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Tag - Le Cateau-Cambresis

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mardi 1 avril 2008

Bernard Piffaretti en V.O. au Musée Matisse Le Cateau-Cambrésis

Bernard Piffaretti, version originaleL'oeuvre de Bernard Piffaretti s'inscrit à bien des égards dans un jeu de mémoire.
Son processus de création picturale est depuis plus de vingt ans fondé sur la duplication : après avoir divisé la toile en deux et peint d'un côté ou l'autre du large trait vertical, il duplique le motif sur l'autre pan, non pas en le copiant, mais en essayant de retrouver les gestes successifs qui ont guidé le premier acte créatif.
Le résultat n'est donc jamais identique de part et d'autre du trait ; l'impression de double est fausse ; le spectateur se trouve toujours face à un seul tableau. Ou comment "1 + 1 n'égale pas 2, mais 1 + 1 égale 1", comme l'artiste se plaît à le souligner.

Puis, tous les 6, 8 ou 12 mois, il interrompt sa peinture et se met à dessiner ses tableaux peints. Ce travail de duplication n'a rien à voir avec celui qui caractérise l'élaboration des tableaux, et, intervenant a posteriori n'a aucune valeur de genèse. Bernard Piffaretti explique qu'au fil des ans, la reproduction des tableaux en dessins lui est devenue nécessaire, comme d'un temps de "désœuvrement" pour régénérer sa création.
En écho aux oeuvres peintes, de grandes dimensions, ces petits dessins au crayon de couleurs ne manquent pas d'évoquer un album photos, le recueil d'images que l'on constitue à un point d'étape pour tenter de rassembler les enregistrements des épisodes précédents.
A cette remarque l'artiste sourit et approuve, mais rappelle que, comme entre les deux parties du tableau "ici aussi, il y a un écart, le dessin ne peut être la photographie du tableau".
Peut-être une autre façon de dire que rien ne peut être refait à l'identique, mais tout au plus, "fait une nouvelle fois".

Enfin, à travers cette magnifique exposition, Bernard Piffaretti rend hommage à la mémoire d'Henri Matisse, figure fondatrice du Musée.
C'est davantage aux mots de Matisse qu'à sa peinture que l'artiste fait référence, en associant à vingt de ses tableaux déjà peints une phrase extraite des Ecrits et propos sur l'art d'Henri Matisse.
L'idée ? Pas de juxtaposition de phrases aux accrochages, mais un film (présenté en début d'exposition et inséré dans le catalogue) offrant des vues sur les tableaux de Piffaretti et sur lesquelles les phrases de Matisse apparaissent en sous-titrage (d'où le titre de l'expo).
Le résultat est très réussi, d'autant que la résonance de l'influence de Matisse dans les toiles de Piffaretti est tout à fait visible, notamment dans la combinaison des aplats de couleurs vives et du trait noir, dans les motifs de grilles, points et arabesques. Une jolie et originale marque de l'héritage décidément très large laissé par l'enfant du pays.

Bernard Piffaretti V.O. (version originale sous-titrée)
Jusqu'au 15 juin 2008
Musée Matisse Le Catau-Cambrésis
Palais Fénelon - 59360 Le Cateau-Cambresis
tél. : 00 33 (0)3 27 84 64 64
Tlj sauf le mardi, de 10 h à 18 h
Entrée 4,50 € (TR 3 €), gratuit les 1ers dimanches du mois
Visites guidées sans réservation le samedi à 15 h et le dimanche à 10 h 30
Accès : à 90 km de Lille et 170 de Paris ; les week-ends et jours fériés un train Corail Intercités fait la liaison Paris/Le Cateau-Cambresis
Catalogue : Emilie Ovaere, Bernard Marcadé, Michel Giroud, 120 p. avec le DVD du film, 25 €

Image : Bernard Piffaretti Sans titre, 1993 Acrylique sur toile, 181 x 222 cm Atelier de l’artiste, Paris © ADAGP, Paris 2008 Photo Bertrand Huet/Tutti
Henri Matisse « Les moyens les plus simples sont ceux qui permettent le mieux au peintre de s’exprimer. S’il a peur de la banalité, il ne l’évitera pas en se représentant par un extérieur étrange, en donnant dans des bizarreries du dessin ou les excentricités de la couleur. »

Toutes les citations d'Henri Matisse sont extraites de Ecrits et propos sur l'art, Editions Hermann, Paris 1972

jeudi 12 juillet 2007

Norman Dilworth, Une évolution naturelle

Norman DilworthNorman Dilworth, artiste anglais dont le musée Matisse Le Catau-Cambresis présente la première rétrospective en France jusqu'au 30 septembre, a sa façon bien à lui de parler de ses oeuvres.

Il montre des carrés de bristol noirs et blancs, dans lesquels il a découpé des formes géométriques. A partir de ces gabarits, il explique comment ont été élaborées les « sculptures » accrochées au mur.

Certaines sont si minces que, de loin, on pourrait y voir des tableaux. Une ambiguïté qui s'explique au regard du parcours de l'artiste, qui, après sa formation classique en peinture et en sculpture, a commencé par dessiner (alors très influencé par Giacometti, qu'il avait rencontré lors d'un séjour à Paris), avant de réaliser ses premières sculptures métalliques, très fines et linéaires.
Malgré l'évolution de ses travaux, cette prégnance du trait ne quittera guère Dilworth-sculpteur.

Etrange résultat donc, que ces sculptures murales en noir et blanc, où le blanc du mur « fait partie de l'oeuvre » ainsi que l'artiste le souligne.
Mais si l'on suit bien ses explications, avec un zeste de logique et surtout quelques rudiments de géométrie, on s'aperçoit que l'étrange demeure fort éloigné de la genèse des oeuvres de Norman Dilworth.
En réalité, il joue avec les règles mathématiques, créant des maquettes dans un premier temps, avant de transposer la sculpture dans des dimensions qui peuvent parfois être monumentales.

Son axe géométrique fétiche : l'angle. En découpant un volume ou une surface, par exemple carrée, et en repositionnant les différentes parties ainsi créées, il développe « l'idée de progression dans l'enchaînement des angles ».

On voit alors la rigidité de la forme d'origine éclater en légèreté et mouvements. Un dynamisme particulièrement saisissant avec Parts of a square (1985), Black and white line ( 1985-2006), Half by half by half by half (1988) en bois peint, ou la très grande sculpture en acier Toon (2007), spécifiquement créée pour l'exposition.

Mais Norman Dilworth, malgré ses explications parfois dignes d'un cours de géométrie ne se prend pas pour autant au sérieux : « C'est le jeu de la manipulation qui me plaît. J'aime beaucoup le mot français ludique » déclare-t-il.
Ce qui fonde ses créations, c'est la multiplication des expérimentations ; il n'est pas là pour « raconter une histoire » ajoute-t-il.

Certains trouvent à quelques unes de ses oeuvres des airs de ressemblance avec le monde végétal ? L'artiste ne peut les contredire, puisqu'il s'est lui-même amusé à les nommer Branching (1994) ou Puff ball (Fleur de pissenlit, 1972).
Cela étant, il affirme qu'il n'a pas la volonté de reproduire la nature ; simplement, à force de manipuler des formes mathématiques élémentaires, il aboutit à un résultat proche de ce qui existe effectivement dans la nature.

Mais la création la plus impressionnante est certainement la dernière du parcours, pour laquelle il fallut repousser les cloisons : 1.2.3.4.5. (1997/2007).
On y retrouve le jeu de la géométrie cher à Dilworth, mais aussi celui de la matière et du vide : l'oeuvre semble sculpter l'air et créer un espace à elle seule, dans lequel on a envie de déambuler, passer dessous et multiplier les perspectives.
On est alors troublé par une succession de sensations opposées, lourdeur et légèreté, confort du « rond » et peur de l'anguleux ; tout à coup on lui trouve de noueuses formes végétales, alors que l'instant d'après on croit voir surgir le monstre du Loch Ness....

Norman Dilworth, Rétrospective Une évolution naturelle
Musée Matisse Le Catau-Cambrésis
8 juillet – 30 septembre 2007
Petit journal (gratuit), catalogue (102 p., 22 €)
Renseignements pratiques : consulter le billet Musée Matisse Le Catau-Cambresis

Image : 1.2.3.4.5. (1997/2007), photo Philip Bernard

mercredi 11 juillet 2007

Musée Matisse Le Cateau-Cambrésis

musée Matisse Le Cateau-CambresisS'il est un musée où l'on a envie de faire une halte tranquille dans le département du Nord, c'est bien au musée Matisse Le Cateau-Cambrésis.

Après de vastes travaux d'agrandissement et de restauration, l'ancien palais du XVIIIème siècle a rouvert ses portes le 8 novembre 2002, cinquante ans après son inauguration.

C'est en effet à l'initiative d'Henri Matisse (1869-1954) qu'un musée a vu le jour au Cateau-Cambresis, par la décision qu'il prit d'offrir à sa vile natale un ensemble de 82 oeuvres, qu'il fit d'abord installer à l'Hôtel de ville.

Depuis, le musée a fait son chemin : la collection fondatrice a été complétée de deux autres donations importantes, celle d'Auguste Herbin en 1956 et celle d'Alice Tériade en 2000, encore enrichie très récemment à la suite du legs laissé au début de l'année 2007 par Alice Tériade.

Outre la beauté du fonds permanent, ce que ce musée a d'admirable est la façon dont l'extension moderne a été intégrée à l'ensemble et surtout celle dont les salles sont mises à profit.
Le lieu est exemplaire de la manière dont on peut mettre les espaces au service d'oeuvres remarquables et donc au service du visiteur : proportions harmonieuses, scénographie aérée et accueillante, circulation fluide mais matérialisée - on passe de l'espace Tériade à celui consacré à Herbin, avant d'aborder le parcours Matisse, en ayant l'agréable impression de respecter la singularité et l'univers de chaque artiste.

On choisit, on n'assomme pas : par exemple, le très riche fonds Tériade est exposé par rotation. Après Chagall il y a quelques mois, c'est Fernand Léger qui est à l'honneur actuellement, avec le livre illustré Le Cirque, mais également des peintures.

Au fil de la visite, les fauteuils et canapés, l'élégante petite table et ses chaises invitent à se poser un moment, tandis que par les grandes ouvertures on ne quitte pas les tilleuls du parc.

Mais le musée tient également à promouvoir la création contemporaine. Ainsi, les amples volumes du rez-de-chaussée sont réservés à des expositions temporaires d'artistes d'aujourd'hui dont les références à Matisse ou à Herbin sont visibles.

C'est le cas en ce moment et jusqu'au 30 septembre avec Une évolution naturelle, la première rétrospective consacrée au travail à Norman Dilworth, qui s'inscrit dans le mouvement de l'abstraction géométrique dont Herbin fut une importante figure : on verra comment l'artiste anglais, qui a désormais pris ses quartiers à Lille, a beaucoup à montrer, et à expliquer ...

La suite demain !

Musée départemental Matisse Le Cateau-Cambrésis
Palais Fénelon - 59360 Le Cateau-Cambresis
tél. : 00 33 (0)3 27 84 64 64
mél. : museematisse@cg59.fr
Tlj sauf le mardi, de 10 h à 18 h
Entrée 4,50 € (TR 3 €), gratuit les 1ers dimanches du mois et Journées du Patrimoine
Audio-guide (gratuit)
Visites guidées pour tous le samedi à 15 h et le dimanche à 10 h 30
Ateliers pour les enfants en période scolaire et durant l'été
Accès : à 90 km de Lille et 170 de Paris ; les week-ends et jours fériés un train Corail Intercités fait la liaison Paris/Le Cateau-Cambresis.

Image : vue extérieure du Musée départemental Matisse Le Cateau-Cambrésis restauré et agrandi (Photo Conseil général du Nord, Pierre Cheuva, 2007).