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mercredi 24 septembre 2008

Alexandre et Louis XIV, Tissages de gloire

Alexandre le Grand à la Galerie des GobelinsOn peut reprocher à jacques Garcia la folie des grandeurs de ses décors, leur côté ostentatoire, voire "nouveau riche". Une impression que donnent parfois les lieux à la mode qu'il a griffés depuis une dizaine d'années.
Mais qui de mieux que lui pouvait assurer la scénographie d'une exposition consacrée à la splendeur décorative de l'époque de Louis XIV ?


Retour aux sources, donc, à la Galerie des Gobelins, qui fut fondée officiellement au début du règne de Louis XIV et dont Colbert confia très vite la direction à Charles Le Brun, devenu par la suite Premier peintre du Roi. Y sont présentés jusqu'au 1er mars 2009 des tapisseries, soies peintes, dessins, gravures mais aussi du mobilier créés à la gloire du règne commençant.

Le rez-de-chaussée est consacré à la chronique des conquêtes de Louis XIV. Celle des Provinces-Unies (la suprématie commerciale des Pays-Bas étant alors insupportable, le Roi décida d'y mettre fin) est présentée sur trois grandes toiles de soie peinte, procédé extrêmement original et demeuré inédit dans les collections de la Galerie Nationale. Deux tapisseries évoquent ensuite la guerre de dévolution en exaltant la bravoure royale, pour ne pas dire en faisant oeuvre de propagande ; Van der Meulen, sous la direction de Le Brun y montre un Roi prenant part personnellement aux combats, descendant même dans la tranchée sous les cris de ses généraux qui l'implorent de ne pas mettre ainsi ses jours en péril...

Mais le coeur battant du parcours est à l'étage, où est exposé pour la première fois l'ensemble de tapisseries célébrant les conquêtes d'Alexandre le Grand, entièrement réalisé à partir de cartons de Charles Le Brun. Est ici explorée une autre veine de la célébration de la gloire royale, le registre allégorique qui puise dans l'histoire de l'Antiquité. La référence au grand conquérant, notamment à ses exploits en Perse, était évidemment des plus flatteuses pour notre Louis XIV.
Il s'agit de l'oeuvre à laquelle Le Brun s'est consacré avec le plus de ferveur et de soin, élaborant à cet effet quelques 250 dessins (tous conservés au Louvre).
Le résultat est époustouflant, avec ses multiples scènes d'action audacieuses, ses compositions complexes et ses couleurs vives, le rouge avant tout bien sûr, mais aussi le très beau bleu roy.

C'est le rouge, précisément, que Jacques Garcia (mécène de l'exposition) a choisi pour la scénographie du rez-de-chaussée. La couleur triomphale s'étale en une magnifique perspective, rythmée par deux arcs de triomphe ornés des portes de l'ancien garde-meuble de la Galerie des Gobelins. Au fond de cette enfilade qui évoque les appartements royaux, l'on aperçoit un superbe cabinet en marqueterie Boulle (écaille de tortue, étain, ébène, cuivre doré...), tandis qu'au sol s'étale l'un des tapis (le 53ème exactement !) créés par Le Brun pour la Grande Galerie du Louvre.

Plus beau encore, le premier étage, lui tout en vert, restitue, pour accueillir les tapisseries d'Alexandre l'ambiance des jardins aménagés par Le Nôtre, avec ses allées bordées de topiaires et, au centre, sur un podium de buis... le buste de Louis XIV bien sûr. N'en jetez plus, direz-vous ? Certes, mais il faut reconnaître qu'on est sacrément ébloui !

Alexandre et Louis XIV, Tissages de gloire
Galerie des Gobelins
42, av. des Gobelins - Paris XIIIème
Jusqu'au 1er mars 2009
Tlj sauf le lundi de 12 h 30 à 18 h 30
Entrée : 6 € (TR 4 €)
Visite avec conférencier les mer., ven. et sam. à 15 h 30 et 17 h (10 €, TR 7,50 €)

Image : Tapisserie des Gobelins, Tenture de L'Histoire d'Alexandre, d'après Charles Le Brun, La famille de Darius aux pieds d’Alexandre, XVIIe siècle. Photo : Philippe Sébert

mercredi 21 mars 2007

Le livre au Grand Siècle. Sous l'emprise de la Monarchie absolue (4/4)

Suite et fin de la conférence sur l'histoire du livre au XVII° siècle

vierges sagesL'épisode d'insubordination de La Fronde précipite la reprise en main par le pouvoir central des Parlements de province, et donc des libraires.

Louis XIV et ses ministres remettent de l'ordre dans les métiers du livre parisiens (l'instauration d'un numerus clausus fait disparaître les petits ateliers), y placent des « personnages de confiance ».
Sébastien Cramoisy, un des plus grands imprimeurs-libraires du XVII° siècle sera imprimeur du roi, de la Compagnie de Jésus, des Hôpitaux, et le premier directeur de l'Imprimerie royale à sa création en 1640 ; Antoine Vitré est également imprimeur-libraire du roi et du clergé.
Cette nouvelle élite de libraires parisiens exerce auprès du roi un véritable lobby pour écarter au maximum la concurrence de la province.
Pour favoriser ses protégés, la grande Chancellerie royale utilise alors l'arme des privilèges de librairie : concédés par le roi, ils assurent à leurs bénéficiaires un monopole temporaire.
Mais les Parlements de province en avaient octroyé également : Louis XIV, avec l'aide de ses intendants tente d'y mettre bon ordre et renouvelle les privilèges royaux pour des durées de plus en plus longues.
A la fin du XVII° et au XVIII° siècle, la continuation des privilèges sera la norme : transmissibles, ils assureront aux éditeurs parisiens une véritable « rente éditoriale ».

Un autre aspect de la politique culturelle centralisatrice de Louis XIV est l'institution d'une série d'établissements stables destinés à encadrer la vie de l'esprit, à Paris en particulier : l'Académie française, créée par Richelieu en 1635, l'Académie royale, le réseau des Académies royales, l'Observatoire de Paris, la Comédie française.
Ils s'ajoutent à des institutions plus anciennes comme le Collège royal, le Jardin du Roy, où travaillent des savants chargés de l'histoire naturelle.
Louis XIV instaure également les pensions, qu'il octroie à des gens de lettres, des savants ; la censure préalable (l'Académie française est une pépinière de censeurs mis à la disposition de la Chancellerie pour examiner les livres) ; la confiscation des périodiques (les journalistes et rédacteurs sont choisis par le roi, notamment au sein de la même Académie ...).

Progressivement, le roi devient donc le mécène unique de la vie culturelle nationale.

De leur côté, les auteurs – Boileau, les frères Corneille, Molière, les frères Perrault ...– ont approuvé cette dépendance, qui était le moyen pour eux d'obtenir le plus grand rayonnement possible et la garantie d'une reconnaissance sociale.

Si les auteurs classiques ont joué le jeu, l'absolutisme royal va conduire les plus audacieux à se réfugier dans les marges. Deux possibilités s'offrent alors aux non-conformistes : la clandestinité provinciale (ce sera le cas de Pierre Le Pesant de Boisguilbert, lieutenant général de police de Rouen, écrivain fondateur de l'économie politique, mais aussi du Maréchal Vauban) ou la clandestinité étrangère.
Se font ainsi publier à l'étranger : Antoire Arnauld, dit « le Grand Arnauld », théologien, chef de file du parti janséniste ; Richard Simon, fondateur de la critique biblique ; Antoine Furetière, abbé, écrivain et lexicographe : son dictionnaire, concurrent du dictionnaire royal, est mal vu en France. Il confie donc le manuscrit aux Pays-Bas.
C'est pourquoi son Dictionnaire universel, pionnier de la lexicologie française est d'abord édité à l'étranger !

A Rouen, avec l'aide des pouvoirs locaux, les imprimeurs-libraires essaient de battre en brèche les privilèges parisiens : sont ainsi mis sur le marché, en toute illégalité, des ouvrages peu chers, copies des éditions parisiennes, mais aussi des éditions prohibées.
Cette opposition, à la fin de la monarchie de Louis XIV, entre les imprimeurs locaux et l'Imprimerie royale entraîne des perquisitions, saisies, procès, embastillements ...

Jusqu'à ce qu'en 1709 l'abbé Bignon, directeur de la Librairie près le chancelier de France, considérant que cette situation va finir par perturber le royaume, décide d'instaurer des tolérances, qui sont des permissions tacites, des autorisations d'imprimer délivrées par la direction de la Librairie, sans pour autant que la mention de celle-ci y figure.
Cette situation, un peu hypocrite, durera tout au long du Siècle des Lumières, notamment sous la direction de Malesherbes.


Le livre au Grand Siècle.
Bibliothèque Nationale de France
Cycle Histoire du livre, histoire des livres
Conférence de Jean-Dominique Mellot,
Service de l'inventaire rétrospectif
Conférence du 8 mars 2007
Le découpage et le titre sont le choix de Mag