Walt Kowalski, vieil
homme à l'ancienne, droit comme un i (incarné par Clint Eastwood soi-même),
planté de longue date dans ses principes, enterre son épouse.
La descendance se tient à distance de ce caractère inflexible, tout en guettant
l'héritage, qui le divan, qui la maison, qui la Ford Gran Torino -
déesse faite automobile, que Walt entretient savamment, polit
jalousement.
Veuf, Walt Kowalski se retrouve désormais seul, au fil de journées sans
surprise. Ses travaux de bricolage terminés, il s'assied devant sa porte, sa
chienne Daisy et sa glacière à ses côtés, et là, il boit des bières, fume et
fulmine.
Et lorsqu'il voit débarquer dans la maison voisine une famille asiatique de
plus, ses souffrances d'ancien combattant de la guerre de Corée, son amertume
et son racisme s'exacerbent contre ces 'faces de citrons"
exécrées.
Pourtant, c'est pour d'autres motifs que Walt ressortira sa vieille arme.
Car au dessus de ses petites haines ordinaires, il y a la haine de la violence
faite aux enfants et aux femmes, y compris le mal qu'il a lui-même commis et
qu'il ne se pardonne pas.
Gran Torino commence tranquillement, avec ses personnages bien
posés, son scénario que l'on sent sûr de ses arrières.
Mais, petit à petit, Clint Eastwood se met à nous "promener", à nous surprendre
en dessinant des personnages de plus en plus attachants.
Sa mise en scène, indémodable, son épure, qui est la marque de son style, ne
font pas pour autant de son film un cinéma prévisible - la fin nous le
rappelera si besoin est. Quant à l'humour et l'auto-dérision, ils viennent
rappeler que cet immense cinéaste sait ne pas se prendre au sérieux et
insufflent à ce drame un souffle de tendresse irrésistible.
Clint Eastwood ramasse dans ce film les thématiques qui lui sont chères avec
une incroyable efficacité. Il évoque à nouveau la rédemption, bien sûr ;
mais il s'obstine surtout, et visiblement sans aucune fatigue, à dénoncer les
injustices, toujours les mêmes, comme si le cœur de l'Impitoyable ne
prenait pas une ride.
Film après film, et en suscitant toujours autant d'émotion, il ne cesse
d'explorer aussi le thème de la transmission, pour atteindre dans Gran
Torino un sommet final qui touche au génie.
Gran Torino. Clint Eastwood
Avec Clint Eastwood, Bee Vang, Ahney Her
Durée 1 h 55