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dimanche 18 juillet 2010

Tartuffe. Théâtre du Lucernaire

Tartuffe au théâtre du Lucernaire"Liberté incroyable et intacte : c'est ainsi qu'apparaît Molière près de 350 ans après sa mort" écrivait Philippe Sollers à l'occasion de la nouvelle édition des Oeuvres complètes du dramaturge dans la Pléiade (1). C'est tellement vrai : réécoutez Tartuffe, c'est un suc dont chaque vers vous délectera. Durant tout l'été, le Théâtre du Lucernaire en propose une représentation fort réjouissante.
La mise en scène de Philippe Ferran est adaptée à la salle du plateau : pas de décor spectaculaire ni d'amples mouvements tels que la grande scène de la Comédie-Française les autorise. Dans le Théâtre Rouge du Lucernaire, le spectacle repose sur la direction d'acteur et le talent des comédiens. Comme celle-là est habile et celui-ci au rendez-vous, deux heures durant on ne perd pas une miette de ce chef d'œuvre corrosif, au comique de tous les instants.

Tartuffe est, faut-il le rappeler, ce fieffé hypocrite, faux dévot et vrai séducteur qui s'introduit chez le naïf Orgon, le charme de ses doucereuses paroles et de ses pieuses poses, au point de recevoir de lui donation de tous ses biens, tout en cherchant, en coulisse, à obtenir les faveurs de son épouse...

Comme dans L'Avare, l'autoritarisme du père est rudement croqué, la fraîcheur et les élans spontanés venant des enfants. Mais c'est bien sûr la faux-culterie dans toute sa spendeur, que Molière applique ici à la dévotion, qui fait toute la saveur de la pièce.
Marc Chapiteau y fait un Tartuffe inattendu et un peu décalé, mais dont la suavité de la voix colle exactement au personnage. Jean-Paul Dubois est un Orgon parfait, calme, agaçant, attachant puis perdu. La scène de la dispute qu'il partage avec Dorine est un petit bijou, Patricia Varnay donnant à ce rôle de suivante tout le bagoût, l'aplomb et l'humour exigé par le personnage. Même bonheur avec Elmire l'épouse d'Orgon : Laurence Guillermaz va du grave au plus enjoué, mêlant les deux de façon très convaincante dans la scène des faux aveux avec Tartuffe.
L'on sort du spectacle enchanté, le rythme magnifique des vers de Molière résonnant encore en tête, mais aussi un brin songeur, car, pour citer à nouveau Philippe Sollers (1) "comment oublier les noms de ces merveilleuses marionnettes que vous retrouvez aujourd'hui dans la vie courante ?"...

Tartuffe
De Molière
Mise en scène de Philippe Ferran assisté de Héloïse Martin
Avec Jean-Paul Dubois, Marc Chapiteau, Laurence Guillermaz, David Legras, Marine Segalen ou Patricia Varnay, Dominique Jayr, Hélène Gédilaghine, Cédrick Spinassou ou Bertrand Barré, Harold Girard, Walter Hotton
Le Lucernaire - Théâtre Rouge
53, rue Notre-Dame-des-Champs - 75006 Paris
Jusqu'au 11 septembre 2010
Du mardi au samedi à 21 h 30
Durée 2 h
Places de 15 à 30 €

(1) Le Nouvel Observateur du 27 mai 2010

mardi 29 mai 2007

Au revoir parapluie. James Thierrée

Au revoir parapluieJames Thierrée et sa Compagnie du Hanneton sont de retour à Paris avec Au revoir parapluie, un très beau spectacle donné au Théâtre de la Ville jusqu'au 30 mai avant de repartir en tournée en France et à l'étranger.

Avec pour fil conducteur une histoire de pertes et de retrouvailles successives, Au revoir parapluie est une suite de tableaux où les arts se mêlent avec grâce : si James Thierré, enfant du cirque, est un clown, un mime et un acrobate formidable, il est aussi un danseur et un poète.

Entouré de quatre complices, il crée une ambiance, un monde à partir d'idées simples et inventives.

D'immenses cordages suspendus à un crochet sont ainsi au centre du spectacle.
Les personnages se glissent à l'intérieur pour s'y cacher, en sortir comme du creux d'un arbre avant d'y disparaître à nouveau. Ils s'y agrippent, en descendent, remontent, s'y retrouvent. Les cordes se serrent, se soulèvent, s'étalent en un simple mur d'escalade propice à toutes les acrobaties.
Multiples et mouvantes, les cordes blanches prennent la lumière et ondulent, en une merveilleuse matière poétique.

L'étoffe se fait carmin, prête au jeu, aux transformations et aux dissimulations.
Les corps créent l'humour, les jambes prennent leur autonomie, tantôt ne voulant obéir au tronc, tantôt s'emballant sans moyen de contrôle.
L'ossature d'un rocking-chair devient le partenaire idéal d'une danse en cercles et volutes fascinante ...

Enfin, la grande voile-rideau de scène, crevée en un mouvement époustouflant à l'ouverture du spectacle, devient chapiteau dans le tableau final, clôturant Au revoir parapluie en un émouvant hommage au cirque, aux origines, certainement aux magnifiques parents de James.
Victoria Chaplin et Jean-Batpiste Thierrée peuvent être fiers.

Le travail de James Thierrée a été salué cette année encore par le jury des Molières, qui vient de lui décerner le prix du meilleur spectacle en région.

Au revoir parapluie. James Thierrée
Création la Compagnie du Hanneton
Avec Kaori Ito, Magnus Jokobsson, Satchie Noro, Maria Sendow et James Thierrée
Costumes Victoria Thierrée et Manon Gignoux
Lumières Jérôme Sabre, son Thomas Delot
Théâtre de la Ville – 2 place du Châtelet, Paris 4ème
Jusqu'au 30 mai 2007
Locations et renseignements 01 42 74 22 77

Puis en tournée à partir du mois d'octobre : du 4 au 7 à l'Espace des Arts de Chalon-sur-Saône, les 9 et 10 au Théâtre de Sartrouville, les 12 et 13 à l'Espace Jacques Prévert d'Aulnay-sous-Bois, les 19 et 20 au Théâtre André Malraux de Rueil-Malmaison, du 29 oct au 10 nov Sadlers Wells Theatre à Londres, du 20 au 30 nov Shakespeare Theater à Chicago et du 3 au 18 déc Brooklyn Academy of Music New York