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mercredi 28 février 2007

Azul. Oscuro casi negro. Daniel Sanchez Arévalo

azulA Madrid, Jorge est sur le point de terminer ses études.

Ses journées commencent tôt et finissent tard : outre son emploi de gardien d'immeuble, il doit aussi s'occuper de son père handicapé. Celui-ci est en effet cloué dans un fauteuil et n'a plus toute sa tête depuis l'attaque cardiaque qu'il a subie, il y a sept ans, précisément lorsque Jorge a tenté de fuir le domicile familial afin de ne pas finir comme son père ... gardien d'immeuble.

Mais Jorge mène cette vie sombre avec dignité, et non sans espoir : son diplôme enfin en poche, il se met en quête d'un travail qui le sortirait des poubelles de l'immeuble et des couches de son père.
Et Natalia, l'amie d'enfance pour qui il en pince depuis des années, revient habiter dans l'immeuble ...
Sur ce chemin qui pourrait bientôt s'éclairer, surgit son frère Antonio, libéré de prison ; les retrouvailles sont chaleureuses. Mais il demande à Jorge un service pour le moins délicat : faire un enfant à sa petite amie Paula restée en prison.
Le très sincère Jorge (trop sincère selon une réplique du film) hésite ...

Azul est le premier long-métrage de Daniel Sánchez Arévalo ; il n'évite pas quelques maladresses, dont celles de vouloir trop en dire, d'accumuler les scènes et d'opter pour un montage compliqué.
Il aurait pu, par exemple, faire l'économie de l'histoire sur l'homosexualité d'Israël, l'ami de Jorge.
C'est dommage, le film aurait certainement gagné en fluidité et sobriété.
D'autant que ses personnages principaux (notamment Jorge, son père, Paula) sont véritablement incarnés et formidablement bien interprétés, les rapports père/fils joliment dessinés. La relation entre Jorge et Paula sonne juste.
Daniel Sánchez Arévalo a su créer un univers propre, dans un décor de banlieue, loin des images connues de Madrid.
L'ambiance créée par le bleu de la photo n'a rien d'artificiel, en particulier dans les scènes montrant le monde carcéral.

Daniel Sanchez Arévalo fait mouche sur le thème du déterminisme social et réussit un émouvant mélange d'humour et de gravité, d'espoir et de désespoir, qui rend ce premier film très attachant.


Azul. Oscuro Casi Negro
Daniel Sanchez Arévalo
Avec Qim Gutierrez, Marta Etura, Antonio de la Torre, Eva Pallarés ...
Durée 1h45
Espagne, 2006
Distribution MK2

mercredi 7 février 2007

Henri Cartier-Bresson. Les films

DVD HCBHenri Cartier-Bresson (1908-2004) n'était pas seulement un immense photographe.

Des années 1930 aux années 1970, il a également réalisé des documentaires qui, comme son œuvre photographique, témoignent de la précision et de la sensibilité de ce regard unique :« l'œil du siècle », pour reprendre le titre de la biographie que lui a consacré Pierre Assouline.

Cinq de ses œuvres cinématographiques ont été réunies par Serge Toubiana, directeur de la Cinémathèque française, dans un double coffret DVD édité par MK2. Il comprend aussi des documentaires consacrés à l'artiste.

Parmi les films d'Henri Cartier-Bresson, figurent deux documentaires en couleur, assez peu connus, tournés en 1970 pour le compte de la chaîne de télévision CBS News. Dans Southern Exposures, celui qui fut l'un des pionniers du photo-journalisme montre, sans ajouter de commentaire, la société américaine telle une mosaïque composées de groupes sociaux bien distincts. L'égale sobriété dans sa façon de filmer fait ressortir de façon criante ce que la société a de contrasté, y compris dans ses excès.

Parmi les documentaires dédiés à l'artiste, Caroline Thiénot Barbey a filmé, en 1989 (mais réalisé en 2005 seulement) Une journée dans l'atelier d'Henri Cartier-Bresson
L'homme, alors âgé, dessine et peint en silence un nu féminin. Il est sérieux, appliqué. Il estompe le trait, crée le modelé, restitue le délié des muscles, la détente, la beauté des traits du jeune modèle.
Malgré son apparente impassibilité, son plaisir à dessiner et à peindre est perceptible.
De temps à autre, il livre ses réflexions et c'est toujours un grand plaisir de l'écouter :

Ce qui compte, ce n'est pas la photo, c'est le regard. (...)
Le dessin est une sorte de méditation, alors que la photo est une action immédiate, c'est presque une éjaculation (...)
Je photographie comme un dessinateur ; maintenant il y a des photographes qui photographient comme des philosophes, ou comme des psychanalystes. (...)
Les photographes sont obsédés par la photo ; ils ne comprennent pas que chez moi il n'y ait pas de photo. (...)
Les gens veulent absolument que je sois photographe ; j'aurai l'étiquette de photographe jusqu'à la fin de mes jours ...

Sans même laisser échapper un soupir, il gardait ce calme, ce naturel et cette simplicité, que son immense et juste renommée rend encore plus admirables.


Henri Cartier-Bresson
Coffret double DVD accompagné d'un livre
MK2, 50 €
Par ailleurs, à lire :
L'oeil du siècle
biographie de Pierre Assouline
Plon, 374 p., 19 €
Folio, 428 p., 8 €
A visiter :
Le site de la Fondation Henri Cartier-Bresson