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dimanche 5 avril 2009

A voir à Toulouse : des chefs-d'oeuvre du Gothique normand

Chefs d'oeuvres du Gothique en NormandieQuand la pierre normande choisit pour écrin la brique toulousaine : c'est dans l'ancien réfectoire du début du XIVème siècle de l'ensemble conventuel des Jacobins à Toulouse, magnifique lieu d'exposition tout de rouge vêtu, que l'on peut voir jusqu'au 20 avril une sélection de chefs-d'œuvres gothiques... normands.

Cette rencontre entre deux Gothiques régionaux conduit le visiteur de l'église abritant les reliques de Saint-Thomas d'Aquin, toute de briques construite, remarquable par sa finesse, sa pureté et son élancement, à un ensemble de sculptures et de pièces d'orfèvrerie produites en Normandie entre le XIIIème et le XVème siècles.

Le parcours chronologique s'ouvre avec la Marie-Madeleine de la Collégiale d'Ecouis (Eure), dont l'ondoyante chevelure descendant jusqu'aux pieds constitue le seul vêtement : sa blancheur, sa simplicité et son naturel en font l'un des joyaux de l'exposition.

Châsse de Saint-Taurin, exposition aux Jacobins à ToulouseDans la salle suivante, placés en hauteur, les neuf apôtres du Collège apostolique de Saint Pierre de Jumièges (Seine-Maritime), mis en valeur par un jeu de lumières, veillent sur les châsses des reliques de Saint-Taurin et Saint-Romain : datées du XIIIème siècle, en argent et cuivre dorés, elles permettent de se faire une idée de l'architecture richement ornée des églises et des cathédrales du gothique normand.

Suivent un grand nombre de vierges à l'enfant, certaines pleines de tendresse, d'autres plus hiératiques, parfois d'un (trop ?) grand raffinement, marque de la présence d'un mécénat issu de l'entourage royal dans le Vexin Normand au XIVème siècle, qui a tendance à introduire un art de cour parfois teinté de maniérisme.

De belles pièces de vitraux soulignent l'importance de la peinture sur verre lors de la construction ou de la reconstruction des cathédrales à partir du XIIIème siècle, comme les deux panneaux de Dives-sur-mer (Calvados) qui mettent en scène de délicats anges-musiciens.

Exposition aux Jacobins, gothique NormandieDans la dernière salle sont réunis une multitude de saints de pierre, universels ou locaux, connus ou inconnus. Leur grand succès renvoie aux grandes peurs de l'époque, celles des guerres et des épidémies, sans compter celle de la damnation éternelle.
Le culte des saints protecteurs est aussi à mettre en parallèle avec la diffusion de la "La Légende dorée'' de Jacques de Voragine au XIIIème siècle.

Voici donc notamment Sainte Appoline subissant le martyre de l'arrachement de dents, Saint-Clair, invoqué lors des affections oculaires (ici, ses yeux sont représentés dans un tableau reliquaire présenté par le saint), Sainte-Barbe contre sa tour, ou encore Saint-Roch, figuré en pèlerin avec un chien : selon la légende, lorsqu'il fut lui-même atteint par la peste, il se retira dans une forêt pour éviter la contagion et fut nourri grâce à un chien qui lui apportait tous les jours du pain dérobé à la table de son maître...

Chefs-d'oeuvre du Gothique en Normandie
Sculpture et orfèvrerie du XIIIe au XVe siècle
Jusqu'au 20 avril 2009
Ensemble conventuel des Jacobins de Toulouse
Entrée de l'exposition par l'église des Jacobins, rue Lakanal
Ouvert tous les jours y compris les jours fériés de 10 h à 19 h
Entrée 5 € (TR 2,50 €)
Tél. : 05 61 22 21 92

Images : Sainte Marie Madeleine, 1311-1315, Statue, pierre avec traces de polychromie, Écouis (Eure) ; Châsse de saint Taurin - Argent et cuivre doré repoussé et fondu, émaux champlevés - 1240-1255 - Évreux (Eure) ; Huit anges musiciens, deux panneaux de vitrail, vers 1320-1330, Dives-sur-mer (Calvados)

mardi 12 février 2008

Trésors de Slovaquie orientale aux Jacobins de Toulouse

Trésors de Slovaquie orientale, exposition aux Jacobins à ToulousePeu connues hors de leur pays d'origine, ces très belles oeuvres de l'art sacré slovaque du XIVème au XVIIIème siècles témoignent d'une histoire locale originale.

Contrairement au reste de l'Europe, cette région, pointe extrême du catholicisme en territoire orthodoxe, isolée du reste du continent en raison de nombreux conflits, n'a pas connu la Renaissance.
Ainsi l'art médiéval a subsisté jusqu'au XVIIIème siècle, époque où le gothique a directement cédé sa place au Baroque.

Puisant leur inspiration aux sources du gothique français et allemand, les artistes slovaques en ont donné de magnifiques interprétations, en particulier sur des sculptures en bois polychromé et doré et des meubles liturgiques.
Le thème de la Vierge à l'enfant est très présent. De ces statues de dimension modeste, au visage rond et bien dessiné, au nez fin, se dégage une grande douceur.
Les statues du Christ sur la croix, corps tordu et traits sobrement expressifs, sont également remarquables, notamment une statuette datée de 1400, dont la simplicité et l'économie de moyens n'ont d'égal que la beauté.
Au fil de l'exposition, le travail de sculpture sur bois suscite systématiquement l'admiration, que ce soit pour le rendu des draperies, la polychromie mais aussi pour l'émotion que l'on ressent à contempler ces oeuvres.
L'influence orientale est très visible, avec l'emploi de motifs géométriques et en arabesques, l'utilisation de l'or, notamment sur des stalles en bois peint du XVème siècle et une porte en fer forgé de la même époque.

Les exemples baroques en fin de parcours, style importé à partir de 1650 par des artistes venus d'Italie et d'Autriche, ont tendance à faire regretter ce gothique tardif slovaque. Les oeuvres deviennent massives et puissantes, comme pour mieux imposer la puissance de l'Eglise catholique. L'autel de près de quatre mètres de haut, daté de 1676 est presque caricatural avec son accumulation de statues et d'éléments décoratifs, présentant en son centre d'une façon quelque peu exubérante la scène de Daniel assis dans la fosse au milieu des lions rendus inoffensifs par l'intervention divine.
Une sculpture de Saint-Martin à cheval partageant son manteau réserve la surprise par sa représentation du pauvre bénéficiaire du don, éclopé au visage émacié et au regard implorant, dont on croit entendre le cri s'échapper de sa bouche grande ouverte. Saisissant.

Trésors de Slovaquie orientale - Du Moyen-Age au Baroque, XIVe - XVIIIe siècles Ensemble conventuel des Jacobins
Jusqu'au 24 mars 2008
TLJ de 10 h à 19 h
Entrée par l'église des Jacobins
Rue Lakanal - 31000 Toulouse
M° Capitole, Esquirol
Tarif 5 € (TR 2,50 €)

Image : Saint Ladislas, Statue en bois polychrome, 1520 (Kosice, Musée de Slovaquie Orientale)