Au bord de l'abîme et dans le refus du
deuil, le narrateur raconte son amour perdu : l'histoire encore brûlante
et tragique de Sola, romancière de l'extrême qui finit par se suicider.
Lui-même écrivain, il tombe amoureux des livres de Sola avant de tomber
amoureux fou de la femme, y voyant son double féminin et trouvant dans ses mots
ceux qu'il ne peut écrire lui-même.
Dans le désarroi de cette disparition qui l'a laissé sans réponse, il refait le
chemin, celui de la mystérieuse Sola, avec le peu d'éléments qu'il tient
d'elle, mais aussi ce que fut sa propre vie jusqu'à ce qu'il rencontre celle
qui l'a révélé à lui-même. Une enfance placée sous le signe de la douleur, dans
l'ombre du frère aîné Thomas, le plus beau, le plus doué, le plus actif, le
plus aimé. Thomas devenu brillant avocat, richement marié, à qui le narrateur
présente un jour Sola. Coup de foudre immédiat, il devra désormais partager son
amour avec ce frère exécré... jusqu'à ce que la belle les laisse chacun face à
eux-mêmes, avec leurs questions, leur souffrance, leur culpabilité, à jamais
transformés par cet être exceptionnel.
Tombeau encore ouvert, recueil de regrets et d'échecs, In memoriam
est le livre de toutes les douleurs, à commencer par la perte et l'abandon,
mais aussi la souffrance de vies impuissantes, comme celles du narrateur et du
père de Sola, mais encore les blessures de l'enfance qui ne guérissent pas et
semblent interdire à jamais la joie.
Il faudrait être de pierre pour rester insensible à tant de noirceur. Mais
cette monochromie pose sa limite à la portée du roman, car à trop vouloir
démontrer et souligner, Linda Lê prend le risque de dérober au lecteur sa
propre émotion.
In memoriam. Linda Lê
Christian Bourgois
(2007)
190 p., 17 €