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vendredi 1 février 2008

La donation Alice Tériade au musée Matisse-Le-Cateau-Cambresis

Salle à manger de la donation TériadeImaginez une villa dans le Midi ; bâtisse simple et élégante, jardin garni et verdoyant. Entre les orangers, les citronniers, les arums et les palmiers, une statue de Giacometti, une sculpture en céramique de Miró, une fontaine de Laurens.
A l'intérieur, la salle à manger minuscule est ornée d'un vitrail multicolore et d'un mur en céramique dessinés par Matisse. Le lustre et les coupes sont de Giacometti ; dans un angle, une statue sculptée par Laurens complète le décor.
Nous sommes à Saint-Jean-Cap Ferrat, chez Tériade et son épouse Alice, dans la Villa Natacha, où, à partir de la fin des années 1940 se réunissaient les plus grands.
Ce cadre raffiné, témoignage de l'amitié qui unissait Tériade à ces artistes, est aujourd'hui restitué au Cateau-Cambresis, grâce à la donation qu'Alice Tériade a consentie au Musée avant sa disparition en 2007.
Le 27 janvier 2008, ont ainsi été révélés au public la salle à manger et les sculptures de la Villa Natacha, mais également des tableaux offerts par Léger, Picasso, Rouault, Chagall.

Rappelons que Tériade (1889-1983), originaire de l'île grecque de Lesbos, se fit connaître à Paris comme critique et fondateur de la revue d'art Verve avant de se lancer dans l'édition de livres d'artistes. Diverstissement de Rouault, Jazz de Matisse, Chant des morts de Picasso, L'enfance d'Ubu de Miró... au total vingt-sept livres de peintres sont nés de ces collaborations.
Avec Chagall, il acheva les entreprises initiées par Vollard et interrompues par la mort brutale du marchand d'art en 1939 : Les Fables de La Fontaine, Les âmes mortes de Gogol, La Bible, mais édita en outre les magnifiques Daphnis et Chloé et Cirque.
En 2002, Alice Tériade a fait donation de ces livres exceptionnels au Musée Matisse du Cateau-Cambresis. Elle fit le même choix pour les oeuvres de Saint-Jean-Cap-Ferrat, non seulement pour éviter leur dispersion mais aussi pour perpétuer l'amitié qui liait Tériade et Matisse.

Picasso, Tête de femme couronnée de fleursC'est donc très naturellement que les oeuvres réalisées par Matisse pour Tériade rejoignent le musée et y retrouvent leurs voisines créées par les autres habitués de la Villa Natacha. La cohésion de l'ensemble est ainsi conservée.
La mise en valeur simple, claire et harmonieuse dans de nouvelles salles est une marque de plus du savoir-faire du Musée Matisse. La salle à manger, dont les volumes sont parfaitement respectés est un véritable bijou. Les tableaux sont également exceptionnels et participent de l'unité de l'ensemble : Tête de femme couronnée de fleurs de Picasso (1969), empreint de mythologie grecque ; l'idyllique Amoureux au bouquet (1949) de Chagall où ciel, mer, fleurs roses, fruits, végétation luxuriante, semblent se faire l'écho du splendide jardin de Tériade. Mais aussi ceux de Léger, de Rouault, et bien sûr le magnifique portrait de Tériade par Giacometti (1960). Des photographies, notamment celles, très belles, d'Henri-Cartier-Bresson montrant Tériade ou Matisse dans le jardin, rappellent la poésie des lieux.

La collection Matisse est par ailleurs enrichie, notamment du tableau Jeune femme à la pelisse, fond rouge (1944) donné par Claude et Barbara Duthuit, petits-enfants de l'artiste. Dans un cadre vermillon, citron et blanc, les parties non peintes du personnage féminin, sa robe et son manteau semblent absorber et refléter les couleurs lumineuses du décor : épuré et superbe.
Enfin, dans la cour, le bas-relief Dos I donné par Matisse doit désormais cohabiter avec Grande Femme III de Giacometti et Lune de Laurens, toutes deux à peine arrivées du Midi. Elles ont plutôt l'air de s'y plaire...

La donation Alice Tériade est installée à demeure au
Musée Matisse Le Catau-Cambrésis
Palais Fénelon - 59360 Le Cateau-Cambresis
tél. : 00 33 (0)3 27 84 64 64
Tlj sauf le mardi, de 10 h à 18 h
Visites guidées le samedi à 15 h et le dimanche à 10 h 30
Entrée 4,50 € (TR 3 €), gratuit les 1ers dimanches du mois

Accès : à 22 km de Cambrai, 35 km de Valenciennes, 90 km de Lille
et 170 km de Paris. Train direct depuis Paris le week-end

Catalogue : La donation Alice Tériade, La collection d'un éditeur d'art, 136 p., 25 €. Texte riche et clair dans une belle mise en page.

Images : Vue de la salle à manger de la Villa Natacha à Saint-Jean-Cap-Ferrat, 2003, Musée départemental Matisse, Le Cateau-Cambrésis (Photo François Fernandez)
et Pablo Picasso, Tête de femme couronnée de fleurs, 22 juillet 1969, Huile et crayon sur papier, Donation Alice Tériade, Musée départemental Matisse,
Le Cateau-Cambrésis © Succession Picasso 2007 (Photo Philip Bernard)

lundi 15 janvier 2007

Au temps des cubistes 1910-1920

cubisteEn 1907, Picasso et Braque initient le cubisme, impressionnés par les oeuvres de Cézanne.

Le peintre d'Aix-en-Provence en rétablissant son importance au modelé, qui avait été « sacrifié » par l'impressionnisme, a en effet contribué à l'avènement de ce mouvement.
« Le cubisme descend de Cézanne, qui disait que tout est cylindre ou cube » écrit Henri Matisse.

L'idée de ses fondateurs est de rendre compte du réel, sans chercher à imiter le visible. Pour ce faire, ils coupent les plans, bouleversent les perspectives. Ils transforment totalement la représentation.

Ce qui ne les empêchent pas de revenir à des principes classiques tels que la géométrie, la solidité des volumes, la discipline constructive.

Si les oeuvres cubistes de Picasso et Braque sont connues, on ignore en revanche qu'un grand nombre de peintres ont suivi ce mouvement et y ont contribué de manières variées.

C'est ce que prouve le formidable travail réalisé par la galerie Berès, réunissant, dans ses deux espaces, des peintres cubistes de sensibilités très différentes.
C'est un ensemble de 250 oeuvres qui est ainsi exposé : de très belles gouaches et aquarelles, mais aussi des dessins au fusain et à l'encre de Chine, regroupés dans une salle en une harmonie de noirs, gris et blancs très réussie.

Du trait géométrique d'Albert Gleizes au raffinement et la sobriété de Marcoussis, des toiles à la gamme chromatique restreinte, en camaïeux de beiges et gris de Henri Laurens, Jacques Lipchitz, et surtout de Juan Gris, au travail sur la couleur de Delaunay, en passant par un très beau pastel de Franz Kupka, mais aussi des oeuves de Fernand Léger, Picasso et bien d'autres, l'harmonie des formes et des couleurs, l'impression de cohérence sont toujours présentes.

On est séduit par ces découvertes, par ce cubisme-là, fécond, varié. C'est une exposition rare, à ne surtout pas manquer.


Le coup de coeur Mag :

Les toiles de Serge Ferat, souvent de dimensions modestes, au dessin finement travaillé et aux couleurs riches, qui dégagent une poésie et une fraîcheur inattendues. (ci-dessus, Nature morte au chapeau et au raisin).

Galerie Berès – 25 quai Voltaire et 35 rue de Beaune Paris 7ème
Jusqu'au 27 janvier, de 10h à 19h sauf dimanche et fêtes
Catalogue de l'exposition : 90 €
Affiche : 10 €
Entrée libre