Le Jeu de Paume ouvre ses
grands espaces à une réflexion sur l'image.
Le titre et le sous-titre peuvent paraître un peu pompeux ; ils soulignent
en réalité un travail d'exposition remarquable.
Au delà de la question du propos, le parcours a le mérite de nous entraîner,
d'emblée, loin des sentiers battus.
Départ immédiat pour la guerre de Crimée. C'était entre 1853 et 1856.
On commençait à photographier et, compte tenu de l'état de la technique, il
fallait beaucoup de temps pour prendre un cliché.
Le résultat est troublant : des tranchées désertes dans la steppe
russe, avec leurs sacs de sable, leurs soutènements d'osier. Le front paraît
abandonné ; on se sent loin des combats.
De magnifiques vaisseaux pris dans la glace surgissent dans une étendue de
blanc, leur silhouette inquiétant et fascinante n'est pas sans nous rappeler
quelque chose (le Rivage des Syrthes ? ...)
Un siècle et demi nous sépare du moment où ces belles et grandes photos en noir
et blanc, légèrement jaunies mais bien nettes, ont été prises. Il se dégage de
ces images lointaines un calme et une beauté inattendus.
Puis les dessins de Durand-Brager saisissent le mouvement et viennent
nous rappeler qu'il s'agissait de combats, d'assauts, de luttes, de violence. A
cette époque, le trait du crayon était le plus à même de rendre compte de
l'action, du « direct », de l'événement, que la photographie.
Le 2ème sujet choisi (il y en a 5 en tout, dont la chute du Mur de Berlin,
les congés payés et les attentats du 11 septembre) traite d'une belle
et passionnante aventure : celle de la conquête de l'air.
Louis Blériot réussit la traversée de la Manche en 1909 : il n'y a qu'à
regarder les photos (et le film) de son départ et de son arrivée pour
comprendre ce qu'a pu représenter cet exploit aux yeux de ses contemporains. En
particulier, celles d'un groupe de personnes à terre, photographié de loin et
de dos, regardant un petit point qui s'éloigne dans le ciel ... ou de son
épouse portant à ses yeux des jumelles pour mieux suivre son parcours.
Tout le miracle du vieux rêve de l'homme en train de se réaliser se lit
dans ces images - et peut-être aussi dans le film d'actualités, montrant le
sourire timide et fier, mais finalement franc et très émouvant du victorieux
Blériot.
Suivent des prises de vues alors inédites : l'objectif se met à la
verticale, vise d'en haut, ou bien d'en bas (ne pas louper la photo prise de la
tour Eiffel).
Suivront aussi, dans la presse, des mises en page nouvelles : des
exemplaires de « La vie au grand air » (chouette titre !) montrent
que le bon vieux journal illustré commence à bousculer la platitude des
maquettes, à en oser de plus complexes pour mieux rendre compte de
l'événement ... on se dirige alors doucement vers la presse magazine
telle qu'on la connaît aujourd'hui ... VU naîtra moins de 20 ans plus tard ...
Après ces deux passionnantes salles, on poursuit la visite - et la réflexion
- demain avec l'espace consacré à la couverture médiatique des attentats du World Trade
Center.
L'Evénement, les images comme acteurs de
l'histoire
Jeu de Paume –
Concorde
1, place de la Concorde – Paris 8ème
Jusqu'au 1er avril 2007
Ouvert tlj sauf le lundi de 12h à 19h, le week-end dès 10h et le mardi jusqu'à
21h.
Entrée 6 € (TR 3 €)
Catalogue de l'exposition : 30 €