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Tag - Grand Palais

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mercredi 30 septembre 2009

Renoir au XXème siècle. Grand Palais

Exposition Renoir au Grand Palais, Jeune fille à la colleretteTout n'est que douceur, chaleur et tranquillité. Deux jeunes filles sont plongées dans leur lecture, serrées l'une contre l'autre. Tout près de là, on les retrouve au piano, heureuses et concentrées. Une femme est penchée sur son ouvrage, calmement absorbée. Un enfant dessine, sage et appliqué. Scènes d'intérieur, quotidiennes, plongées dans la même ambiance lumineuse et colorée.
Plus loin, ce sont des nus à profusion, représentés dedans ou en extérieur, en scènes de toilettes devenues classiques ou en version mythologique, des déesses que Titien n'aurait pas boudées. A ces nus, la touche fondue du peintre confère une sensualité ouatée.
Car si Pierre-Auguste Renoir (1841-1919) a dès la fin des années 1870 abandonné le mouvement impressionniste pour explorer la peinture à son idée, sa manière a gardé de l'époque du Bal du Moulin de la Galette le goût de la lumière, de la touche légère et des contours poudrés.

C'est à cette période de Renoir postérieure à 1880, moins connue, que les Galeries nationales du Grand Palais consacrent leur grande exposition d'automne. On y découvre des tableaux magnifiques et apaisants, où se lit l'admiration et l'imprégnation du peintre des Canotiers pour les grands maîtres. On songe tour à tour à Vélasquez, à Ingres, à Rubens, aux peintres de la Renaissance italienne... Il n'y a là rien de déshonorant, au contraire, car Renoir s'est tout approprié en douceur, optant souvent pour le monumental, mais avec simplicité.

Lui même a d'ailleurs été un modèle pour beaucoup, admiré par Bonnard, Denis, Picasso, Cézanne ou encore Matisse. On peut voir ici quelques tableaux de certains de ses amis, placés à côté de ceux dont ils sont inspirés.
Jeunes filles au piano, RenoirC'est le cas de Picasso (lequel s'est largement livré aux exercices d'admiration, comme l'exposition de l'hiver dernier dans ces mêmes Galeries l'a souligné) mais aussi de Bonnard, dont on peut se délecter de l'un de ses superbes paysages du Midi.
Renoir fait en effet partie du fameux club des "Méditerranéens", pour avoir choisi lui aussi la clémence du climat de la Côte d'Azur, s'installant définitivement à Cagnes-sur-Mer en 1908 pour des raisons de santé. Les vignes et autres paysages enchanteurs qu'il y a composés sont bien dans sa veine, celle d'un certain esthétisme (il voulait avant tout que sa peinture soit jolie) et d'une gaîté recherchée.

Grâce à cette exposition, on redécouvre un artiste paradoxalement singulier - on lui a reproché le côté bourgeois de sa peinture tardive - qui, après s'être lancé dans l'aventure avant-gardiste de l'Impressionnisme, a poursuivi avec passion un chemin tout personnel, produisant une œuvre d'une grande beauté, toujours fraîche et très séduisante.

Renoir au XXème siècle
Galeries nationales du Grand Palais
3 avenue du Général Eisenhower - Paris VIII° (entrée Champs-Elysées)
M° : Franklin-Roosevelt ou Champs-Élysées-Clemenceau
Jusqu'au 4 janvier 2010
TLJ sf le mardi, de 9h30 à 22h les vendredi, samedi, dimanche et lundi
De 10h à 22 h le mercredi et de 10h à 20h le jeudi
Pendant les vacances, du 24 octobre au 8 novembre et du 19 décembre au 3 janvier :
TLJ de 9h à 23h, y compris le mardi
Fermeture exceptionnelle à 18h les 24 et 31 décembre. Fermeture le 25 décembre
Entrée 11 € (TR : 8 €)
Le 3 octobre à l'occasion de la Nuit Blanche entrée gratuite de 19h30 à 0h15

Images : Femme à la collerette rouge, vers 1896, Philadelphia Museum of Art, Philadelphie © Philadelphia Museum of Art, Legs de Charlotte Dorrance Wright, 1978
et Jeunes filles au piano, 1892, musée d'Orsay, Paris © RMN/Hervé Lewandowski

mercredi 21 janvier 2009

Picasso et les maîtres au Grand-Palais

Picasso et les maîtres au Grand Palais, Picasso autoportraitAu détour du XXème siècle, âgé d'à peine vingt ans, il avait déjà fait ses académies à Madrid, fréquenté les grands maîtres espagnols, Vélasquez, Goya et Zurbarán au Prado, el Greco à Tolède, côtoyé l'avant-garde barcelonaise et, à Paris, connu la peinture de Puvis de Chavannes, des impressionnistes et les chefs-d'œuvre du Louvre.
Lorsqu'il s'y installe définitivement, en 1904, le jeune Pablo Picasso se mêle à la bohème artistique, met ses pas dans ceux d'Henri-Toulouse Lautrec et d'Edgar Degas en poussant les portes des maisons closes, et, dans les grands Salons des années 1900 découvre les Fauves, Manet, Cézanne, mais aussi Le Bain turc de Dominique Ingres...

En même temps, et alors qu'il a déjà fait l'objet de sa première exposition parisienne grâce à Ambroise Vollard en 1901, il poursuit sans fatigue son exploration du Louvre.

Au cours de sa longue vie, il ne détournera jamais complètement des grands maîtres, comme il ne se détournera jamais de lui-même et de sa liberté créatrice. Point d'école pour Picasso, il le sait très tôt : "Je ne suis pas partisan de suivre une école déterminée, parce que ça n'apporte rien que le maniérisme à ceux qui suivent cette voie".
De tout ce matériau pictural absorbé dans ses jeunes années, naturellement le peintre espagnol se nourrira, certaines veines sont bien visibles, principalement dans ses premières peintures. Mais comment parler véritablement d'influences chez celui qui a tout déconstruit puis reconstruit, figures, espace, composition, qui s'est emparé de tous les sujets, a inventé et fait évolué ses styles, démultiplié ses inspirations, pour produire un œuvre à nul autre pareil, certainement le plus éclatant, le plus riche et le plus fascinant du XXème siècle ?

L'intention de l'exposition du Grand Palais est louable, qui remet ensemble ceux qui se sont fréquentés d'une manière ou d'une autre naguère, Picasso et les maîtres.
L'exploit est à saluer : plus de deux tableaux et dessins venus de partout, des plus grands musées aux collections privées, donnant ainsi l'occasion d'aller visiter une magistrale assemblée.
Picasso et les maîtres au Grand Palais, el grecoEl Greco, Vélasquez, Goya, Zurbarán, Ribera, Poussin, David, Ingres, Delacroix, Manet, Courbet, Lautrec, Degas, Puvis de Chavannes, Cézanne, Renoir, Gauguin, Douanier Rousseau, Titien, Cranach, Rembrandt, Van Gogh... se côtoient, avec, mêlés à eux, une foultitude de Picasso.
Ces grands noms ont de quoi faire tourner la tête.

Le problème est que, in situ, l'effet produit est exactement celui-là. A l'étage en particulier, les tableaux sont à touche-touche, vous n'êtes pas encore "entré" dans une œuvre que déjà le portrait d'à côté vous fait de l'œil, avant que le suivant ne détourne votre attention tout aussi vite. Drôle d'impression, comme s'il y avait trop de chefs d'œuvre au même endroit, et, finalement, presque un sentiment d'indécence.

Au rez-de-chaussée, l'on respire davantage, avec une galerie de natures mortes (dont de splendides Chardin, qui permettent enfin de se poser "quelque part"), mais aussi un ensemble de nus absolument magnifiques devant lesquels on n'a plus le cœur à se plaindre, non vraiment pas.
Alors, même si on n'est plus proche du pudding que du digeste bouillon du soir, on ne se permettra pas de "cracher dans la soupe". Mais ce qui est sûr, c'est qu'en sortant de cette plantureuse et frénétique exposition, l'on a très envie d'aller arpenter, au calme, les musées de Paris, de France, de Navarre et d'ailleurs, pour déguster tranquillement la belle peinture française, italienne et espagnole dont ceux-ci regorgent, en choisissant "ses maîtres'', selon son envie, son lieu et son moment, et non pas en roulant des yeux comme des billes comme si tout l'art de la terre, allait, l'instant d'après, disparaître à jamais.

Picasso et les maîtres
Jusqu'au 2 février 2009
Galeries nationales du Grand Palais
3 avenue du Général Eisenhower - Paris 8ème
Entrée par le Square Jean Perrin
M° Franklin-Roosevelt ou Champs-Élysées-Clemenceau
TLJ sf le mardi, de 10 h à 22 h, le jeudi jusqu’à 20 h
Ouverture 24h/24, du vendredi 30 janvier 9 h au lundi 2 février 20 h
Entrée 12 € (TR 8 €)

Images : Pablo Picasso, L'artiste devant sa toile, Paris, musée Picasso © RMN, Gérard Blot et Portrait d’un artiste, El Greco, Séville, Museo de Bellas Artes © Photo Scala

dimanche 11 mai 2008

Monumenta 2008 - Richard Serra, Promenade

Monumenta 2008, Richard Serra dans la nef du grand palais, PromenadeVous n'entrerez dans la nef du Grand Palais que pour une oeuvre seulement, constituée de cinq plaques d'acier plantées à la verticale sous la voûte. Mais vous y resterez plus longtemps que prévu, progressivement happé par cet étrange dispositif. L'installation qui au départ ne semble représenter que d'immenses stèles va peu à peu s'intégrer sous vos yeux en un vaste et changeant paysage.

La première impression est certainement celle de la déstabilisation : non, ces plaques ne sont pas plantées verticalement ; l'une tangue d'un côté, une autre de l'autre, quand une troisième penche encore selon un axe différent. C'est en tout cas ce qui apparaît à un moment donné, mais l'instant d'après, c'est-à-dire quelques pas plus loin, la perception visuelle a encore changé. Les éléments ne sont pas alignés, c'est un fait mais ce désordre est lui aussi bien variable...

Alors on n'en finit pas de se promener, prenant à la lettre le titre de l'installation, pour le seul plaisir d'embrasser successivement ces perspectives, voir tous ces paysages en un seul. Du haut du belvédère, ces monumentales sculptures semblent soudain toutes petites, elles qui nous ont fait presque peur lorsqu'on s'approchait d'elles, tête penchée en arrière, avec la sensation d'aller se cogner contre un gratte-ciel ! Mais c'était pour s'amuser ; tout comme quand, menton contre la plaque et oeil au somment de la stèle, on joue à oublier notre position verticale : la longue surface lisse qui s'étale devant nous pourrait très bien être horizontale, et nous avec !

Puis vient le moment d'aller s'asseoir sur l'un des nombreux bancs disposés autour de la nef. Ces jours-ci, en milieu de journée, les lieux sont baignés de soleil, l'ossature de fer et les sculptures dessinent des ombres, les visiteurs sont éloignés, minuscules dans ce vaste espace. Vous regardez le ciel, vous regardez le vert de l'architecture, vous regardez ces hautes plaques. Tout à l'heure en les caressant, le poli marbré de leur surface brune teintée de roux vous a rappelé l'écorce des arbres. Là maintenant, il vous semble entendre le bruit du vent dans les pins, celui des vagues ; vous regardez à nouveau les visiteurs en bermuda qui marchent calmement, prennent des photos et admirent. Vous n'êtes plus vraiment sûr d'être dans une salle d'exposition, au coeur de la capitale, mais dans un lieu indéterminé, qui s'invente sous vos yeux, en vous faisant basculer d'une intense contemplation à un vague et doux vagabondage.

Monumenta 2008 - Richard Serra, Promenade
Jusqu'au 15 juin 2008
Grand Palais - av. Winston Churchill, Paris 8ème
M° Franklin Roosevelt, Champs-Elysées-Clémenceau
Bus 28, 32, 42, 72, 73, 80, 83, 93
TLJ sauf le mardi
Lun. et mer. de 10h à 19h ; jeu. à dim. jsq 23h
Ouvert lundi 12 mai
Entrée : 4 € (TR 2 €)

Si vous voulez en savoir plus sur l'artiste, son parcours, son travail, la façon dont il conçoit et pense ses oeuves et celle-ci en particulier, Monumenta met à votre disposition, sur place, tout un arsenal destiné à rapprocher l'art contemporain du grand public : audioguide et fascicule gratuits, espace documentaire, DVD en boucle et médiateurs. Vous pouvez également visiter le site internet (lien-ci-dessus).

Image : Promenade, 2008 I (acier, cinq éléments de 1700 x 400 x 13 cm chacun) - photo Lorenz Kienzle - tous droits réservés Monumenta 2008, ministère de la Culture et de la Communication

mercredi 30 avril 2008

Marie-Antoinette au Grand Palais

Exposition Marie-Antoinette au Grand Palais : portrait de la ReineJamais exposition au Grand Palais n'avait, semble-t-il, été à ce point mise en scène.
Le propos est affiché d'emblée : une pièce en trois actes.
Le fait est que l'ensemble est pour le moins théâtral ; c'est même à une tragédie qu'il nous est donné d'assister.

La vie, la personnalité et le goût de Marie-Antoinette devenue Reine de France en 1774 sont ainsi présentés en trois grandes parties.

Premier acte : la vie très encadrée de l'archiduchesse d'Autriche, de la dauphine de France et de la Reine.
Deuxième : le temps des libertés, des choix de décors, avec en point d'orgue Le Petit Trianon.
Troisième acte : le temps du destin, dénoué place de la Concorde un certain 16 octobre 1793.

Le visiteur verra ainsi quelques trois cents tableaux, sculptures, dessins, manuscrits, meubles et objets décoratifs. Pour l'accompagner, une discrète musique classique qui varie d'un espace à l'autre, tout comme les couleurs : rouge pour l'enfance autrichienne, bleu pour les débuts à la cour, vert pour la période des libertés. Naturellement la partie consacrée à l'enfermement au Temple, à la critique et à la fin de Marie-Antoinette le plonge dans une obscurité quasi-complète.

Scénographie réussie et façon agréable de suivre l'itinéraire de Marie-Antoinette, même si l'on apprend rien de vraiment frappant au fil de l'exposition.
Ceci dit, et pour l'anecdote, à regarder les bustes sculptés par Boizot, et autres Lemoyne, et les innombrables tableaux - y compris celui peint par Elisabeth Vigée-Le Brun, le premier jugé digne d'être envoyé à sa mère par la Reine - on s'aperçoit que celle que les Français avait surnommée lAutrichienne était loin d'incarner la grâce. Menton effacé et double-menton pesant, nez fort et yeux globuleux, ovale peu dessiné : si Marie-Antoinette était, selon Vigée-Le Brun exceptionnelle par l'éclat de son teint, elle ne brillait guère en revanche par la finesse de ses traits.

Exposition Marie-Antoinette au Grand Palais : gobelet pour la Laiterie de RambouilletGrande beauté en revanche autour d'elle sur le plan des arts décoratifs : le goût éclectique et raffiné de la Reine associé au savoir-faire des artisans de l'époque - et à des dépenses inconsidérées ! - est l'occasion d'admirer aujourd'hui des pièces exceptionnelles.
Il faut dire que la petite Marie-Antoinette a grandi au milieu de mobiliers et objets de choix ; les goûts de sa mère l'impératrice Marie-Thérèse se portant sur des meubles en marqueterie de style Boulle, des porcelaines chinoises et japonaises, des laques d'orient, des services rocaille d'une grande finesse... dont on peut découvrir plusieurs exemples remarquables.

Plus loin, on admirera l'adorable coffret à bijoux sur pieds créé par Martin Carlin (placage et marqueterie de bois de rose, filets de buis et d'ébène, porcelaine de Sèvres, bronze doré, velours et soie), offert à Marie-Antoinette pour son mariage : bouquets de fleurs polychrome, frise vert émeraude et or, splendeur de "simplicité" si l'on ose dire.
A cligner des yeux également, le secrétaire à cylindre et la table en auge de Riesener, décorés de nacre découpée en losange et enserrée dans une résille de laiton. Ils ornaient le boudoir de Fontenaibleau, en harmonie avec les murs d'or et d'argent semés de fleurs.
A défaut de pouvoir tous les citer, à signaler aussi, les chefs d'oeuvre de la Manufacture royale de Sèvres, avec notamment ce service "riche en couleurs et riche en or". Polychromie des motifs de roses et de végétaux, fond marine sur lequel se détachent les rubans de perles, associé à une abondance de l'or, simplicité des formes, formats relativement réduits des pièces, cet ensemble est une merveille d'équilibre. Il s'agissait du service dont la Reine se servait pendant son séjour forcé aux Tuileries, alors contrainte à un style de vie plus sobre qu'à Versailles...

Marie-Antoinette
Galeries nationales du Grand Palais
(entrée par le square Jean Perrin)
Jusqu'au 30 juin 2008
Tous les jours de 10 h à 22 h, sauf le jeudi jusqu'à 20 h
Fermé le mardi
Entrée 10 € (TR 8 €)
Audioguide en français, anglais et japonais (5 €)

Images : Portrait de la reine Marie-Antoinette, dit « à la rose », Elizabeth Louise Vigée-Le Brun, Versailles © Photo Rmn
Gobelet du service de la Laiterie de Rambouillet, Manufacture royale de Sèvres, Porcelaine, 11 x 10 x 11,5 cm, Musée national de Céramique © Photo RMN / Martine Beck-Coppola

vendredi 11 janvier 2008

Expositions : perspectives 2008

Tres de Mayo, Francisco de GoyaLes grandes expositions inaugurées cet automne à Paris s'achèvent ce mois-ci.
Si les magnifiques expositions du Louvre viennent de se terminer, il reste encore quelques jours pour profiter de celles consacrées à Arcimboldo, qui s'achève le 13 janvier (tout comme l'expo Fragonard), aux Peintres japonais à Paris visible jusqu'au 26 à la Maison de la culture du Japon et à Courbet jusqu'au 28 au Grand Palais.
L'exposition Soutine est quant à elle prolongée jusqu'au 2 mars à la Pinacothèque de Paris.

Et pour 2008 ? Quelques pistes...
A Paris, le Musée du Luxembourg mettra en lumière L'Instinct Fauve de Vlaminck dès le 20 février, la BNF Richelieu rendra hommage au caricaturiste Daumier à partir du 4 mars. Le Petit Palais présentera une sélection de l'oeuvre gravé de Goya à partir du 13 mars. Une exposition consacrée à Babylone ouvrira ses portes le 14 mars au Louvre.
Au printemps, nous partirons peut-être en Chine avec la Pinacothèque pour découvrir une sélection de soldats de terre cuite retrouvés enterrés dans le mausolée de l'empereur Qin, avec Les soldats d'éternité, les guerriers de Xi'an à partir du 14 avril. Au même moment le Musée Rodin accueillera une grande partie de l'oeuvre de Camille Claudel.
A l'automne, toujours à Paris, Picasso est annoncé au Grand Palais, Bonaparte et l'Egypte à l'Institut du Monde Arabe et Le Zen et l'art à Kyoto au Petit Palais.

Ailleurs, au Nord comme au Sud, on aura toutes les chances de croiser les chemins de Goya (Les Caprices, série de 80 estampes seront exposés au Palais des Beaux-arts de Lille à partir du 24 avril quand le musée du Prado à Madrid présentera Goya durant la guerre dès le 14).
La belle expo Courbet s'installera à cet été au Musée Fabre à Montpellier.
Et encore à Madrid, le Musée Thyssen-Bornemisza rendra hommage à Modigliani du 5 février au 18 mai, puis à Miro à partir du 17 juin.

Bien des choses à suivre...

Image : Tres de Mayo, Francisco Goya, 1814, Museo del Prado

mercredi 21 novembre 2007

Gustave Courbet au Grand Palais

Courbet, Les baigneusesIl était temps de passer à autre chose. Foin de la froideur académique, foin du romantisme exalté - quoique Le désespéré en manifeste les derniers soubresauts - Gustave Courbet (1819-1877) voulait peindre autrement.
Il le fit, heurtant la suffisance bourgeoise en bousculant les clichés de son temps.
Des grands formats, réservés à la peinture religieuse ou historique, il fait des scènes profanes, qui, tels Un Enterrement à Ornans et L'Atelier du peintre scandalisent.
Des nus, il rejette la représentation irréelle des chairs transparentes et la morphologie idéale empruntée à la Grèce classique.
Des paysages, il supprime l'espace, l'air, le recul.
Voici donc Le Réalisme de G. Courbet, du nom qu'il donna lui-même à l'exposition de ses oeuvres qu'il organisa dans un pavillon en marge de l'Exposition Universelle de 1855.
La nature, la nature, rien que la nature.
Elle est brute, dense, presque agressive.
Il n'y a qu'à voir ses paysages. Qu'il choisisse les falaises d'Etretat, les grottes de la Loue, ou encore un arbre - Le chêne de Flagey -, Courbet peint toujours du massif, du solide, et en très gros plan. Même dans ses marines, l'on ne sent que la puissance des vagues, la lourdeur des nuages gris, l'abondance de l'écume d'une eau épaisse et foncée.
Car Courbet, par une représentation matérielle très présente semble souvent se situer dans l'affirmation d'une force .
Une manière qui sert "la vérité" ; et là est bien son idée. Cela est manifeste dans les scènes campagnardes comme Les Paysans de Flagey revenant de la foire, où l'on sent toute l'empathie et la proximité du peintre pour sa région d'origine - la Franche-Comté - et ses habitants : serrant dans sa grande toile moult personnages qu'accompagnent chevaux, vaches et cochon, travaillant le paysage de façon très secondaire, Courbet sert véritablement son sujet en lui ôtant tout caractère pittoresque. L'éclairage du tableau, évoquant la fin du jour, cette heure "entre deux lumières", n'est pas non plus pour rien dans ce saisissant réalisme.
Mais c'est dans ses portraits et ses nus que Courbet est certainement le plus remarquable.
Paradoxalement pourrait-on dire, ses portraits évoquent souvent la douceur. Les personnages semblent montrés dans leur humanité, à la fois simple et complexe. Il a peint l'abandon de L'Homme blessé, allongé contre un arbre ; la mise en situation est convaincante. Il a peint Un chasseur sans le caricaturer ni l'idéaliser (il était lui-même un grand chasseur) : son expression et son profil doux, la sensualité de sa barbe sont pour le moins inattendus.
Il a croqué les femmes avec des nuances infinies, telle l'une de ses quatre soeurs cadettes, Juliette, avec une petit air mystérieux, mi-boudeuse, mi-fiérote, enfantine et pensive.
Et que dire de la salle réservée aux nus féminins, clou de l'exposition qui, bien au-delà du côté devenu anecdotique de L'Origine du monde montre le talent de Courbet : des chairs vivantes et dodues, des poses audacieuses... il ne s'agit pas visiblement pour l'artiste de montrer seulement une sensualité alanguie, mais aussi toute la part de jeu que la pose et l'expression de ces femmes dénudées révèlent.

Gustave Courbet
Galeries nationales du Grand Palais
Paris 8ème, M° Champs-Elysée-Clémenceau
Jusqu'au 28 janvier 2008
Tlj sf le mardi de 10 h à 22 h (jeudi jusqu'à 20 h)
Entrée 10 € (TR 8 €)
Catalogue de l'exposition édité par la Réunion des musées nationaux, 479 p. 49 €

Image : Les Baigneuses, 1853, Huile sur toile 227 x 193, Musée Fabre, Montpellier Agglomération © Photo Frédéric Jaulmes

mardi 9 octobre 2007

Design contre design, deux siècles de création

design contre design au Grand PalaisDès l'entrée, on sent qu'on va avoir le champ libre.
Foin de chronologie ; table rase sur l'histoire des styles.
Les textes à la graphie poétique se limitent à quelques synthèses libres et inspirées (et facultatives).
La scénographie se remarque à peine tant elle est réussie.
Avec cette exposition de meubles et objets décoratifs du début du XIXème siècle (et parfois même bien plus anciens) à aujourd'hui, montrés avec simplicité, les Galeries du Grand Palais semblent s'affranchir de leur cadre habituel.

Cela n'a l'air de rien, mais cette exposition est la légèreté même.
La simplicité n'est qu'apparente. Les oeuvres, le plus souvent remarquables de beauté et de créativité, sont soigneusement choisies et exposées. Les rapprochements tombent sous l'évidence.
L'heureux emmêlement des époques donne à l'exposition une consistance exceptionnelle.

On débouche donc sans préambule dans une vaste galerie consacrée aux formes.
A gauche, tout n'est que cercles, sinuosités et volutes : des merveilles qui vont de la chaise au dossier en coeur (noyer), en provenance du Vienne des années 1820, à Bubbles, chaise longue en carton ondulé de Frank Owen Ghehry (1987). A droite, c'est tout carré, parfois même Art nouveau, mais ça finit de guingois...

Au rez-de-chaussé, le public s'échauffe. Avec les motifs tirés de la faune et de la flore, on est ici dans le figuratif, voire dans l'affectif.
Hanap à l'escargot, coquille de nacre, tête en argent doré et pied sculpté semble tout droit sorti d'un cabinet de curiosités du XVIIème siècle. Mais de belles chichiteries Art nouveau ne sont pas en reste, telle cette lampe qui tombe de la gueule un peu effrayante d'un animal au corps reptilien fin et courbé.
Le plus excitant est au fond, lorsqu'on touche au corps humain : sofas en forme de bouche, de main, de pied, de courbes féminines... sans échapper à The Womb House (Atelier Van Lieshout, 2004), alcôve rouge équipée de kitchnette, douche, WC, en forme... d'utérus !
Auparavant, on aura eu l'occasion de relever une fois de plus que l'audace ne date pas du XXème siècle, avec ce bol en forme de sein de Marie-Antoinette (1788)...

En fin de parcours, on est invité, après avoir ôté ses chaussures, à pénétrer dans l'installation Phantasy landscape (1970).
Faites ce qu'on vous dit et entrez : choisissez votre position, par exemple, buste incliné et jambes surélevées. Au dessus de vôtre tête, bleu, violet, rose, rouge, orange et jaune s'harmonisent en un large arc-en-ciel lumineux.
La chaleur, la mousse, les formes arrondies, la musique sucrée dans la demi-obscurité détendront et feront taire aussi vos voisins (cinq au maximum). Fatigué mais léger, vous laissez couler le temps un moment... avant de ressortir en flottant.

Design contre design, deux siècles de création
Galeries nationales du Grand Palais
Jusqu'au 7 janvier 2008
Tlj sauf le mardi de 10 h à 20 h, jusqu'à 22 h mercredi et vendredi
M° Franklin-Roosvelt et Champs-Elysées-Clémenceau
Entrée 10 € (TR : 8 €)
Catalogue : 374 p., 59 €

lundi 4 juin 2007

Monumenta 2007. Chute d'étoiles (Sternenfall), Anselm Kiefer

monumenta.jpgLa nef du Grand Palais accueille jusqu'au 8 juillet 2007 Chute d'étoiles, l'exposition inaugurale de Monumenta, un cycle de manifestations qui invite désormais chaque année un artiste contemporain à présenter un ensemble d'oeuvres spécialement créé pour le lieu. (1)

Anselm Kiefer, artiste allemand né en 1945 et vivant à Barjac dans le Gard depuis une douzaine d'années a merveilleusement investi la cathédrale d'acier et de lumière du Grand Palais.

Il semble même y avoir recréé un monde : sous la haute voûte qui regarde le ciel, Kiefer donne au visiteur l'impression rare d'embrasser l'univers.

Au sentiment de chaos qui le saisit d'emblée, face à l'immense tour de béton brisée, gisant dans les parpaings épars et la poussière, succèdent sept maisons de tôle qui révèlent l'une après l'autre une inspiration différente, mais forment un tout d'une grande cohérence.

On est face à une véritable vision d'artiste, dont les recherches tournent autour de la nature et de ses éléments – le ciel, l'océan, la terre, le végétal – , de ce qui existe de plus ancien – l'herbier de fougères – , de ce qui meurt et renaît – les étoiles.
Son oeuvre aussi singulière qu'universelle, faite autant de « matière » que de peinture, parle de voyages, de cycles et de mouvement, y compris celui de l'Histoire, de ses textes et de ses guerres.

Par cercles concentriques, elle finit par toucher ce qui apparaît comme le "noyau dur" de Chute d'étoiles, la littérature.
La bibliothèque de plomb et de verre, fascinante – point d'orgue de l'ensemble – fait écho aux hommages rendus dans les maisons précédentes au Voyage au bout de la nuit de Céline, au poète Paul Celan et à la poétesse Ingeborg Bachmann.

Chacune de ses créations est surprenante, puissante, immédiatement séduisante.
Malgré les destructions, subsistent des tournesols, sur les immenses champs d'argile poussent des fleurs colorées : le lyrisme des oeuvres d'Anselm Kiefer n'est pas seulement beau et poignant – il est rassurant.

Chute d'étoiles (Sternenfall), Anselm Kiefer
Monumenta 2007
Jusqu'au 8 juillet 2007
Grand Palais, av. Winston Churchill - Paris 8ème
Métro : Franklin Roosevelt, Champs-Elysées-Clémenceau
Bus : 28, 32, 42, 72, 73, 80, 83, 93
Personnes à mobilité réduite : accès avenue Winston Churchill
Ouvert tous les jours sauf le mardi
lundi et mercredi : de 10h à 19h ; jeudi à dimanche : de midi à minuit
Audio guide gratuit, médiateurs spécialistes à disposition
Visites guidées à 10h30 lundi et mercredi, à 13h, 15h et 17h tlj sauf mardi
A 19h les jeudi, vendredi, samedi, dimanche
Entrée 4 € (TR 2 €) ; entrée + visite guidée à heure fixe : 8 €
Catalogue de l'exposition : par Philippe Dagen (Editions du Regard), 72 p., 10 €
Hors-série Art absolument, les cahiers de l'art d'hier et d'aujourd'hui, 58 p., 7,50 €

(1) Le sculpteur américain Richard Serra en 2008 (dont une exposition est présentée au Museum of Modern Art à New-York jusqu'au 10 septembre), puis l'artiste français Christian Boltanski en 2009 succèderont à Anselm Kiefer dans la nef du Grand Palais.

mercredi 9 mai 2007

Nouveau Réalisme. Galeries du Grand Palais

nouveau réalismeLa trajectoire individuelle de certains d'entre eux leur a valu une large renommée : César et ses compressions, Christo et ses empaquetages, Niki de Saint Phalle et ses Nanas ...
D'autres sont moins connus, tels Martial Raysse, Dufrêne, Rotella, ...

Tous sont réunis aux Galeries nationales du Grand Palais autour de l'exposition Nouveau Réalisme, nom qu'en 1960 le critique d'art Pierre Restany donna a ce mouvement qui ne dura qu'une petite dizaine d'années, de la fin des années 1950 au milieu des années 1960.

Leur crédo ? Renouveler le langage plastique à une époque où l'abstraction lyrique règne, en puisant leur inspiration dans l'univers quotidien et urbain, loin de la palette et du pinceau.

Ils vont ainsi créer à partir d'objets de consommation courante – ce qui est aussi une marque de l'époque qui assiste à la montée du consumérisme –, organiser des manifestations-spectacles ... et, semble-t-il, s'amuser comme des petits fous.

Villeglé lacère des affiches, évide les motifs, crée le relief, joue avec les couleurs juxtaposées, réduisant les mots et les images à des fragments, dans une inspiration très Pop Art.
Une désorientation dans la ville que Christo utilise aussi, lorsqu'en 1962, il coupe la rue Visconti à Paris pendant 8 heures, en réaction à la construction du mur de Berlin l'année précédente.

L'objet est au centre de toutes leurs créations, qu'il s'agisse de l'empaqueter (Christo), le photographier (Daniel Spoerri va ainsi photographier pendant 10 ans toutes les toilettes où il se rend, en hommage à Marcel Duchamp, le père du ready-made mort en 1968), le brûler ou le détruire (Arman avec sa Vision calcinée ou encore le piano détruit), le démonter pour mieux le rassembler (les folles machines de Tanguely), le compresser, (César) ...
Quant à Yves Klein, il joue avec la couleur (son bleu fameux), le vide, les corps (on retrouve, entre autres, ses anthropométries).

Autant dire que, dans la veine pleine de fantaisie et d'inventivité du surréalisme, les néo-réalistes s'appliquèrent à n'accepter aucune limite.

Et c'est avec une curiosité enjouée qu'on revisite ces artistes dans un parcours riche en surprises, débordant d'audace, d'insolence enfantine et de bonne humeur.

Galeries nationales du Grand-Palais
Square Jean-Perrin – Paris 8ème
M° Champs-Elysées-Clémenceau
Jusqu'au 2 juillet 2007
Tlj sauf le mardi, de 10 h à 20 h, sauf le mercredi jusqu'à 22 h
Entrée 10 € (TR : 8 €)
Catalogue de l'exposition, 352 p., 45 €
Egalement, la réédition du Manifeste des Nouveaux Réalistes
par Pierre Restany, (Dilecta, 14 p., 8 €)