C'est un film
qui laisse un peu perplexe.
D'abord, il faut peut-être éviter la fausse bonne idée consistant à lire le
livre de François Bégaudeau (1), écrit comme un
scénario, juste avant d'aller en voir l'adaptation cinématographique :
autant se réserver la surprise des dialogues et de la bouillonnante énergie,
déjà présents dans le livre de l'ancien professeur de français.
Ensuite, il y a la Palme d'Or descernée par le jury de Sean Penn au dernier
Festival de Cannes et l'hystérie qui s'en est suivie dans les médias comme dans
le monde politique, grandes déclarations à l'appui : celles-ci ne
manquèrent pas d'intriguer le grand public. Qu'ont-ils découvert qu'ils ne
soupçonnaient point ?
Voici le film enfin projeté en salle. Et, curieusement, l'on en sort avec
l'impression d'avoir vu une "petite chose". Laquelle, au fait ?
Documentaire ou film ? Les milieux autorisés sont unanimes : il
s'agit d'un film. L'affaire est entendue, remarque faite qu'étant inspiré de
l'expérience d'un professeur de français jouant son propre rôle dans un collège
du XXème arrondissement de Paris avec des élèves dudit collège pour
interprètes, réalité et fiction se trouvent intimement mêlées.
Peu importe, si le résultat est convaincant. Il l'est assez. Mais il est avant
tout attachant. L'empathie avec François Marin (noble personne, louables
intentions et pédagogie plutôt fine) joue à plein régime. L'attachement à ces
mômes de 13, 14 ou 15 ans, insupportables mais désarmants est immédiat. Les
échanges, parfois enjoués, parfois violents, entre le professeur et ses élèves
de quatrième évoquent bien souvent le jeu théâtral. Car pour ces ados, tout
semble affaire de représentation et de spectacle. François est nécessairement
pris (au piège ?) dans ce jeu, dont il détient toutefois en grande partie les
clés : celles de la langue.
Là se trouve la trame de fond et le véritable intérêt d'Entre les
murs, livre comme film : l'affrontement incessant entre les élèves et
leur professeur est avant tout l'affrontement de deux langages. François Marin
a pour mission de leur faire apprendre le sien, qui est celui de la société
dominante et que ces jeunes ont du mal à accepter et surtout à s'approprier.
Avec la maîtrise du verbe, se joue pourtant leur avenir. Tel est l'enjeu de
l'action qui se déroule sous nos yeux, telle est la force du film, et son
ressort dramatique. Peut-être ne faut-il pas en chercher d'autre.
Entre les murs
Un film de Laurent Cantet
Avec François Bégaudeau, Esmeralda Ouertani, Boubacar Touré, Angelica Sancio,
Burak Ozyilmaz, Nassim Amrabt, Louise Grinberg
Durée 2 h 08
(1) Editions Verticales (2006), Prix France Culture-Télérama
Egalement en Folio, 290 p., 6,30 €