La terrible
Calamity Jane qui chevauchait à travers le Grand Ouest, se mêlait aux
batailles, jouait et buvait parmi les hommes, était aussi une tendre
maman.
L'exposition organisée au Musée des Lettres et des Manuscrits (1)
trace un portrait tout en contrastes de cette femme de légendes autour de
l'album manuscrit des lettres que Calamity Jane a écrites à sa fille, laquelle
n'en a eu connaissance qu'après la mort de sa mère.
La lecture de ces fameuses lettres, dans une nouvelle édition corrigée et
enrichie, a quelque chose de surprenant et de très attachant.
On y découvre une Calamity Jane en proie à la solitude et à des souffrances
morales plus pesantes encore que les rudes conditions d'existence qui sont les
siennes dans l'Ouest.
On y voit une maman cow-girl se soucier du bonheur de sa fille, mettre les
points sur les i pour qu'elle soit fière de ses origines, que la
mémoire de ses parents ne soit pas salie.
Sa plume franche et sans détour amuse ou effraie lorsqu'elle relate son
quotidien, mais prend aux tripes dans ses moments de tendresse et de
découragements.
J'espère qu'un jour tu pourras venir dans ce pays, tu sauras alors comment j'ai dû exister. Encore deux ans et j'irai te voir, Chérie je sais qu'alors je me sentirai mieux à ton sujet. (...) T'abandonner m'a presque tuée, Janey.
Je me demande souvent dans quelles mains ces pages finiront par tomber. Je veux croire que tu seras cette personne un jour après que je serai partie. Je l'espère car c'est toi que j'aime Janey. Il ne me reste plus personne sur terre à part toi. Je m'endors chaque nuit avec ta photo serrée contre mes lèvres. Oh si seulement je pouvais t'avoir la nuit tombée pour une heure aux côtés des feux de camp pour briser cette solitude.
Ma vie avec ton père, je saurai toujours que ce furent les jours les plus heureux de ma vie, Janey. Dans mon errance sans but, je l'ai rencontré. Il a reçu son surnom de Wild Bill à Rock Creek, Kansas, parce qu'il avait tué en légitime défense une bande de meurtriers, ce qui l'a rendu fameux comme grand tireur des deux mains. Les hors-la-loi le traquaient à plusieurs, ils étaient toujours une demi-douzaine ou plus à l'avoir dans leur ligne de mire. Souviens-toi, Janey, son nom ne mourra jamais tant que le soleil brillera.
A la fin du recueil, sont ajoutées des lettres que Calamity Jane a écrites à
Jim O'Neil, le père adoptif de sa fille.
La fibre maternelle se fait rage lorsqu'elle apprend le malheureux mariage de
sa fille. On y retrouve tout le mordant et l'ironie Calamity Jane qui sont
aussi pour beaucoup dans le plaisir de lecture de ces Lettres.
Je suis triste d'apprendre que le mariage de Janey est un échec. Ne vous-ai je pas dit qu'il n'était pas bien. Les journalistes sont tous des menteurs. Ils ne se soucient que de leur publicité et de convaincre les gens de leur intelligence alors qu'ils n'ont certes pas inventé le fil à couper le beurre. (...). Je remercie Dieu pour vous avoir vous et le révérend Sipes ».
Lettres à sa fille. Calamity Jane
Payot & Rivages
Collection Rivages Poche, Bibliothèque étrangère (janv. 2007)
Traduit de l'anglais par Marie Sully et Gregory Monro
113 p., 5,95 €
(1) Jusqu'au 13 mai prochain, voir le billet du 16 avril 2007
Femme de légende,
Calamity Jane l'était, mais peut-être pas tout à fait celle qu'on a longtemps
cru.