Ce film est un pied de nez. Pied de nez au
temps qui passe, à l'héritage douloureux, à la maladie et à la mort. Et comme
tous les pieds de nez à ce qui fait mal, il est terriblement réjouissant.
Salomon, quatre-vingt ans, interprété par Jean-Pierre Marielle vit séparé de sa
femme, laquelle (délicieuse Bulle Ogier plus que lunaire) vogue sur une douce
folie.
Il se repasse Fred Astaire en boucle, prend des cours de claquettes, danse tout
seul à la maison. Cherche une compagne par petite annonce, ne doute de rien et
séduit. Son âge, il l'oublie, ou plutôt a l'air de ne s'être jamais vu
l'atteindre. Sa fille lève les yeux au ciel mais l'adore tendrement. Tiens, la
voici enceinte, d'ailleurs. Pour une déclarée stérile de 41 ans (jouée par
Valeria Bruni Tedeschi, très convaincante aussi), c'est une belle
surprise ; elle en engueule le labo qui n'a pu que se tromper...
Tout part comme ça, et ne s'arrête pas. Ainsi déboule la piquante Sabine Azema,
alias Violette, la petite amie que Salomon a dégotée grâce au journal. Et le
garde-malade de la mère foldingue qui l'embarque en Suisse pour trouver quelque
argent. Et enfin le bébé qui décide de naître dans la bibliothèque de l'hôpital
psychiatrique. Cela peut paraître décousu et simplement loufoque.
Evidemment, et alors ? Car cette comédie déjantée est tout sauf vaine.
Bien au contraire, sous cette légèreté qui a l'air de partir dans tous les
sens, il y a une véritable cohérence, et un propos d'autant plus savoureux
qu'il n'est jamais dit.
L'obstination de la mémoire qui fait mal, la maladie, la vieillesse, la mort
qui vient, le tragique donc, oui. Mais voici que sur ces drames pousse un brin
de folie, surgissent une rencontre, une étreinte, une danse, une ballade, une
engueulade pleine d'amour... tout ce qui bouge, et même tout ce qui paraît
improbable et que seul explique cet élan de vie débridé, enviable et
souverain.
Faut que ça danse. Noémie Lvovsky
Avec Jean-Pierre Marielle, Valeria Bruni Tedeschi, Sabine Azéma, Bulle Ogier,
Arié Elmaleh...
Durée : 1h 40 mn