Avec
Italie, doubles visions, la Maison européenne de la photographie
propose jusqu'au 30 septembre un enrichissant voyage en Italie.
Déclinée en dix thèmes organisés autour d'une centaine de photos, l'exposition propose deux regards différents sur un même site ou un même événement italien.
Les travaux d'un photographe autochtone et d'un photographe international présentés à proximité donnent lieu à de belles comparaisons.
Scanno, un village des Abruzzes, avec son église, sa place, ses enfants et
ses vieillards, silhouettes, chapeaux et coiffes noires, fut photographié tour
à tour par Henri Cartier-Bresson et Mario Giacomelli.
D'un côté les clichés impeccables, le regard fin et original de celui qui fut
l'un, sinon le plus grand des photo-journalistes.
De l'autre, la singularité et la poésie du photographe italien le plus
connu.
Deux variations profondément différentes dont la présentation simultanée ne
fait que renforcer leurs beautés respectives.
Mais certaines de ces confrontations sont aussi l'occasion de souligner la
puissance créative de photographes moins connus.
Ainsi du thème des volcans, classiquement interprété par l'Américian Roger
Ressmeyer, avec des clichés très "National Geographic" (il y travailla
de 1987 à 1995), mais totalement réinventé par Antonio
Biasiucci qui photographie de très près lave, magma et fumée, pour
saisir non pas le mouvement effrayant et spectaculaire de la lave
incandescente, mais les plis, le lissé, les bulles et stries de la matière
volcanique dans un noir et blanc très sensuel.
Ou encore, lorsque le brésilien Sebastiao Salgado fait un reportage sur les
thoniers, il en restitue l'action et le formidable danger, alors que
Giorgia Fiorio fait de ces pêcheurs des êtres de l'attente,
émouvants et mélancoliques.
Une veine poétique décidément très présente chez les photographes italiens : coup de coeur pour la Venise de Luca Campigotto, qui photographie sa ville de nuit, tout en silence et mystère, ombres larges et lumières furtives, détours et dédales de pierres humides ; une promenade dans une Venise littéraire qui semble surgir d'un rêve profond.
Le thème le plus fort de l'exposition demeure certainement celui des
reportages réalisés dans les hôpitaux italiens par Carla Cerati et
Raymon Depardon.
A la fin des années 1960, afin de dénoncer les conditions de vie des malades
mentaux dans les hôpitaux psychiatriques, Carla Cerati, avec Berengo Gardin,
dresse de leur situation un tableau brutal. Les vues des patients sont
frontales, presque choquantes, ce qui correspondait bien à la finalité du
reportage.
Plus de dix ans après, Raymon Depardon photographie à son tour la vie dans les
hôpitaux, notamment celui de San Clemente à Venise.
C'est avec son respect et sa délicatesse qu'il montre l'extrême solitude et
l'abandon.
Sous son objectif, les corps se recroquevillent avec pudeur.
Clichés poignants qui disent mieux que bien d'autres la souffrance et la
désolation.
Italie, doubles visions
Maison européenne de la
photographie
Jusqu'au 30 septembre 2007
5-7, rue de Fourcy – Paris 4ème
M° Saint-Paul ou Hôtel de Ville
Du mercredi au dimanche de 11 h à 19 h 45
Entrée 6 € (TR 3 €)
Image : Henri Cartier-Bresson, Scanno, 1951 (Magum Photos)