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jeudi 10 juillet 2008

Le Sacre du printemps à La Villette

Le sacre du printemps de Stravinsky par Heddy MaalemHeddy Maalem a déplacé le célèbre ballet sur le continent africain, dans une pièce créée en 2004 et présentée jusqu'au 12 juillet dans la Grande Halle de la Villette dans le cadre du festival Afrique(s).

Cette réinterprétation des rites universels du Sacre du printemps résonne avec une force formidable dans les rythmes et mouvements des cultures africaines. La chorégraphie de Maalem, à la fois très écrite et brute associe dans un bel équilibre les "classiques", si l'on peut dire, de la danse contemporaine, des passages de danse "tribale" déchaînée et des moments très lents de pure sensualité. Son langage permet à chacun des quatorze danseurs de s'exprimer selon une gestuelle propre, même dans les tableaux d'ensemble. Malgré les rythmes parfois insensés, malgré la folle énergie, le spectacle demeure dans l'épure. Une qualité qui ne tient pas seulement à la chorégraphie, mais également aux choix de mise en scène extrêmement sobres. Après un magnifique prélude dans la semi-obscurité, où un couple de danseur se dessine comme des ombres chinoises sur un fond d'écran de feuillages africains, place à la lumière franche, murs et sol blancs sans autre décor. Les six danseuses et huit danseurs africains sont simplement vêtus de maillots. La vidéo ne revient qu'aux moments clés du ballet, toujours de façon simple et juste.Quant à la musique de Stravinsky vieille de près d'un siècle, elle semble avoir trouvé un nouveau souffle et même redoublé de puissance, portée par le vent de ce fascinant continent noir.

Le Sacre du printemps
Chorégraphie de Heddy Maalem
Musique de Igor Stravinsky
Grande Halle de la Villette - Salle Charlie Parker
Festival Afrique(s)
Jusqu'au samedi 12 juillet 2008
A 20 h, durée 1 h
De 8 € à 15 €

Photo © Patrick Fabre

jeudi 17 avril 2008

Rencontres de la Villette 2008 : L'appartement

L'appartement, art brut aux rencontre de la VilletteVisiteurs et lecteurs franciliens, vous avez jusqu'au 27 avril pour vivre une expérience qui ne ressemble à nulle autre. Son énoncé, déambulation théâtrale dans une exposition d'art brut ne doit en rien vous effrayer.
La proposition ne coûte que 6 €, dure 40 minutes et a lieu dans le cadre des Rencontres de la Villette 2008, treizième édition d'une manifestation de cultures urbaines qui se plaît à mélanger les disciplines. L'état d'esprit est franchement au dialogue, à l'ouverture et à la découverte.

Avec L'appartement, vous entrerez dans l'un de ces petits mondes comme on les aime, cohérent, singulier et décalé, tellement humain.

Du petit salon rouge, lumières tamisées, piano, meubles anciens, tableaux, des voix vous entraînent vers le couloir, puis dans la grande cuisine, longue table, linge suspendu, pain, café chaud, tartes, tableaux. En face, le séjour, clair, canapé, télé, tableaux. Enfin la chambre, coiffeuse, miroirs, voile blanc sur le lit, tout en en féminité, encore des tableaux.

Dans chacune des pièces, vous aurez fait fait étape pour écouter autant les mots que les voix des comédiens professionnels (handicapés) de la compagnie de L'Oiseau-Mouche, disant des lettres, des fragments d'écrits de malades mentaux. Aimanté, vous aurez aussi contemplé longuement ces tableaux d'art brut issus de la collection de la galerie abcd à Montreuil. (1)

Le corridor est entièrement consacré à des dessins d'Adolf Wölfli, l'un des plus célèbres artistes de l'art brut, la chambre à ceux d'Aloïse Corbaz. Dans le séjour, de nombreuses oeuvres ne manquent pas de fasciner. Ce qui frappe le plus dans ces dessins, c'est peut-être le détail, la minutie avec laquelle ils ont été réalisés. Il faut s'approcher de près pour voir que la moindre "ornementation" est motif figuratif ; parfois ce sont des mots écrits tout petits comme un fil ininterrompu qui complètent le trait. Les compositions sont très denses mais finalement ordonnées.
Dans le dessin à l'encre de Lubos Piny, l'un des plus impressionnants de l'exposition, se mêlent hyper-réalisme des organes, vision éclatée du corps humain et mise en évidence des liens du fonctionnement organique. Impossible à décrire mais à voir absolument.

L'on se sent bien dans ce lieu, à écouter ces voix parfois accompagnées de musique. Le vocabulaire, pictural ou non, de ces artistes nous parle. A cette fatigue, à ces passions, à ces peurs et à ces délires, l'on entend des échos résonner en nous. L'ambiance intime et le décor ancien de l'appartement renvoient à une intériorité et à un passé rassurant. Comme si la vision de ces folies-là nous reposait.

L'appartement, Déambulation théâtrale dans une exposition d'art brut
Rencontres de la Villette 2008, Grande Halle, studio 1
Les 18, 19, 25 et 26 avril à 17 h, 18 h 30 et 21 h ; le 24 avril à 19 h et 22 h
Entrée 6 €
Entrée libre à l'exposition/projection le mer. à partir de 19 h et le dim. à partir de 14 h
Conception et réalisation : Bruno Decharme, Kate France et Sylvie Reteuna
En partenariat avec la galerie abcd, la Cie de L'Oiseau-Mouchet et la Cie La Sibylle

(1) L'art brut désigne les oeuvres spontanées, échappant à toute influence culturelle, réalisées par des personnes créant en dehors des normes esthétiques convenues, par exemple par les pensionnaires d'asiles psychiatriques. Ce terme a été inventé en 1945 par Jean Dubuffet.
Lire le billet sur Le plancher de Jean
Dossier assez fouillé sur le site de la galerie abcd.