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Tag - Fondation Cartier

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jeudi 15 janvier 2009

Raymond Depardon - Paul Virilio. Terre natale

Raymond Depardon, Paul Virilio à la Fondation CartierQue sont nos racines devenues ? Pourront-elles résister encore demain ?
Dans ses trois documentaires (dont le dernier en date La vie moderne) consacrés au monde paysan, Raymond Depardon montrait des éleveurs de moyenne montagne en voie de disparition.

L'exposition visible à la Fondation Cartier jusqu'au 15 mars 2009 permet de prolonger et d'élargir la réflexion sur le maintien des peuples minoritaires sur leur terre natale. Dans un documentaire de 33 minutes, le photographe et cinéaste (accompagné de Claudine Nougaret à la prise de son) a donné la parole à ceux qui, au Brésil, au Chili, en Bolivie, en Afrique et même en France, en Bretagne et en Occitanie (où l'on retrouve Raymond Privat) voient leur enracinement menacé, et par là même leur langue maternelle.

Le film est saisissant - son impact est en outre renforcé par le dispositif de projection sur un écran monumental de huit mètres sur dix -, donnant à voir des visages immenses au regard franc, et à entendre des langues auxquelles l'on ne comprend goutte mais à la portée universelle. Dans la forêt amazonienne, deux très jeunes femmes répètent "Je veux protéger ma terre-forêt". Elles sont calmes et dignes, des victimes en résistance. Comme si elles puisaient leur force - impressionnantes de détermination - de leur terre et l'entretenaient avec leurs mots. Mais en creux, de façon poignante, on entend cette question : "Que nous restera-t-il si on nous enlève notre terre et notre langue ?". Plus loin, au Chili, bout de continent battu par les vents, une femme mapuche, seule avec ses enfants raconte combien il est difficile pour elle de survivre, combien bien peu de son peuple sont encore près d'elle. Elle sourit, serre ses filles autour d'elle, et puis pleure, se tait, s'excuse : "Je n'ai plus de mots". Et c'est, précisément, le plus bouleversant.

En écho à ces témoignages, la seconde partie de l'exposition est une interpellation de l'urbaniste et philosophe Paul Virilio sur les risques qui menacent à l'échelle planétaire. A travers des installations video, Paul Virilio dénonce l'importance des mouvements migratoires, actuels et plus encore des décennies à venir, liés à la mondialisation et aux changements climatiques. L'exode rural fait place à l'exode urbain, qui fait enfler les gares et les aéroports, lieux "d'outre-ville", de départs. Les villes moyennes disparaissent au profit de mégapoles de plusieurs dizaines de millions d'habitants. Les camps de réfugiés se multiplient et grossissent. "Le nomade est celui qui n'est nulle part chez lui", tandis que le sédentaire devient celui qui "très mobile, est partout chez lui, avec son téléphone mobile et son ordinateur portable".

Ces réflexions entrent en résonance avec l'autre documentaire de Raymond Depardon présenté en première partie du parcours, montrant l'extraordinaire rapidité avec laquelle on peut faire le tour de la planète, en passant par ses grands centres urbains - pour y voir une uniformisation effrayante. Ou comment la question des racines est ici mise en perspective, de façon vertigineuse, avec celle des distances et du devenir de l'espace géographique même.

Raymond Depardon - Paul Virilio
Terre natale - Ailleurs commence ici
Jusqu'au 15 mars 2009
Fondation Cartier pour l'art contemporain
261, boulevard Raspail - 75014 Paris
TLJ sauf le lundi, de 11 h à 20 h, nocturne le mardi jusqu´à 22 h
M° 4 et 6, Raspail ou Denfert-Rochereau, bus 38 ou 68, RER B, Denfert-Rochereau
Entrée : 6,50 € (TR 4,50 €)
Accès libre pour les moins de 18 ans le mercredi de 14 h à 18 h

jeudi 11 septembre 2008

César. Anthologie par Jean Nouvel

Exposition César à la Fondation CartierL'architecte Jean Nouvel, au sein de la Fondation Cartier pour l'art contemporain qu'il a dessinée, rend hommage au sculpteur César (1921-1998), ami admiré de longue date.
Il a ainsi procédé à une minutieuse sélection d'oeuvres de l'artiste, avant de les mettre en scène de façon magistrale. Navigant dans "ses" murs comme un poisson dans l'eau, l'architecte fait la démonstration qu'il sait efficacement mettre en espace l'intérieur de la "coquille" qu'il a conçue.
Une réussite dans laquelle le goût de Jean Nouvel pour le travail de César y est pour beaucoup, tant il semble avoir fait les bons choix, qu'il s'agisse de la quantité ou de la qualité des sculptures, mises en valeur avec clarté.

En particulier, le coup d'oeil est spectaculaire à l'arrivée au sous-sol, réservé aux Compressions, où l'on découvre un beau "garage" savamment organisé dans ses lignes, ses couleurs et ses matières.
Tout de suite à droite, les premières compressions réalisées dans les années 1960, patinées, apparaissent comme les vestiges d'un travail que l'artiste, trente après, développait différemment. Les sculptures de la fin des années 1990 sont en effet davantage pliées que compactées. Alignées en de superbes camaïeux de couleurs allant des gris aux bleus en passant par les verts, l'or et les rouges, leur douceur et leur laqué donnent envie de toucher, de comparer les textures, notamment avec les oeuvres rouillées, comme poudrées de la deuxième salle : maître du matériau, César créait des sculptures visuellement très évocatrices.

Au rez-de-jardin, un côté est consacré aux impressionnantes Expansions, ces sculptures de mousse de polyuréthane qui rendent le "coulé" de la matière molle. Ici encore, jeu des formes, avec des drapés et des nappages, jeu des couleurs et de la lumière, avec le brillant et l'irisé, mais aussi jeu de l'imagination pour le visiteur. On le voit par exemple hésiter à donner sa préférence à l'oeuvre qui évoque la crème chantilly à celle qui lui rappelle la crème dessert...

Enfin, le troisième espace est dédié aux Empreintes humaines : pouces, seins, mains agrandis sont déclinés à des échelles et dans des matériaux différents (résine de polyester, bronze, cristal de Baccarat, acier, marbre rose...). Les mains ouvertes, magnifiques avec leurs empreintes, justement, ces petites lignes qui courent sur la peau, concluent à merveille cette exposition placée sous le signe de la sensualité.

César. Anthologie par Jean Nouvel
Fondation Cartier pour l'art contemporain
261, bd Raspail - Paris 14ème
Jusqu'au 28 octobre 2008
TLJ sf le lundi, de 11 h à 20 h, nocturne le mardi jusqu'à 22 h
Entrée 6,50 € (TR 4,50 €)

Image : Herb Ritts, César, Cahors, 1993 © Herb Ritts Foundation