Sports (31170)
Et pour tout savoir sur la programmation : Cinespaña 2008

vendredi 12 septembre 2008

Exposition Internationale Zaragoza 2008

Puisque cette rentrée ne "roule" décidément pas toute seule, faisons comme Luchini nous y invite dans la pub pour la SCNF : repartons immédiatement !
Pour ce week-end, petite évasion direction l'Espagne grâce à ce joli billet envoyé par Andreossi.
Bon voyage à tous !
Mag

Expo ZaragozaZaragoza s’expose sur les rives de l’Ebro et il faut choisir, si on ne dispose que d’une journée de visite, ou la ville, ou l’exposition internationale. Et dans ce dernier cas, une toute petite partie de l’exposition.

La tour de l’eau (« eau de vie ») attire immanquablement : sa hauteur (73 mètres), sa forme de goutte d’eau, sa transparence en font un passage obligé.

A l’intérieur, on commence à monter, sans trop savoir pourquoi, la rampe de plusieurs kilomètres qui grimpe tout autour de l’éclaboussure d’eau : une sculpture géante, toute argentée, dont la forme, et les reflets de couleurs évoluent en même temps que la progression. C’est le plaisir de cette montée qui reste mystérieux, ainsi que la leçon philosophique du but matériel (oh combien) que l’on atteint enfin au sommet. En haut, en effet, on ne trouvera qu’un bar et des toilettes.

On redescend, heureux d’avoir monté longuement, pour maintenant butiner du côté des pavillons nationaux. La variété que l’on y trouve ne tient pas seulement à la géographie et aux cultures, mais à l’ambition affichée par les divers pays pour attirer les touristes.
Expo Zaragoza 2008C’est ainsi que le public ressort enthousiaste de la séance cinéma proposée par la Pologne, et traverse avec détachement le désert Lybien. Les quelques 110 pays représentés, les pavillons des diverses régions d’Espagne demanderaient plusieurs jours de visite. Chacun traite à sa manière la thématique de l’eau, proposant parfois de véritables « installations » proches de l’art, parfois un exposé très didactique sur une question particulière au pays, parfois assurant le service minimum sur le thème.

On peut s’attarder avec intérêt sur les pavillons thématiques qui sensibilisent aux problèmes de l’eau et du développement durable : eau partagée, paysages de l’eau, eau extrême, initiatives citoyennes, soif ou cités d’eau sont autant d’occasions de s’offrir des moments de réflexion à l’aide de données imagées, animées, frappantes.
Le ludique et la participation au débat d’idées se mélangent sans cesse, du spectacle « le réveil du serpent », défilé très coloré qui anime les places chaque jour, à la visite de « oïkos » où on pourra méditer sur la maison basée sur la transformation et l’accumulation de l’énergie à coût zéro. Une telle exposition est populaire : on y entre, on y erre, on se laisse aller, on laisse chez soi l’ambition de comprendre tout de la question de l’eau.

Expo Zaragoza 2008
Jusqu'au 14 septembre 2008

jeudi 8 mars 2007

Les exilés de la mémoire. Jordi Soler

exilesLorsque Franco s'empare du pouvoir en 1939, Arcadi, artilleur républicain pendant la guerre civile, n'a guère le choix.

Laissant à Barcelone sa femme et sa fille, il préfère passer la frontière, comme 450 000 autres Républicains, plutôt que s'exposer aux représailles du dictateur.
Son coeur vaincu est porté par l'espoir d'être accueilli comme réfugié politique en France et, plus encore, celui de revenir le plus tôt possible dans une République restaurée.

Comment aurait-il pu imaginer ce qui l'attendait de l'autre côté ?
Lors de la retraite des antifranquistes, la Retirada, la plupart des républicains sont directement parqués dans des camps, notamment à Argelès-sur-Mer, où ils se retrouvent prisonniers à même le sable, livrés à des conditions d'existence atroces.

Beaucoup y périront ; Arcadi, au bout de 17 mois, aura la chance de s'en sortir, puis de gagner le Mexique, grâce au gouvernement de Lazaro Cardenas et à l'énergie de son ambassadeur, soucieux, contrairement à la France de Vichy, d'accueillir sur ses terres les réfugiés espagnols.
Arcadi s'installe dans la jungle mexicaine où il fait venir sa famille, retrouve des compatriotes républicains, fonde une prospère compagnie de production de café.

Tel est le récit que Jodi Soler, né au Mexique, nous livre : celui de son grand-père, reconstitué grâce aux souvenirs qu'Arcadi lui a laissé, soigneusement enregistrés sur des bandes, complétés par les témoignages d'autres protagonistes et par ses propres recherches.
A travers le destin particulier d'Arcadi, c'est tout un pan de l'histoire de l'Espagne et de ses victimes que Soler nous fait mieux connaître.
Mais il nous offre aussi, au fil des pages, le récit d'une quête, celle qu'il entreprend, à quarante ans, pour comprendre qui fut le père de sa mère, quelle fut sa guerre, sa perte, son exil ; et peut-être plus encore, ce qu'il a "fait" en définitive de cet exil.
Pour le petit-fils mexicain, il s'agit donc aussi d'une quête des origines.

La recherche et le témoignage de Jordi Soler obéissent aussi à la nécessité, devenue impérieuse, de sortir d'un insupportable oubli le triste sort de nombreux Républicains espagnols, en rappelant aux enfants de l'Espagne d'aujourd'hui l'atroce déchirure que leur pays a connu à la fin des années trente.

Dans Les exilés de la mémoire, il nous livre également une mélancolique méditation sur l'exil. Après la mort de Franco en 1975, Arcadi entreprend avec son épouse un voyage sur la terre natale. L'épisode en dit long :

Les trois mois qu'ils devaient consacrer à ce voyage de retrouvailles finirent par se réduire à quinze jours durant lesquels Arcadi arpenta comme une ombre le territoire de sa vie antérieure. (...) Sa soeur Neus, avec qui il avait parlé au téléphone chaque année en décembre pendant trente-sept ans, était une voix qui ne correspondait absolument pas à cette dame qui effectivement lui ressemblait, mais avec qui, et il venait de le découvrir tout à coup, il n'avait rien en commun. Arcadi avait construit une autre vie de l'autre côté de l'océan, tandis que sa soeur avait purgé sur place, comme elle l'avait pu, plusieurs décennies d'après-guerre. (...) Durant ces quinze jours, Arcadi qui était arrivé à Barcelone en se cherchant lui-même, finit, à force de rencontres brutales ou ratées, par effacer sa trace et par dire à ma grand-mère qu'il voulait rentrer à la maison, que pour lui sa soeur n'était qu'une voix et Barcelone une collection de petits films qui défilaient tous les dimanches sur le mur de la La Portuguesa.

Animée du respect attentif qu'un petit-fils porte au destin de son grand-père, la voix de Soler a la fraîcheur de celui qui découvre ; de l'histoire qui prend forme sous une plume au rythme propre.
D'une écriture riche et simple, sonore et imagée, alliant la concision au sens du détail, Jordi Soler nous offre un bouleversant ouvrage de mémoire, aux multiples échos : le sien, celui de son grand-père, celui de « son pays », mais aussi celui de la France ; et, peut-être, la voix de tous les exilés de la mémoire.


Les exilés de la mémoire. Jordi Soler
Traduit de l'espagnol par Jean-Marie Saint-Lu
Editions Belfond, 264 p., 19 €
Les exilés de la mémoire est le premier livre traduit en français de Jordi Soler. Il est auteur de quatre romans, de poèmes et de nouvelles, et collabore à différents journaux.