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vendredi 21 mars 2008

La Fondation Marguerite et Aimé Maeght à Saint-Paul

Fondation Maeght, Saint-PaulInaugurée le 28 juillet 1964, la Fondation Maeght à Saint-Paul (Alpes-Maritimes) a été pensée comme un ensemble architectural parfaitement intégré au milieu naturel.
Très marqués années 1960, les lieux ont plutôt bien vieillis. Utilisant la pierre récupérée dans les collines, le béton brut et les briques roses modelées à la main et cuites au feu de bois selon la tradition locale, la construction imaginée par Josep Lluis (1) était particulièrement ingénieuse.

Pour profiter du cadre exceptionnel et en particulier de la lumière, les demi-voûtes en verre diffusent un éclairage naturel dans les salles, tandis que les nombreuses ouvertures permettent de garder en permanence un oeil sur l'extérieur et les sculptures qui y sont installées.

Car l'espace muséal de la Fondation Maeght se situe autant à l'intérieur (aux très agréables variations de niveaux) que dans les jardins, architecturés en différents lieux d'exposition, conférant à l'ensemble une sensation de déambulation et de détours qui soutient l'attention tout en faisant de la visite une belle ballade.

L'on admire ainsi notamment : des statues de Giacometti, des sculptures, des peintures, des lithographies et même une tapisserie de Joan Miró, un bassin dont la mosaïque a été dessinée par Georges Braque, à l'origine également du vitrail tout mauve de la petite chapelle Saint-Bernard (édifiée à l'emplacement d'un ancien sanctuaire), des oeuvres de Calder, van Velde, Ubac, Jan Voss...

Sans oublier une superbe salle carrée où quatre immenses toiles se répondent comme pour mieux évoquer le bonheur de la vie méditerranéenne : La vie de Marc Chagall, si joyeux et coloré, Le partage des eaux de Pierre Alechinsky, archipel vu du ciel aux dominantes de bleus et de vert turquoise, L'été de Pierre Bonnard, vision paradisiaque de femmes et d'enfants dans un océan de végétation, et La partie de campagne de Fernand Léger, ode franc aux loisirs et au grand air.
Donc à voir évidemment ; mais ne pas trop attendre pour y aller car l'on a nul besoin de la foule estivale pour admirer ces "choses"-là...

Fondation Marguerite et Aimé Maeght
06570 Saint-Paul
TJL, du 1er oct. au 30 juin de 10 h à 18 h
et du 1er juil. au 30 sept. de 10 h à 19 h
Entrée 11 € (TR 9 €)

(1) Architecte d'origine catalane comme son ami Joan Miró, Josep Lluis travailla à Paris avec Le Corbusier. En 1958, il fut nommé à la tête de la faculté d'architecture à Harvard. Il édifia notamment le pavillon de l'Espagne républicaine où Picasso exposa Guernica à l'Exposition Universelle de Paris en 1937 et la Fondation Miró à Barcelone.

vendredi 1 février 2008

La donation Alice Tériade au musée Matisse-Le-Cateau-Cambresis

Salle à manger de la donation TériadeImaginez une villa dans le Midi ; bâtisse simple et élégante, jardin garni et verdoyant. Entre les orangers, les citronniers, les arums et les palmiers, une statue de Giacometti, une sculpture en céramique de Miró, une fontaine de Laurens.
A l'intérieur, la salle à manger minuscule est ornée d'un vitrail multicolore et d'un mur en céramique dessinés par Matisse. Le lustre et les coupes sont de Giacometti ; dans un angle, une statue sculptée par Laurens complète le décor.
Nous sommes à Saint-Jean-Cap Ferrat, chez Tériade et son épouse Alice, dans la Villa Natacha, où, à partir de la fin des années 1940 se réunissaient les plus grands.
Ce cadre raffiné, témoignage de l'amitié qui unissait Tériade à ces artistes, est aujourd'hui restitué au Cateau-Cambresis, grâce à la donation qu'Alice Tériade a consentie au Musée avant sa disparition en 2007.
Le 27 janvier 2008, ont ainsi été révélés au public la salle à manger et les sculptures de la Villa Natacha, mais également des tableaux offerts par Léger, Picasso, Rouault, Chagall.

Rappelons que Tériade (1889-1983), originaire de l'île grecque de Lesbos, se fit connaître à Paris comme critique et fondateur de la revue d'art Verve avant de se lancer dans l'édition de livres d'artistes. Diverstissement de Rouault, Jazz de Matisse, Chant des morts de Picasso, L'enfance d'Ubu de Miró... au total vingt-sept livres de peintres sont nés de ces collaborations.
Avec Chagall, il acheva les entreprises initiées par Vollard et interrompues par la mort brutale du marchand d'art en 1939 : Les Fables de La Fontaine, Les âmes mortes de Gogol, La Bible, mais édita en outre les magnifiques Daphnis et Chloé et Cirque.
En 2002, Alice Tériade a fait donation de ces livres exceptionnels au Musée Matisse du Cateau-Cambresis. Elle fit le même choix pour les oeuvres de Saint-Jean-Cap-Ferrat, non seulement pour éviter leur dispersion mais aussi pour perpétuer l'amitié qui liait Tériade et Matisse.

Picasso, Tête de femme couronnée de fleursC'est donc très naturellement que les oeuvres réalisées par Matisse pour Tériade rejoignent le musée et y retrouvent leurs voisines créées par les autres habitués de la Villa Natacha. La cohésion de l'ensemble est ainsi conservée.
La mise en valeur simple, claire et harmonieuse dans de nouvelles salles est une marque de plus du savoir-faire du Musée Matisse. La salle à manger, dont les volumes sont parfaitement respectés est un véritable bijou. Les tableaux sont également exceptionnels et participent de l'unité de l'ensemble : Tête de femme couronnée de fleurs de Picasso (1969), empreint de mythologie grecque ; l'idyllique Amoureux au bouquet (1949) de Chagall où ciel, mer, fleurs roses, fruits, végétation luxuriante, semblent se faire l'écho du splendide jardin de Tériade. Mais aussi ceux de Léger, de Rouault, et bien sûr le magnifique portrait de Tériade par Giacometti (1960). Des photographies, notamment celles, très belles, d'Henri-Cartier-Bresson montrant Tériade ou Matisse dans le jardin, rappellent la poésie des lieux.

La collection Matisse est par ailleurs enrichie, notamment du tableau Jeune femme à la pelisse, fond rouge (1944) donné par Claude et Barbara Duthuit, petits-enfants de l'artiste. Dans un cadre vermillon, citron et blanc, les parties non peintes du personnage féminin, sa robe et son manteau semblent absorber et refléter les couleurs lumineuses du décor : épuré et superbe.
Enfin, dans la cour, le bas-relief Dos I donné par Matisse doit désormais cohabiter avec Grande Femme III de Giacometti et Lune de Laurens, toutes deux à peine arrivées du Midi. Elles ont plutôt l'air de s'y plaire...

La donation Alice Tériade est installée à demeure au
Musée Matisse Le Catau-Cambrésis
Palais Fénelon - 59360 Le Cateau-Cambresis
tél. : 00 33 (0)3 27 84 64 64
Tlj sauf le mardi, de 10 h à 18 h
Visites guidées le samedi à 15 h et le dimanche à 10 h 30
Entrée 4,50 € (TR 3 €), gratuit les 1ers dimanches du mois

Accès : à 22 km de Cambrai, 35 km de Valenciennes, 90 km de Lille
et 170 km de Paris. Train direct depuis Paris le week-end

Catalogue : La donation Alice Tériade, La collection d'un éditeur d'art, 136 p., 25 €. Texte riche et clair dans une belle mise en page.

Images : Vue de la salle à manger de la Villa Natacha à Saint-Jean-Cap-Ferrat, 2003, Musée départemental Matisse, Le Cateau-Cambrésis (Photo François Fernandez)
et Pablo Picasso, Tête de femme couronnée de fleurs, 22 juillet 1969, Huile et crayon sur papier, Donation Alice Tériade, Musée départemental Matisse,
Le Cateau-Cambrésis © Succession Picasso 2007 (Photo Philip Bernard)

jeudi 26 avril 2007

Arshile Gorky. Centre Pompidou/Centre culturel Calouste-Gulbenkian

Arshile GorkyArshile Gorky (1904-1948), peintre américain d'origine arménienne demeure assez peu connu en Europe.
Il fut pourtant admiré dans les années 40 par les surréalistes parisiens réfugiés aux Etats-Unis, au premier rang desquels André Breton.

Un discret mais profitable hommage lui est rendu jusqu'au 4 juin en deux points de Paris. (1)

A l'âge de 16 ans, il fuit son pays ravagé par le génocide du peuple arménien, mais aussi des événements familiaux tragiques – il a vu sa mère mourir du typhus – pour rejoindre son père émigré aux Etats-Unis.

Il fait ses classes à l'école d'art de Boston, mais sa véritable école est celle des grands maîtres européens (Cézanne, Matisse, Picasso, Braque, Léger, Kandinsky et Miró), qu'il étudie attentivement dans les livres, les expositions.
De cette formation approfondie naît une œuvre d'abord très visiblement influencée par ses contemporains, en particulier par Miró et Picasso.
Cela est saisissant avec les cubistes Nuit, énigme et nostalgie (1931-1932) au Centre Pompidou ou encore la lithographie Chambre de la Création, de la même période, exposée au Centre culturel Calouste-Gulbenkian.

C'est à partir du début des années 1940 que l'inspiration d'Arshile Gorky s'exprime pleinement.
Son trait se libère de la géométrie, trouve ses courbes et ses orientations.
Très bel Acte de création (1947) : dessin au graphite et pastel, fouillis en apparence mais très composé dans un bouillonnement de vie et de couleurs d'une grande légèreté.
Des motifs reviennent – à peine esquissés, un oiseau, un pied, une cheville – au milieu de champs d'abstraction de plus en plus larges.
La couleur, vive, explose dans Jardin à Sochi (1940-41) aux teintes fauves, puis déborde en laissant respirer la toile dans le magnifique et poétique Champ de maïs vivifiant (1944).

Les origines, enfin, ressurgissent. Elles sont désormais lointaines ; c'est à l'âge de la maturité qu'elles jaillissent avec une émouvante fraîcheur.
Voir le délicat Vallée des Arméniens (1944), dessin au graphite, à peine constellé de pastel : le trait fluide ondule en une profonde et élégante tristesse, venant évoquer les souffrances anciennes.

Mais c'est au cours de ces années de création parfaitement maîtrisé que le drame croise à nouveau son chemin. Il tombe malade, subit un accident de voiture.
Surtout, son épouse le quitte pour le surréaliste Robert Matta.

Arshile Gorky met fin à ses jours à l'âge de 44 ans, laissant une œuvre fondatrice de l'expressionnisme abstrait américain, qui influencera à son tour profondément ses successeurs.
On espère avoir l'occasion de la connaître plus largement en France. (2)

(1) Centre Georges-Pompidou
19, rue Beaubourg, place Georges-Pompidou – 4ème
Tlj sf mardi de 11h à 21h (fermé le 1er mai)
Entrée 10 € (TR 8 €), libre pour les – de 18 ans, le 1er dimanche du mois et les titulaires du laissez-passer

Fondation portugaise Calouste-Gulbenkian
51, avenue d'Iéna – Paris 16 ème
Du lundi au vendredi de 9 h à 17 h 30
Entrée libre
Jusqu'au 4 juin 2007 sur les deux sites

(2) Une rétrospective complète sera consacrée à Arshile Gorky à Philadelphie en 2009. Elle fera étape à la Tate Modern de Londres.

Image : Jardin à Sochi (1940-1941)