En
se promenant sur les petites routes, on n'est jamais à l'abri de surprises
enchanteresses. Ici un "tas de pierres" plein de charme, là une splendeur
botanique : voici la Normandie, qui en réserve de belles.
Sur la côte d'Albâtre, allez donc faire un tour à Varengeville-sur-Mer, à une
dizaine de kilomètres de Dieppe. Tout au bout de ce village qui a accueilli
nombre d'artistes, parmi lesquels Monet, Pissaro, Georges Braque (il y a
installé son atelier), Picasso, Cocteau, Breton, Aragon ou encore Prévert, se
trouve une petite église dédiée à Saint-Valéry, entourée de son petit cimetière
marin.
Valéry, cimetière marin ? L'association ne manque pas de sel, comme un
clin d'œil souriant à la ville de poètes qu'est Sète, terre de Paul Valéry et
de Georges Brassens, sur une côte bien éloignée de celle-ci...
Pour l'heure, arrêtons-nous en pays de Caux, face à cette vue de carte
postale : la petite église de Varengeville et son minuscule cimetière
posés en bord de falaise, sur fond de vert tendre, de bleu azur zébré de blanc
et de mer turquoise.
Les proportions de l'édifice construit au XII° siècle sont curieuses, et pour cause : il a été agrandi au XVI° à l'initiative de l'armateur dieppois Jehan Ango, qui, à la nef romane a ajouté, côté sud, une seconde nef latérale. Et, entre autres ornementations de toutes époques, au XX° siècle, a été posée une belle série de vitraux modernes.
Alors on trouve de tout
dans cette petite église : des colonnes romanes et gothiques, des vitraux
(treize) de Raoul Ubac (1910-1985), un de Georges Braque, des piliers sculptés
du XVI° avec cordages, coquilles, soleil, sirènes et autres souvenirs de
l'illustre armateur, des statues en bois polychrome datant de la Restauration
(dont celle du patron de l'église), un autel moderne tout d'un bloc en pierre
de l'Oise...
Et le plus étonnant est que ce joyeux patchwork a un charme fou, une cohérence d'ensemble qu'aucun de ses éléments pourtant à forte personnalité ne remet en cause. Les vitraux des XX° et même XXI° siècles (un brumeux Christ sur la falaise de Jean Renut) se répondent dans leur abstraction ou dans leur figuration légère, blanc et noir pour certains, bleus resplendissant de mille feux pour d'autres. Sur les piliers, les sculptures naïves amusent et intriguent tandis que dans le chœur entouré tout en finesse de faisceaux de colonettes du XIII°, un très beau Christ en bois sculpté assure la solennité du lieu.
Dans le cimetière, en "éternel estivant" repose Georges Braque, sous une pierre ornée d'une mosaïque représentant un oiseau aux ailes déployées, en pleine harmonie avec ce poétique endroit, bien ancré dans son passé et très à l'aise dans son présent.
Le cimetière et l'église sont ouverts tous les jours de 9 h à la tombée de la nuit (l’été, fermeture de l’église à 19h et du cimetière à 21h).
Dans ce petit livre mince au bleu
brillant sont réunies deux versions illustrées du poème Lettera
amorosa de René Char (1907-1988).