A quoi sert La
Princesse de Clèves, sauf à encombrer l'esprit de fonctionnaires
inconséquemment recrutés ?
A quoi sert la littérature, cette tortionnaire d'enfants, toujours prête à
d'inutiles finasseries, alors que les réponses aux questions du monde
d'aujourd'hui sont paraît-il si simples ?
Christophe Honoré, concluant sa belle trilogie parisienne, fournit avec cette
libre adaptation de La Princesse de Clèves un début de réponse.
Avec lui, la Princesse s'appelle Junie, a seize ans et fréquente en ce début du
XXIème siècle un lycée de l'ouest parisien. Et grâce à cette Belle
personne, les sentiments semblent traverser les siècles sans l'ombre d'une
poussière.
C'est que depuis Dans Paris, puis Les chansons d'amour et
enfin avec celui-ci, Christophe Honoré pose et maîtrise à chaque fois davantage
son film, pour accéder à une épure dans la mise en scène et dans l'expression
des sentiments qu'il n'avait jamais atteinte.
Ici, tout se joue dans une poignée de plans parfois très courts, dans un regard
à la dérobée, un visage bouleversé, des yeux perdus sous la vague du sentiment
amoureux, l'espoir ou l'esquisse d'une étreinte.
Si le coeur et l'armature du film sont tenus par Junie, figure éternelle de
l'amoureuse éprise d'absolu depuis Mme de Lafayette, le personnage central, au
sens physique du terme, est certainement Nemours, le jeune professeur
d'italien. Incarné par un Louis Garrel proprement magnétique, au contraire de
Junie que le mystère et l'extrême exigence éloignent, Nemours est évidemment le
personnage le plus proche, le plus humain. Face à une Princesse
presque désincarnée (ce qui est d'autant plus talentueux de la part du metteur
en scène et de Léa Seydoux que celle-ci a un physique précisément très
charnel), Nemours concentre en ses traits l'irrésistible attirance, presque
électrique, le désir et le trouble. Deux amoureux mus par une même intensité de
sentiments mais que Junie rejettera dans l'absolu, l'empêchant de devenir
terrestre.
La belle personne. Christophe Honoré
Avec Louis Garrel, Léa Seydoux, Grégoire Leprince-Ringuet
Durée 1 h 30
Le site officiel du
film