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mercredi 27 mai 2009

Henri Cartier-Bresson à vue d'oeil. MEP, Paris.

HCB à vue d'oeil à la MEP, Berlin« Ma passion n'a jamais été la photographie "en elle-même", mais la possibilité, en s'oubliant soi-même, d'enregistrer dans une fraction de seconde l'émotion procurée par le sujet et la beauté de la forme, c'est-à-dire une géométrie éveillée par ce qui est offert.
Le tir photographique est un de mes carnets de croquis. »
(HCB, 8 février 1994)

L'exposition réunit cent vingt tirages parmi les quelques trois cent quarante du fonds détenu par la Maison européenne de la photographie. On ne peut que la conseiller, tant Henri Cartier-Bresson (1908-2004) reste le plus grand et le plus émouvant des photographes du XXème siècle.

Un grand nombre des clichés présentés ici, appartenant aux séries Les Européens et Paris sont très connus, comme celle de Jean-Paul Sartre sur le pont des Arts en 1946, Giacometti traversant le passage clouté de la rue d'Alésia sous la pluie en 1961, ou encore les photos des bords de Marne à l'époque des premiers congés payés.
Pour autant, on ne se lasse pas de les regarder.

Muni de son Leica, celui qui fonda avec Robert Capa, David Seymour, William Vandivert et George Rodger l'agence Magnum en 1947 est allé partout dans le monde, au Mexique, en Europe de l'Est, aux Etats-Unis, en Afrique, en Extrême-Orient. Il était en Inde lorsque Gandhi fut assassiné, en Indonésie durant l'indépendance, en Chine au moment de l'avènement de la République Populaire.
En 1954, après la mort de Staline, il fut le premier photographe étranger à se rendre à Moscou. Sur ses photos de centres de vacances organisés par les usines, on voit de petites filles courir à la douche et s'amuser dans un décor constitué d'immenses portraits des hommes forts du régime soviétique.

Aux quatre coins de l'Europe, à Dublin, à Séville, à Varsovie comme à Aubervilliers, le pionnier du photojournalisme a montré la misère, les maisons dénudées, les baraquements de fortune. Il a photographié les rues et ceux qui s'y trouvaient, révélant, sans juger, les inégalités ; là, des enfants pauvres, ici, les privilégiés de la bonne société. Et partout, l'humain dans sa vérité et son émotion, comme ces visages bouleversés, pris de très près, aux funérailles de victimes de Charonne à Paris en 1962.

Henri Cartier-Bresson a témoigné des guerres, des déchirements du siècle dernier, en mettant toujours l'homme au centre de son objectif, comme ces hommes dans Berlin coupée en deux, hissés pour voir « de l'autre côté », ou encore cette fameuse photo prise à la libération d'un camp de déportés en Allemagne où une femme reconnaît l'indicatrice de la Gestapo qui l'a dénoncée. Tout un pan de l'histoire de l'Europe à nouveau éclairé, et, une fois encore, le sentiment que les photographies de celui que Pierre Assouline a baptisé « l'œil du siècle » ne sont pas usées, qu'elles n'ont en rien fini de parler.

Henri Cartier-Bresson à vue d'œil
Jusqu'au 30 août 2009
Maison européenne de la photographie
5-7, rue de Fourcy - Paris 4ème
M° Saint-Paul et Pont-Marie
Du mer. au dim. de 11 h à 20 h
Entrée 6,50 € (TR 3,50 €), gratuit le mercredi à partir de 17 h
Les actes du colloque Revoir Henri Cartier-Bresson, publiés aux éditions Textuel, accompagnent l'exposition.

A voir aussi bientôt : Henri Cartier-Bresson, l'imaginaire d'après nature, une exposition présentée au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris du 19 juin au 13 septembre 2009.

Image : Le mur, Berlin, ex-RFA, 1962 © Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos

mardi 20 novembre 2007

Tulsa. Larry Clark à la Maison européenne de la photographie

Exposition Larry Clark à la MEP, TulsaIls sont des adolescents et de jeunes adultes aux cheveux mi-longs ; parfois souriants, beaux souvent.

Les photos sont prises sur le vif mais les scènes annoncent la mort.
Point de mouvement si ce n’est l’aiguille qui s’enfonce lentement dans le bras ou le mollet pour délivrer la dose libératrice au corps déjà condamné.

Sur ces vies de désœuvrement et d’ennui, où même l’attente est refusée, coule une goutte de sang, marqueur de la putréfaction prochaine de ces blanches chairs déjà flasques.
C’est une jeunesse qui abdique, un amant qui injecte la mort à sa partenaire, une femme enceinte qui se pique, un nouveau-né dans un petit cercueil blanc.

A côté, les clichés montrant des adolescents jouant avec des armes à feu résonnent comme des métaphores.

Photos frontales, provocantes, choquantes et surtout, révoltantes.

Tulsa. Larry Clark
Maison européenne de la photographie
Jusqu'au 6 janvier 2008
5-7, rue de Fourcy – Paris 4ème
M° Saint-Paul ou Hôtel de Ville
Du mercredi au dimanche de 11 h à 19 h 45
Entrée 6 € (TR 3 €)

Né à Oklahoma en 1943, Larry Clark a photographié dans les années 1960 la jeunesse en prise à la violence et la drogue. Le recueil issu de ce travail Tulsa a été édité pour la première fois en 1971, réédité en 1983 puis en 2000 (anglais, éditions Grove Press Books).

Image : Tulsa, 1963-1971

mardi 23 octobre 2007

Harlem in My Heart. Martine Barrat à la MEP

Martine Barrat, Harlem in My HeartMartine Barrat a quitté Paris pour New-York en 1968. Ce sont les quartiers pauvres de Harlem et de South Bronx, où elle s’est investie pendant des années, qu’elle a choisi de photographier.
Ses clichés n’ont pourtant rien de misérabiliste, ni de compassionnel. Il s’en dégage au contraire une grande dignité, parfois même une franche gaieté.

Tirages somptueux en noir et blanc montrant la communauté noire dans la rue, dans les églises, dans les ‘’dancings’’ : enfants qui jouent et dansent dehors ; couple d’âge mûr enlacé ; ‘’diva’’ toute plissée prête pour une dernière soirée… le spectacle ne semble pouvoir s’arrêter.
Dans la rue, les vieillards de Martine Barrat ne cèdent pas davantage au laisser-aller ; malgré l'âge et la solitude, l'élégance est toujours là, comme si c'était la dernière chose à perdre. Et ce môme qui pose, bras nus sous son gilet noir, drapé d’une écharpe blanche : quelle classe !

Au fil des photos, la sensualité des étoffes et des peaux satinés affleure ; l’émotion aussi, par exemple devant ces enfants assis dehors sur un grand escalier délabré, discutant au dessus de leurs cahiers, le reste des livres calés sur les marches par de gros cailloux ; ou encore devant cette jeune femme qui fume en rêvant dans sa robe de soirée…
On pourrait continuer longtemps tant ces photos touchent et parlent.

Lorsqu’elle photographie le monde de la boxe, Martine Barrat nous offre le même regard précis et attachant : avant le combat, les masses de muscle pur s’immobilisent dans une concentration extrême, soulignée par une position, un regard ; le « physique » prend tout à coup une expression cérébrale, voire mystique dans ce moment de solitude qui en précède un autre, celui du match, qu’on ne fait ici qu’imaginer.

Harlem in My Heart. Martine Barrat
Maison européenne de la photographie
Jusqu'au 6 janvier 2008
5-7, rue de Fourcy – Paris 4ème
M° Saint-Paul ou Hôtel de Ville
Du mercredi au dimanche de 11 h à 19 h 45
Entrée 6 € (TR 3 €)

Image : Sunday Morning, Harlem, New York, 1984

lundi 15 octobre 2007

"Réquisitoire", Le plancher de Jean. Martin d'Orgeval à la MEP

Martin d'Orgeval, le plancher de JeanSi l'histoire est désormais connue, elle mérite d'être racontée une nouvelle fois et surtout montrée.
Il s'agit d'une histoire réelle de souffrance et de folie dont le travail du photographe Martin d'Orgeval est un précieux document.

En 1959, Jean, fils de paysan béarnais, revient de la guerre d'Algérie pour prendre le rôle de chef de famille auprès de sa mère et de sa soeur Paule.
Son père s'est pendu.
Jean est âgé de 20 ans.

Il néglige la prospère ferme, qui périclite ; il se livre en revanche à des rondes de garde assidues, monté sur son tracteur et armé d'un fusil.
Jean, Paul et leur mère ne voient plus personne et se nourrissent de cueillette.

En 1971, la mère meurt. Jean et Paule demandent et obtiennent l'autorisation de l'inhumer sous l'escalier de la maison.
C'est alors que Jean finit de sombrer dans la folie.
Pendant des mois, cessant de se nourrir, il passe ses journées enfermé dans sa chambre, dont il grave entièrement les 16 m2 de plancher autour du lit.
Il mourra d'inanition quelques mois plus tard, à l'âge de 33 ans.
Paule finira sa vie absolument recluse et c'est à sa mort, en 1993, que le "plancher de Jean" est découvert.

Les mots que l'on y lit révèlent une violence intérieure tendue, des sentiments de persécution, en particulier vis-à-vis de l'Eglise [LA RELIGION A INVENTE DES MACHINES A COMMANDER LE CERVEAU DES GENS ET BETES ET AVEC UNE INVENTION A VOIR NOTRE VUE A PARTIR DE RETINE DE L'IMAGE DE L'OEIL ABUSE], de menace, de haine, et d'innocence [NOUS JEAN PAULE SOMMES INNOCENTS NOUS N'AVONS NI TUE NI DETRUIT NI PORTE DU TORT A AUTUI C'EST LA RELIGION QUI A INVENTE UN PROCES AVEC DES MACHINES ELECTRONIQUES A COMMANDER LE CERVEAU]. Il évoque aussi le meurtre, Hitler, la guerre.

Témoignage poignant de la folie d'un homme, ces planches couvertes de mots gravés, assénés, frappés, obsédants, apparaissent comme le cercueil jeune et inéluctable de sa maladie et de ses souffrances non soignées. L'aspect christique de son oeuvre qui a la religion pour première cible est évidemment bouleversant.

Jean souffrait visiblement de schizophrénie. Le professeur Jean-Pierre Olier, chef du service hospitalo-universitaire Saint-Anne à Paris, a voulu que le plancher de Jean soit exposé en permanence à l'hôpital Saint-Anne (1), pour combattre la honte et les préjugés que suscitent encore les maladies mentales.

"Réquisitoire", Le plancher de Jean. Martin d'Orgeval
Maison européenne de la photographie
Jusqu'au 6 janvier 2008
5-7, rue de Fourcy – Paris 4ème
M° Saint-Paul ou Hôtel de Ville
Du mercredi au dimanche de 11 h à 19 h 45
Entrée 6 € (TR 3 €)

(1) En attendant d'être dans le bâtiment lui-même (vers 2010 probablement), le plancher de Jean est exposé, depuis juillet 2007, juste en face, sur le trottoir de la rue Cabannis.

mercredi 15 août 2007

Italie, doubles visions. Maison européenne de la photographie

Scanno, Henri Cartier-BressonAvec Italie, doubles visions, la Maison européenne de la photographie propose jusqu'au 30 septembre un enrichissant voyage en Italie.

Déclinée en dix thèmes organisés autour d'une centaine de photos, l'exposition propose deux regards différents sur un même site ou un même événement italien.

Les travaux d'un photographe autochtone et d'un photographe international présentés à proximité donnent lieu à de belles comparaisons.

Scanno, un village des Abruzzes, avec son église, sa place, ses enfants et ses vieillards, silhouettes, chapeaux et coiffes noires, fut photographié tour à tour par Henri Cartier-Bresson et Mario Giacomelli.
D'un côté les clichés impeccables, le regard fin et original de celui qui fut l'un, sinon le plus grand des photo-journalistes.
De l'autre, la singularité et la poésie du photographe italien le plus connu.
Deux variations profondément différentes dont la présentation simultanée ne fait que renforcer leurs beautés respectives.

Mais certaines de ces confrontations sont aussi l'occasion de souligner la puissance créative de photographes moins connus.
Ainsi du thème des volcans, classiquement interprété par l'Américian Roger Ressmeyer, avec des clichés très "National Geographic" (il y travailla de 1987 à 1995), mais totalement réinventé par Antonio Biasiucci qui photographie de très près lave, magma et fumée, pour saisir non pas le mouvement effrayant et spectaculaire de la lave incandescente, mais les plis, le lissé, les bulles et stries de la matière volcanique dans un noir et blanc très sensuel.

Ou encore, lorsque le brésilien Sebastiao Salgado fait un reportage sur les thoniers, il en restitue l'action et le formidable danger, alors que Giorgia Fiorio fait de ces pêcheurs des êtres de l'attente, émouvants et mélancoliques.

Une veine poétique décidément très présente chez les photographes italiens : coup de coeur pour la Venise de Luca Campigotto, qui photographie sa ville de nuit, tout en silence et mystère, ombres larges et lumières furtives, détours et dédales de pierres humides ; une promenade dans une Venise littéraire qui semble surgir d'un rêve profond.

Le thème le plus fort de l'exposition demeure certainement celui des reportages réalisés dans les hôpitaux italiens par Carla Cerati et Raymon Depardon.

A la fin des années 1960, afin de dénoncer les conditions de vie des malades mentaux dans les hôpitaux psychiatriques, Carla Cerati, avec Berengo Gardin, dresse de leur situation un tableau brutal. Les vues des patients sont frontales, presque choquantes, ce qui correspondait bien à la finalité du reportage.

Plus de dix ans après, Raymon Depardon photographie à son tour la vie dans les hôpitaux, notamment celui de San Clemente à Venise.
C'est avec son respect et sa délicatesse qu'il montre l'extrême solitude et l'abandon.
Sous son objectif, les corps se recroquevillent avec pudeur.
Clichés poignants qui disent mieux que bien d'autres la souffrance et la désolation.

Italie, doubles visions
Maison européenne de la photographie
Jusqu'au 30 septembre 2007
5-7, rue de Fourcy – Paris 4ème
M° Saint-Paul ou Hôtel de Ville
Du mercredi au dimanche de 11 h à 19 h 45
Entrée 6 € (TR 3 €)

Image : Henri Cartier-Bresson, Scanno, 1951 (Magum Photos)

lundi 30 juillet 2007

Le cuir des arbres. Marc Fumaroli. Maison européenne de la photographie

Le cuir des arbres, Marc Fumaroli« Les arbres, a dit un sage un peu misanthrope, me consolent des hommes mieux que les animaux, avec lesquels ils ont trop de ressemblance.

J'ai été tenté de faire des portraits photographiques d'arbres. Aucun n'a répondu au sentiment qu'ils m'inspirent. Alors je me suis rabattu sur la vue rapprochée, et j'ai découvert que la photographie pouvait du moins fixer ce que l'on ne regarde le plus souvent qu'en passant et distraitement, le cuir des arbres.

Par la brève anthologie que propose cette exposition, je souhaite partager avec les promeneurs en forêt, les visiteurs de jardins botaniques, les explorateurs de pays lointains, les joies esthétiques que donne l'incroyable et infaillible génie plastique de la Nature, graveur et peintre " abstraits " sur le cuir de nos amis les arbres... ».

C'est ainsi que Marc Fumaroli présente lui-même ses clichés exposés à la Maison européenne de la photographie jusqu'au 2 septembre.

Tout semble être dit.
Il ne reste plus qu'à contempler tranquillement les très grands tirages en couleur et laisser son imagination prendre son envol à la surface des arbres.

Apparaîtront alors peut-être des vues du ciel, ici terre découpée et archipel d'îles vertes, là chemins ocres tracés dans la forêt.
Ou encore, dans un camaïeux de verts et de gris, la peau d'un serpent, à moins que cela ne soit celle d'un autre reptile ; ailleurs, couleur chair, voici une parcelle de peau humaine, quand plus loin deux photos côte à côte, « oeils » sur les troncs d'arbres forment ensemble un visage humain creusé de sillons et de rides.

Tout cela est peut-être gravé dans le cuir des arbres.
C'est aussi simple que poétique.
Il n'y a qu'à regarder.

Le cuir des arbres. Marc Fumaroli
Maison européenne de la photographie
Jusqu'au 2 septembre 2007
5-7, rue de Fourcy – Paris 4ème
M° Saint-Paul ou Hôtel de Ville
Du mercredi au dimanche de 11 h à 19 h 45
Entrée 6 € (TR 3 €)

Image : Le cuir des arbres, Marc Fumaroli, 2006

mercredi 25 juillet 2007

L'été au frais : les expositions à Paris

exposition Vieira da SilvaLe programme culturel ne connaît pas de trêve estivale dans la capitale. Pour les Parisiens qui demeurent à résidence comme pour les autres qui y viennent « pour le meilleur », les propositions sont nombreuses. En voici une petite sélection.

Côté peinture, on ne peut que conseiller l'exposition, au Musée d'Orsay, De Cézanne à Picasso, chefs d'oeuvre de la galerie Vollard (lire les billets Ambroise Vollard : parcours d'un marchand d'art exceptionnel ; Galerie Vollard : autour des livres et de Vincent van Gogh et Chefs-d'oeuvre de la galerie Vollard : Paul Cézanne), mais aussi Roy Lichtenstein, Evolution à voir à la Pinacothèque de Paris jusqu'au 23 septembre.
D'autres méritent certainement le détour, telle celles organisée au Centre culturel Calouste Gulbenkian autour de l'artiste portugaise Maria Vieira da Silva, peintre magnifique de « l'abstraction lyrique », visible jusqu'au 28 septembre.

C'est dans le domaine de la photographie que les grandes expositions sont pléthores cet été. Ainsi, avec Double je, le glamour kitch devenu chic de Pierre et Gilles investit le Jeu de Paume (site Concorde) jusqu'au 23 septembre, alors que jusqu'au 16 , Alexandre Rodtchenko prend ses quartiers au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris qui lui consacre, avec La révolution dans l'oeil la rétrospective la plus importante organisée en France.
Autres expos attirantes : celle de la Maison européenne de la photographie Italie – Double vision propose la confrontation de deux regards sur un même lieu ou un même sujet en Italie, à des moments différents. Les plus grands y sont : Henri Cartier-Bresson, Mario Giacomelli, Martin Parr, Sabastiao Salgado...
Mais aussi celle des clichés de Willy Maywald, intitulée Le Pari(s) de la création, 1931-1955, visible au Musée Carnavalet jusqu'au 30 septembre : le programme annonce 250 photos dans le Paris bohème, de l'entre-deux-guerres aux années 1950.

Et puis il y a toutes les expos qui proposent des ballades un peu en aparté, bien tentantes elles aussi : celle qui a lieu en moment et jusqu'au 28 octobre au Musée des Lettres et Manuscrits Titanic – au coeur de l'océan (télégrammes, cartes postales, documents de bord et autres manuscrits) en fait partie.
La présentation organisée à la Galerie des Gobelins à l'occasion de sa réouverture serait quant à elle l'occasion d'admirer des tapisseries et tapis datés de 1607 à 2007 (jusqu'au 30 septembre).
Quant à l'exposition-parcours De l'Inde au Japon, dix ans d'acquisition au musée Guimet, elle est une excellente raison pour aller se plonger dans les superbes collections d'arts asiatiques de l'institution la plus importante en Occident dans le domaine. On y reviendra peut-être.

Enfin, vous avez encore quelques jours pour courir au Musée du Luxembourg voir l'exposition René Lalique, Créateur d'exception qui finit le 29 juillet, sans oublier, dans un tout autre genre, bien que féminin lui aussi, la superbe rétrospective consacrée à Annette Messager, Les Messagers, à découvrir au Centre Pompidou jusqu'au 17 septembre.

Quelques idées donc, parmi un programme très fourni, auquel on a envie d'ajouter, parce qu'il s'agit d'un thème totalement inédit, Objets blessés. La réparation en Afrique au Musée du quai Branly (jusqu'au 16 septembre) : est exposé un choix de 110 « objets blessés » réparés par les populations autochtones, et issus des collections africaines du Musée.

Bel été, au frais des musées !

Image : Vieira da Silva

lundi 30 avril 2007

Digital Diaries. Catherine Ikam/Louis Fléri

Catherine Ikam« La réalité c'est ce qui refuse de disparaître quand on a cessé d'y croire ».

L'aphorisme de Philip K. Dick est au cœur des oeuvres de Catherine Ikam et Louis Fléri, artistes de la vidéo et de l'image numériques, qui font actuellement l'objet d'une exposition à la Maison européenne de la photographie.

Relations entre apparence et réalité, virtuel et humain, singularité et archétype : les travaux de Fléri et Ikam interrogent l'homme contemporain des nouvelles technologies – dont les possibilités paraissent quasi-infinies –, sur la question d'un rapport au réel fondamentalement remanié.

En concevant, en 1980, Fragments d'un archétype, où l'on voit l'Etude des proportions du corps humain de Léonard de Vinci figuré par un homme filmé et découpé sur plusieurs écrans en une « sculpture » monumentale, Catherine Ikam fut la première à introduire la fragmentation dans l'art vidéo.

Avec Louis Fléri, elle crée désormais des personnages 100 % virtuels à partir de captures en trois dimensions.
La reproduction des expressions humaines est saisissante ; ils sont à la fois nous et autres, visages immenses et tristes venus de nulle part, auxquels il ne manque que ce trois fois rien, l'éclat de vie qui viendrait pétiller du fond des yeux ...

Le visiteur est pourtant invité à intervenir dans cet univers électronique éthéré.
Ici, en bougeant devant Elle, gigantesque visage projeté sur le mur, il la verra réagir, le suivre du regard, tourner, incliner la tête ... avant de repartir au fond d'elle-même avec une cruelle indifférence.

Là, avec Identité III, il s'assoit sur un tabouret et se voit fragmenté, le visage zoomé sous différents angles à travers une multitudes de caméras et d'écrans ...
L'effet surprise est évident – on a du mal à se reconnaître bien qu'aucune transformation ne soit opérée – avant un rapide repli : difficile de se voir représenté « en oeuvre » ...

Enfin, avec Digital Diaries, espace restitué en 3 D grâce à des lunettes, le public assiste à la projection de photos, fragments de vidéos et de lettres gravitant et s'avançant au premier plan, au gré du hasard, sur fond noir.
A l'aide d'un track ball, il peut modifier – imperceptiblement à dire vrai – leur trajectoire.
Cette création est peut-être la plus forte : presque hypnotique, elle évoque le processus involontaire de la mémoire, qui fait ressurgir tout à coup un visage, un mot, une scène de vie. Jaillissements du souvenir dans lesquels la volonté de l'homme intervient avec une relative impuissance.

Ces interactions avec le visiteur donnent du sens à ces propositions, mais inquiètent autant qu'elles rassurent.
Si l'homme est encore quelque peu le maître de la « machine », le miroir d'artifice et de stéréotype qu'elle lui tend vient troubler, sur fond obscur, sa propre représentation et l'idée de son devenir.

Digital Diaries. Catherine Ikam/Louis Fléri
Jusqu'au 3 juin 2007
Maison européenne de la photographie
5-7, rue de Fourcy – Paris 4ème
Du mercredi au dimanche de 11 h à 20 h
Entrée 6 € (TR 3 €), libre le mercredi à partir de 17 h

Image : Oscar (2005), Portrait interactif

lundi 23 avril 2007

Trash. Mouron/Pascal Rostain.

TrashMontre-moi ce que tu jettes, je saurai ce que tu manges, bois, fumes, et même ce que tu lis ...

Telle est la quête que Bruno Mouron et Pascal Rostain, paparazzis pour Paris-Match, ont entreprise il y a plus de quinze ans : photographier le contenu des poubelles des stars, d'abord en France puis aux Etats-Unis.

C'est ainsi que le grand public peut aujourd'hui détailler à la Maison européenne de la photographie à Paris les déchets de Nicolas Cage, Ronald Reagan, Clint Eastwood (oh ! ...), Sharon Stone et autres grands noms de Los Angeles.
Mauvais goût, curiosité malsaine, voyeurisme ?

Sur de grands tableaux noirs sont alignés par catégorie d'articles bouteilles et canettes vides, emballages alimentaires, flacons de produits d'entretien, mais aussi cartons d'invitation, documents administratifs, petits mots, journaux ...

On découvre ainsi que Arnold Scharzeneger se parfume au Brut de Fabergé, que Tom Hanks est un fou-furieux du Colgate, Marlon Brando un fidèle des teintures cheveux maison ... toutes sortes de détails bien amusants.
Et dans le frigidaire des athlétiques Madonna et de Cyndy Crawford ? Que d'eau, que d'eau ! Est-ce bien étonnant ?

Au fur et à mesure du parcours que le visiteur peut décrypter à sa guise, de grandes tendances se dégagent et l'exposition prend une tournure sociologique.
La question surgit inévitablement : comment ces célébrités dorées d'Hollywood se nourrissent-elles – et plus largement les riches américains ?

Il y a d'abord le basique, ce qu'on retrouve sur tous les tableaux-poubelles : les chips, le coca-cola, les jus de fruits et l'eau d'Evian.
Puis les reliefs variables : sucreries en tout genre, bonbons, glaces, biscuits.
On voit alors les champions : Antonio Banderas et Steven Spielberg ; ou encore John Travolta : Mr catastrophe de l'équilibre alimentaire !

Finalement bien peu de solide dans tout ça : on en vient à se demander où se passent les vrais repas, sans doute au restaurant ... à moins qu'il n'y en ait pas du tout !
Ne leur reste donc plus qu'à boire ... ? Certes, mais pas d'alcool : seule la corbeille de Jack Nicolson, ou presque, révèlera quelques petites Veuve Cliquot (et autres Corona).
Quant au café, Liz Taylor semble être la seule à l'apprécier. Inutile dans ces conditions de chercher trace de beurre ou de confiture !

De quoi réfléchir un peu, donc ; mais en définitive rien d'indécent dans les poubelles que les compères paparazzis nous ont ramenées de Los Angeles, d'autant qu'ils ont eu le respect d'éliminer d'emblée tous les déchets de médicaments.

En réalité, on a qu'une envie en sortant de l'exposition : connaître les déchets des stars françaises, juste pour comparer, et compléter une étude qui n'est pas aussi « ras du caniveau » qu'on aurait pu le présupposer ...


Trash. Mouron/Pascal Rostain
Jusqu'au 3 juin 2007
Maison européenne de la photographie
5-7, rue de Fourcy – Paris 4ème
Du mercredi au dimanche de 11 h à 20 h
Entrée 6 € (TR 3 €), libre le mercredi à partir de 17 h

Image : la poubelle de Madonna (1996)