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vendredi 21 décembre 2007

A la recherche du temps perdu. Le temps retrouvé. La petite sonnette de la maison de Combray

Marcel Proust La RechercheJuste après la matinée Guermantes, au cours de laquelle, grâce à des réminiscences, est apparue au narrateur la nécessité d'écrire son oeuvre sur le temps, voici qu'il tombe malade.

Il se met alors à craindre de ne pas avoir la force de l'accomplir.

Pourtant, du fond de son lit, il pense à ce livre François le Champi de Georges Sand, dont la veille il a vu un exemplaire dans le salon-bibliothèque du prince de Guermantes où on l'avait fait attendre, livre que sa grand-mère lui avait offert pour sa fête lorsqu'il était enfant (cf. billet du 6 avril dernier), et que sa mère lui avait lu un soir dans sa chambre.

Ah ! si j'avais encore les forces qui étaient intactes encore dans la soirée que j'avais alors évoquée en apercevant François le Champi ! C'était de cette soirée, où ma mère avait abdiqué, que datait, avec la mort lente de ma grand'mère, le déclin de ma volonté, de ma santé. Tout c'était décidé au moment où, ne pouvant plus supporter au lendemain pour poser mes lèvres sur le visage de ma mère, j'avais pris ma résolution, j'avais sauté du lit et étais allé, en chemise de nuit, m'installer à la fenêtre par où entrait le clair de lune jusqu'à ce que j'eusse entendu partir M. Swann. Mes parents l'avait accompagné, j'avais entendu la porte du jardin s'ouvrir, sonner, se refermer...

Il sait que s'il a « retrouvé le temps », c'est peut-être parce qu'il ne l'a pas tout à fait perdu, puisqu'il a, la veille, entendu à ses oreilles la sonnette, « les criaillements de son grelot »...

Si c'était cette notion du temps évaporé, des années passées non séparées de nous, que j'avais maintenant l'intention de mettre si fort en relief, c'est qu'à ce moment même, dans l'hôtel du prince de Guermantes, ce bruit des pas de mes parents reconduisant M. Swann, ce tintement rebondissant, ferrugineux, intarissable, criard et frais de la petite sonnette qui m'annonçait qu'enfin M. Swann était parti et que maman allait monter, je les entendis encore, je les entendis eux-mêmes, eux pourtant situés si loin dans le passé.

A très bientôt pour le dernier épisode de A la recherche du temps perdu...

jeudi 28 juin 2007

Pauline. George Sand

Pauline de George SandImaginons deux jeunes filles de province.

L'une, Pauline, y est née, dans un milieu ultra catholique. Elle se consacre à sa vieille mère malade et veuve, dans le dévouement et l'abnégation.
Ses jeunes années passent dans cette petite ville de Saint-Front.

L'autre, Laurence, en est partie pour explorer la voie qu'elle sentait sienne. Installée à Paris avec sa mère et ses soeurs, elle est devenue comédienne.
Elle ne sera restée, en définitive, que quatre ans dans cette province où sa mère, veuve également, était venue travailler.
Mais ce temps a suffi pour qu'une solide amitié se noue entre les deux jeunes filles.

Quelques années plus tard, Laurence revient par hasard à Saint-Front. Les deux amies se retrouvent, comme elles s'étaient quittées, avec beaucoup d'affection, mais aussi telles qu'elles sont devenues...
Lorsque la mère de Pauline disparaît à son tour, Laurence la fait venir à Paris et la prend sous son aile.
Comment réagira la pure Pauline dans ce milieu dont elle ignore tout, qui l'attire autant qu'elle s'en méfie ?

Voici l'intrigue de ce bref roman dont George Sand écrivit un premier jet en 1832 avant de perdre le manuscrit et de l'oublier aussitôt. Retrouvé par hasard et achevé en 1839, il paraît alors pour la première fois dans La Revue des Deux Mondes avant d'être édité chez Magen et Cormon en 1841.

De sa plume fine, George Sand excelle dans la description psychologique et sociale.
Elle dresse de la province un tableau impitoyable ; alors que les artistes parisiens qu'elle décrit sont, tels Laurence, désintéressés et généreux.

Vision caricaturale ? Si caricature il y a, elle est, telle la morale de Pauline à l'envers.
George Sand a dépeint, avant Balzac, la mesquinerie d'un milieu qui prétendait avoir le monopole de qualités morales dont il ne se lassait pas de faire montre hypocritement, tout en condamnant avec une violente sévérité la déchéance du monde bohème des artistes.

Autant dire que ce petit roman n'a rien perdu de sa fraîcheur. L'écriture de George Sand fait le reste : on lit Pauline d'un trait, et avec une grande délectation.

Pauline. George Sand
Folio / Gallimard, collection Femmes de lettres (2007)
136 p., 2 €

mercredi 18 avril 2007

L'histoire du livre au XIX° siècle. Le temps des éditeurs (2/4)

CharpentierDans un contexte d'industrialisation de la production du livre, de nouvelles personnalités font leur apparition : les éditeurs, autour desquels la production se réorganise.

Jusqu'au XVIII° siècle, on ne distinguait pas, dans les professions, entre éditeurs et libraires.
La situation change radicalement au XIX° siècle : le rôle de l'éditeur se transforme, il devient le lien entre auteurs, imprimeurs, libraires et lecteurs.
Il a recours à des moyens financiers importants, notamment par l'emprunt. Il construit désormais une véritable politique éditoriale.

Ainsi, au cours du siècle, apparaissent de grands noms encore très connus aujourd'hui : Calmann-Lévy, Louis Hachette, Casterman ...

Mais le père de l'édition moderne est Gervais Charpentier. Il fut l'un des premiers à décider de produire des livres à bon marché. Il réduit les formats, fait imprimer sur deux colonnes, et parvient ainsi à diviser le prix du livre par quatre.

Michel Lévy - et à sa mort, Calmann-Lévy -, continue les coups de génie de Charpentier. Au départ éditeur de théâtre, il se lance dans la littérature avec des contrats très longs lui permettant de s'attacher les auteurs (George Sand, Zola notamment), finissant par acheter l'exclusivité des droits d'Alexandre Dumas. En outre, pour un même titre, il multipliait les collections en échelonnant les prix.

D'un autre genre, Louis Hachette, après avoir acquis un petit fonds dans le quartier latin, a misé sur des domaines en extension : la littérature pour enfants avec les Bibliothèques Rose et Verte, les livres scolaires (grâce à des contrats avec le ministère de l'instruction) ; il a également suivi le développement du réseau des chemins de fer en mettant à la disposition des voyageurs toutes sortes de livres, y compris des guides des voyage.

C'est ainsi qu'en concentrant bien des rôles entre ses mains, ce qui est nouveau, l'éditeur devient le maillon central de la chaîne du livre.
Rôle qui aura d'autant plus de portée que le XIX° siècle connaîtra un essor considérable de la production de livres.
A suivre ...

Nouveau livres, nouveaux publics au XIX° siècle.
Bibliothèque Nationale de France
Cycle Histoire du livre, histoire des livres
Conférence d'Eve Netchine,
Service de l'inventaire rétrospectif
Conférence du 5 avril 2007

Image : Scènes de la vie de province, Honoré de Balzac. Paris, Charpentier, 1839