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Tag - Gilles Clément

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lundi 28 avril 2008

Gilles Clément : une écologie humaniste

Gilles Clément, Louisa Jones, une écologie humanisteComment faire le plus possible avec, le moins possible contre ?
La question évoque l’économie des forces, ou le principe de certains arts martiaux, comme l’aïkido.

Pour Gilles Clément, ce doit être notre façon de faire avec la nature, lorsque nous devons agir avec elle.

Ce jardinier paysagiste a une belle carrière derrière lui : il est le co-auteur du parc André Citroën à Paris, jardin exemplaire de l’art qui sait montrer la diversité des alliances possibles entre le naturel et l’artifice ; il a réalisé un beau festival des graminées au pied du musée des arts premiers dans la même ville ; à Lille, il a eu le culot d’imposer l’île Derborence, refuge inaccessible où la diversité végétale fait ce qu’elle veut, hors de la présence humaine.
Bien d’autres réalisations (ainsi que les projets qui sont restés dans les cartons) sont présentées dans ce beau livre confectionné par Clément et Louisa Jones.

Mais on retiendra surtout la personnalité d’un homme qui ne joue pas à l’artiste, dont le « faire » s’inscrit dans une réflexion très élaborée sur notre place de jardiniers de la planète. Il développe, pratiquement et théoriquement, trois concepts qui aident à saisir dans quelle direction le paysage peut évoluer pour peu qu’on laisse sur la touche le modèle productiviste.

Le « jardin en mouvement » insiste sur le fait que les éléments en présence dans un jardin interagissent à leur manière : telle graine germera à telle place et pas ailleurs, et la fleur qui s’épanouit de cette graine a le droit de vivre là.
Le « jardin planétaire » met l’accent sur la dimension écologique de nos actions sur le vivant : diversité et brassage caractérisent l’histoire de notre planète, et on doit s’appliquer à ne pas interrompre ces processus.
Le « Tiers-Paysage » désigne ces espaces que l’homme a abandonné (friches, talus, marais, rives…) : une « nature » s’y développe à son aise, et devient un réservoir génétique riche d’une diversité qui disparaît à grand pas dans les territoires trop gérés par l’homme.

Les très nombreuses photos de l’ouvrage rendent compte à la fois du travail de Gilles Clément et de ses partis pris de jardinier écologiste humaniste.
On y trouvera même celle du papillon qui porte son nom (Buaenopsis clementi), qu’il a découvert au Cameroun !

Gilles Clément, Louisa Jones une écologie humaniste
Aubanel (2006), 350 p.

mardi 26 juin 2007

Le musée du quai Branly

musee du quai branlyLe long de la Seine, s'étend une immense paroi de verre laissant apercevoir une végétation luxuriante.

Un mur végétal conçu par Patrick Blanc (1) prolonge l'une de ses extrémités : diversité des végétaux, camaïeux de verts avec des touches de mauve de-ci de-là... Après l'avoir détaillé, il faut prendre du recul pour admirer l'ensemble.
C'est de l'autre côté que se trouve l'entrée : simple brèche dans l'enceinte transparente, nombre de visiteurs passent devant sans la voir.

Des arbres déjà grands, une tonnelle de roses blanches, des graminées s'égayant un peu partout : l'envie est grande de flâner tout un moment dans le jardin "au petit-bonheur-le vent" de Gilles Clément.(2)

Mais il est temps de rentrer, d'aller voir à quoi ressemble l'intérieur de l'immense paquebot rouge imaginé par Jean Nouvel : le fameux musée du quai Branly qui fête son premier anniversaire ce mois-ci.
Sa création a fait couler beaucoup d'encre et déplacer un public fourni : depuis son ouverture au public le 20 juin 2006, la fréquentation du musée a atteint 1 700 000 visiteurs.

La marche d'approche est longue. On gravit une rampe en pente douce qui s'enroule autour d'un silo de verre dans lequel sont exposés (entreposés) diverses séries d'instruments de musique.
La lumière se fait de plus en plus rare. On finit par déboucher dans une curieuse et obscure atmosphère : ce sont les portes de l'Océanie.
D'emblée, le choc est immense.

Des statues de bois, de pierre, des mats aux morts immenses, une pirogue, d'étranges tambours cylindriques : tout à coup, les mots et les références manquent pour décrire les objets, exprimer les émotions.
Alors, on se laisse porter dans cet espace sans repère, se laissant attirer ici par un collier, là par un masque, plus loin par un morceau d'étoffe.
On est loin de l'accrochage traditionnel des musées (murs blancs, cimaises, alignement de vitrines ...). Ici, s'élevant jusqu'au plafond, les vitrines aimeraient se faire oublier ; certaines oeuvres, par leurs dimensions, échappent à toute protection. L'installation affranchie de toute géométrie apparente fait de la visite une douce déambulation.

Belle pause en Australie avec les peintures sur écorce dites "au rayon X", créations contemporaines signant la survivance de croyances traditionnelles.
De l'Océanie, on passe aisément à l'Asie, puis de l'Asie à l'Afrique (superbe...), et enfin de l'Afrique aux Amériques : point de frontière ; le musée a été conçu certes par grandes aires géographiques mais dans un seul et même espace, immense plateau de plus de 200 mètres de long.

A certains endroits, de petites pièces sont aménagées à la façon d'alcôves, pour évoquer un théâtre d'ombres chinoises, des paroles de devins africains, des objets et éléments de décor de la religion musulmane ...

Ailleurs, surgit un bel alignement de statuettes africaines, toutes magnifiquement dessinées.
Mais on regrette que l'essence des bois ne soit que rarement précisée.

Les indications, du reste, sont toujours très discrètes.
Parfois même – un peu trop souvent – elles sont placées sur le côté de la vitrine, de sorte que l'oeuvre et sa désignation textuelle ne sont pas dans le même champ visuel.
On se demande si une telle complication est bien nécessaire.
De même, l'absence d'éclairage de certaines vitrines laisse perplexe.

Cela étant, l'ensemble ne peut que susciter l'admiration.
L'architecture, l'agencement, la mise en place des oeuvres font du parcours du musée une immersion souveraine dans des eaux profondes et inconnues. La fascination pour "l'étrange" que les Arts premiers suscitent l'emporte à chaque instant.
Et l'émerveillement face à la beauté de certaines statuettes, de certains masques, bijoux, plumes ... est à couper le souffle.

Musée du quai Branly
Entrées 206 et 218 rue de l’Université, 27, 37 et 51 quai Branly
Accès pour les personnes handicapées au 222, rue de l'Université
Iéna, Alma-Marceau, Bir Hakeim, RER Pont de l’Alma, Bir Hakeim
Bus : 42 (Tour Eiffel), 63, 80, 92 (Bosquet-Rapp), 72 (Musée d’art moderne)
Navette fluviale : arrêt Tour Eiffel (Batobus, Bateaux parisiens et Vedettes de Paris)
Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h30, fermeture de la billetterie à 17h45
Nocturne le jeudi jusqu’à 21h30, fermeture de la billetterie à 20h30
Fermé le 1er janvier, le 1er mai et le 25 décembre
Entrée 8.50 € (TR 6 €), billet "Un jour au musée" 13 € (TR 9,50 €)

(1) Lire le billet sur l'exposition ''Folies végétales'', qui a présenté cet hiver une partie des recherches du scientifique-paysagiste.

(2) Cela étant, pour des raisons tenant à ses convictions, Gilles Clément a indiqué qu'il n'entendait pas poursuivre sa collaboration avec le musée du quai Branly.

Image : sculpture de Chupicuaro, Mexique, VII-IIe siècle avant J. C., terre cuite.