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Tag - Georges Braque

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dimanche 30 mai 2010

La petite église de Varengeville-sur-Mer

L'intérieur de l'église de Varengeville sur Mer, côte d'AlbâtreEn se promenant sur les petites routes, on n'est jamais à l'abri de surprises enchanteresses. Ici un "tas de pierres" plein de charme, là une splendeur botanique : voici la Normandie, qui en réserve de belles.
Sur la côte d'Albâtre, allez donc faire un tour à Varengeville-sur-Mer, à une dizaine de kilomètres de Dieppe. Tout au bout de ce village qui a accueilli nombre d'artistes, parmi lesquels Monet, Pissaro, Georges Braque (il y a installé son atelier), Picasso, Cocteau, Breton, Aragon ou encore Prévert, se trouve une petite église dédiée à Saint-Valéry, entourée de son petit cimetière marin.
Valéry, cimetière marin ? L'association ne manque pas de sel, comme un clin d'œil souriant à la ville de poètes qu'est Sète, terre de Paul Valéry et de Georges Brassens, sur une côte bien éloignée de celle-ci...
Pour l'heure, arrêtons-nous en pays de Caux, face à cette vue de carte postale : la petite église de Varengeville et son minuscule cimetière posés en bord de falaise, sur fond de vert tendre, de bleu azur zébré de blanc et de mer turquoise.

Les proportions de l'édifice construit au XII° siècle sont curieuses, et pour cause : il a été agrandi au XVI° à l'initiative de l'armateur dieppois Jehan Ango, qui, à la nef romane a ajouté, côté sud, une seconde nef latérale. Et, entre autres ornementations de toutes époques, au XX° siècle, a été posée une belle série de vitraux modernes.

L'arbre de Jesse, Georges BraqueAlors on trouve de tout dans cette petite église : des colonnes romanes et gothiques, des vitraux (treize) de Raoul Ubac (1910-1985), un de Georges Braque, des piliers sculptés du XVI° avec cordages, coquilles, soleil, sirènes et autres souvenirs de l'illustre armateur, des statues en bois polychrome datant de la Restauration (dont celle du patron de l'église), un autel moderne tout d'un bloc en pierre de l'Oise...

Et le plus étonnant est que ce joyeux patchwork a un charme fou, une cohérence d'ensemble qu'aucun de ses éléments pourtant à forte personnalité ne remet en cause. Les vitraux des XX° et même XXI° siècles (un brumeux Christ sur la falaise de Jean Renut) se répondent dans leur abstraction ou dans leur figuration légère, blanc et noir pour certains, bleus resplendissant de mille feux pour d'autres. Sur les piliers, les sculptures naïves amusent et intriguent tandis que dans le chœur entouré tout en finesse de faisceaux de colonettes du XIII°, un très beau Christ en bois sculpté assure la solennité du lieu.

Dans le cimetière, en "éternel estivant" repose Georges Braque, sous une pierre ornée d'une mosaïque représentant un oiseau aux ailes déployées, en pleine harmonie avec ce poétique endroit, bien ancré dans son passé et très à l'aise dans son présent.

Le cimetière et l'église sont ouverts tous les jours de 9 h à la tombée de la nuit (l’été, fermeture de l’église à 19h et du cimetière à 21h).

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jeudi 12 avril 2007

Lettera amorosa. René Char

Lettera amorosaDans ce petit livre mince au bleu brillant sont réunies deux versions illustrées du poème Lettera amorosa de René Char (1907-1988).

La première, rédigée en 1952, est accompagnée de seize œuvres de l'artiste dada Jean Arp, papiers de couleurs coupés et collés, parfois peints à la gouache. Ce manuscrit, par endroits raturé, est une première ébauche du texte.

En 1953, René Char rédige une deuxième version. Dix ans plus tard, Georges Braque l'illustrera.
Le poète et le peintre mèneront cette entreprise avec une passion et un soin partagés.

A l'occasion du centenaire de la naissance de René Char, les éditions Gallimard permettent à tout un chacun d'apprécier cette très belle oeuvre, en publiant ces livres et manuscrits rares en collection de poche.

Au fil de la lecture, sur une mise en page délicate, on admire les merveilleuses lithographies de Braque : le profil d'une femme, celui d'un couple, des motifs animaux et végétaux poétiques, dans une palette de violets, verts, jaunes, bleus splendides et lumineux.
De la très belle matière à rêver autour d'un texte magnifique.

Parfois j'imagine qu'il serait bon de se noyer à la surface d'un étang où nulle barque ne s'aventurerait. Ensuite, ressusciter dans le courant d'un vrai torrent où tes couleurs bouillonneraient.

Nos paroles sont lentes à nous parvenir, comme si elles contenaient, séparées, une sève suffisante pour rester closes tout un hiver ; ou mieux, comme si, à chaque extrémité de la silencieuse distance, se mettant en joue, il leur était interdit de s'élancer et de se joindre. Notre voix court de l'un à l'autre ; mais chaque avenue, chaque treille, chaque fourré la tire à lui, la retient, l'interroge. Tout est prétexte à la ralentir.
Souvent, je ne parle que pour toi, afin que la terre m'oublie.

Ce n'est pas simple de rester hissé sur la vague du courage quand on suit du regard quelque oiseau volant au déclin du jour.


Lettera amorosa. René Char
Illustrations de Georges Braque et Jean Arp
Poésie/Gallimard, 6 €