Comment traverser Valse avec
Bachir sans être profondément ému par l'histoire singulière que le
documentaire raconte, celle du massacre de Sabra et Chatila à Beyrouth-Ouest,
mais aussi par la portée universelle qu'elle contient ?
En septembre 1982, quelques jours après l'assassinat du président libanais
Bachir Gemayel, les Phalangistes chrétiens entrent dans les camps de réfugiés
palestiniens Sabra et Chatila au motif d'en éliminer les éléments terroristes.
Le lendemain, l'on découvre qu'un véritable massacre a été perpétré, y compris
contre de nombreux civils, hommes, femmes et enfants. Aux portes des camps, des
soldats israéliens sécurisaient l'intervention. Au fil des heures, certains ont
compris qu'une tuerie se déroulait à l'intérieur.
Le narrateur faisait partie de ces soldats israéliens en poste devant les
camps. Plus de vingt après, il réalise qu'il a tout oublié de la période de la
guerre du Liban.
Une scène vient pourtant le hanter : dans la nuit éclairée par des fusées,
il se retrouve avec d'autres soldats, nus dans la mer au pied d'immeubles
criblés de balles. Lui et ses camarades sortent lentement de l'eau, remettent
leur kaki et reviennent vers la ville en guerre.
A partir de cette image, il essaie de reconstituer les évènements auxquels il a
participé et les actes qu'il a commis, se faisant aider par un ami
psychanalyste, allant à la rencontre des hommes qui étaient avec lui, les
interrogeant, écoutant leurs souvenirs.
Tout à fait original (premier documentaire d'animation), Valse avec
Bachir est d'une esthétique remarquable. Le jaune et le noir de la scène
fondamentale - celle qui n'a jamais existé réellement, mais révélatrice de la
peur et de la culpabilité encaissées - marquent durablement. Au dessin, sobre
et stylisé, poussant parfois jusqu'à la poésie et l'onirisme, Ari Folman
associe des musiques évocatrices de la jeunesse des années 1980 avec beaucoup
de justesse, et suit de bout en bout une narration impeccablement écrite.
Mais son film est aussi admirable en ce qu'il dépasse l'histoire (de Sabra et
Chatila) pour porter à l'écran toutes les histoires, celles des victimes des
guerres, mais aussi celles de tous ces soldats, gamins de 17, 18 ou 19 ans qui
y ont été impliqués, dans un mélange d'inconscience et de "peur
incontrôlée", et se retrouvent vingt, vingt-cinq après, à devoir porter
ces actes dont ils ne sont pas responsables mais dont ils se sentent
coupables.
Valse avec Bachir est enfin un film sur le travail de mémoire, ses
blancs, ses "arrangements" et sa reconstitution ; il en est en même temps
le résultat magnifique et bouleversant.
Valse avec Bachir
Ari Folman
Durée : 1 h 27 mn
Année de production : 2008
Titre original : Waltz with Bashir
Distribué par Le Pacte
Elles
sont fraîches, souriantes, vives, riantes. Et surtout : elles sont
magnifiquement belles.