
The Ghost-Writer, Ours d'argent au dernier festival de Berlin, a
été adapté du roman du Britannique Robert Harris, également co-scénariste du
film, et publié en Frane sous le titre L'Homme de l'ombre (Editions
Plon).
Le choix de Polanski est excellent et son adaptation magistrale : le film
nous cueille dès les premières images (où l'on sent qu'il y a un "avant"
l'histoire, et que cet "avant" n'a pas été purgé de ses énigmes) et ne lâche
pas jusqu'à la dernière.
Un Nègre au doux visage d'Ewan McGregor, ordinaire et assez sûr de
lui est embauché pour finir l'écriture des Mémoires d'Adam Lang, ancien premier
ministre britannique, poursuivi pour crimes de guerre et réfugié dans une île
américaine (toutes ressemblances avec la réalité ne sont pas fortuites).
Les vents balaient la plage et les herbes sèches, que le jardinier de la
luxueuse résidence est chargé de ramasser inlassablement, un travail proche de
celui du remplissage du Tonneau des Danaïdes. Scène filmée de loin, rapidement.
Polanski n'est pas du genre lourd dans les clins d'œil. Mais, comme tout bon
réalisateur de thriller, il a l'art d'attirer l'attention sur le moindre
détail, dans une ambiance inquiétante à la Alfred Hitchcock. Notre
Nègre découvre sur cette île un univers étrange, une galerie de
personnages plus ambigus les uns que les autres : Adam Lang, vieil animal
politique toutes dents blanches dehors, brushing brillant et ne doutant de rien
surtout pas de lui-même ; son épouse (la vraie femme de l'ombre),
inquiète, attentive et entreprenante ; sa maîtresse, première assistance
allumeuse et amoureuse à la fois. Sans compter le personnel de maison, dont les
regards sont tout aussi intrigants.
Et enfin le fantôme, c'est-à-dire le mystère que le Nègre se
met en chasse d'éclaircir : la brutale disparition de son prédécesseur
auprès d'Adam Lang.
La progression narrative est très efficace ; faisant l'économie de cris et de courses-poursuites, Polanski mène son affaire avec une maîtrise impressionnante. Dirigeant ses acteurs à la perfection (Ewan McGregor en premier lieu - scotchant - mais aussi Brosman en ex-premier ministre et Olivia Williams en épouse déprimée), le cinéaste enchaîne les plans admirables, plongées et contre-plongées miraculeuses, escaliers, portes, larges vues sur la côte, regards dérobés, matins blafards et nuits tardives, le tout avec des phrases bien balancées. Le film distille ce qu'il faut de psychologie, de pistes et d'égarements, et ce de moins en moins tranquillement jusqu'au magnifique dénouement final. Du grand art.
The Ghost-Writer
Un film de Roman Polanski
Avec Ewan McGregor, Pierce Brosnan, Kim Cattrall, Olivia Williams
Durée : 2 h 08
© Pathé Distribution