La
maîtrise de la fabrique de la porcelaine fut une histoire longue et compliquée
en Europe.
Arrivées par le Moyen-Orient à la fin du Moyen-Age, les
porcelaines chinoises suscitèrent immédiatement un grand
intérêt en Europe.
On attacha à ce matériau à la fois dur, translucide et éclatant toutes sortes
de vertus, dont celle de détecter les poisons...
Les Européens s'efforcèrent dès lors de reproduire cette matière
exceptionnelle.
Cependant, ils ignoraient la composition de la pâte, ce qui
constitua un obstacle permanent.
Ils réalisèrent d'abord les majoliques, puis la faïence, mais le support
demeurait une terre cuite sans rapport avec la texture cristallisée dans la
masse de la porcelaine chinoise.
Le XVIème siècle connut de nouvelles tentatives plus abouties avec la
porcelaine dite des Médicis à Florence et son adaptation française de
Saint-Porchaire.
C'est surtout à la fin du XVIIème siècle et au cours du XVIIIème
siècle, avec la mise au point de la porcelaine tendre à fritte, ou
porcelaine artificielle que les manufactures françaises (Vincennes-Sèvres,
Chantilly, Mennecy...) et anglaise, associant les recherches des céramistes et
verriers, imitèrent le mieux la porcelaine dure, sans parvenir néanmoins à
obtenir véritablement le résultat recherché.
Les Allemands furent les premiers à identifier en Saxe, en 1709, le
kaolin qui permettait de fabriquer la véritable porcelaine.
Auguste le Fort créa donc en 1710 la manufacture de Meissen et essaya de
conserver secrète la fameuse formule de l'« arcane », que toute l'Europe
lui enviait.
Mais la diffusion était irrésistible et la porcelaine dure finit par faire son
apparition à Vienne en 1717, puis, vers le milieu du siècle, à Höchst,
Wymphenberg, Berlin...
Le secret passa aussi à Strasbourg, mais les Français découvrirent à
leur tour, en 1763, le kaolin à Saint-Irieix près de Limoges et nombre
de manufactures françaises fabriquèrent simultanément des pièces en porcelaine
dure et d'autres en porcelaine tendre, ces dernières tendant à disparaître à la
veille de la Révolution.
La porcelaine dure avait alors conquis l'Europe entière :
l'Italie avec Capodimonte, la Russie avec Saint-Pétersbourg, l'Angleterre, les
Pays-Bas, la Suisse, l'Espagne, au point d'être répandue partout au XIXème
siècle.
Les décors ne devront dès lors plus grand-chose à l'Extrême-Orient et, après le
passage obligé du néo-classicisme international, les tendances les plus
diverses se donneront libre cours.
Rappelant ainsi l'histoire de la porcelaine en Occident, le musée
d'Orbigny-Bernon à La Rochelle présente une série porcelaines chinoises des
XVIIIème et XIXème siècles, mais également un grand nombre d'objets décoratifs
issus des manufactures européennes aux mêmes époques, permettant de mesurer,
effectivement, la variété des inspirations.
Ainsi, dans les vitrines consacrées à la porcelaine de Meissen (Saxe) du
XVIIIème siècle, on appréciera les efforts d'imagination des maîtres de
l'époque : par exemple, avec la série de figurines intitulées
L'Amérique, L'Afrique et L'Asie.
L'Afrique attire immanquablement
l'attention, donnant à voir un nègre noir comme l'ébène, assis sur un
lion, richement vêtu : peau ornée de plumes multicolores, drapé d'une cape
lie-de-vin doublée de vert franc et fermée par un soleil, la tête coiffée d'un
trophée de chasse–tête d'éléphant... un modèle qui vaut le détour !
Noter que le musée propose également un éclairage historique de la ville
(notamment sur les célèbres sièges de la Rochelle ainsi que la Seconde Guerre
mondiale).
D'autres salles sont consacrées aux arts d'Extrême-Orient (où
on peut admirer une chambre chinoise du XIXème siècle), enrichis de dépôts du
Musée Guimet (sur ce célèbre musée parisien, lire
les billets du 27 et du
29 août dernier).
Pour tous les amateurs de porcelaines et autres chinoiseries, ne pas oublier le musée des Arts décoratifs à Paris. Consulter aussi quelques ouvrages consacrés à la matière.
Musée
d'Orbigny-Bernon
2, rue Saint-Côme - 17000 La Rochelle
Tél. : 05 46 41 18 83
Fax : 05 46 29 22 60
Mél: musee-art@ville-larochelle.fr
Entrée : 3,50 €
Image : Bouteille, porcelaine "bleu et blanc", Chine, dynastie Ming, période de transition (1630-1640)