Les grands enfants doivent-ils s'occuper
de leur vieux père, alors que celui-ci les a abandonnés très tôt sans jamais
leur donner le moindre amour ?
Wendy et Jon, la quarantaine, ne se posent pas cette question. Ils courent au
chevet de leur emmerdeur de père devenu dément et cherchent illico l'endroit où
il finira ses jours. Wendy aimerait une résidence de retraite belle et
verdoyante, Jon, pragmatique, opte pour la proximité. Car ils vont le visiter,
leur paternel, tous les jours ; et aussi essayer d'égayer cette chambre
qui fait culpabiliser Wendy. Bref, ils s'en occupent.
Le sujet ne fait pas rêver ; il dérange même, fondamentalement
désagréable. Il n'empêche que le résultat est très réussi. Jamais le film ne
tombe dans le sinistre, encore moins dans le pathos.
Les trois personnages, qui sont davantage des individus égarés que partie de ce
doux idéal qu'est une famille unie, sont extrêmement bien dessinés. La gravité
de leurs états d'âme passe par des regards, des phrases banales, des
rudoiements.
Laura Linney et Philip Seymour Hoffman interprètent à la perfection cette soeur
et ce frère qui font ce qu'ils peuvent vis-à-vis de ce père comme ils font ce
qu'ils peuvent de leur vie. Lui, prof de "théâtre contestataire" à la fac
essaie de finir son livre sur Brecht. Elle, vit de petits boulots en attendant
de voir l'une de ses pièces montée. Et côté affectif, le bât blesse ; ni
l'un ni l'autre n'a fondé de famille.
Mais à l'occasion de l'accompagnement du père vers sa fin, puis dans le deuil
de cette lourde figure, leur relation, d'une très belle demi-teinte, va
évoluer, tout comme leur vie respective.
Mâtiné d'un humour très new-yorkais, donc irrésistible, La famille
Savage touche avec délicatesse et surtout sonne très juste.
La famille Savage
Un film américain de Tamara Jenkins
Avec Laura Linney, Philip Seymour Hoffman, Philip Bosco
Durée 1 h 53
La famille Savage a fait l'objet de trois nominations aux
Oscars : Laura Linney pour la meilleure actrice, Philip Seymour
Hoffman pour le meilleur second rôle et Tamara Jenkins pour le meilleur
scénario original.