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Tag - Musée d Orsay

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dimanche 6 décembre 2009

Art Nouveau Revival. 1900. 1933. 1966. 1974

Exposition au musée d'Orsay, Art nouveau, RevivalLe musée d'Orsay a souvent l'audace de proposer des expositions originales.
Celle-ci l'est tant par son thème - l'Art nouveau, à une époque où l'on revisite plutôt l'Art déco - que par sa démarche : parcourir ce style décoratif à l'aune de l'air du temps qui l'a porté au fil du XXème siècle.

L'Art nouveau a été une déferlante aux alentours de 1900 dans le domaine de l'architecture, du mobilier et des arts décoratifs, suscitant d'ailleurs de vives critiques, avant de retomber aussi vite qu'elle était montée, anéantie par la puissante vogue Art déco.

Il a fallu attendre les années 1930 et la vivacité des Surréalistes pour que l'Art nouveau retrouve ses reliefs, à partir de 1933 précisément lorsque Salvador Dalí publia dans la revue Minotaure un article intitulé De la beauté terrifiante et comestible, de l'architecture modern'style, illustré de photos de Brassaï et de Man Ray, le mouvement d'André Breton s'étant alors jeté avec enthousiasme sur les lignes libres de l'Art nouveau. Les superbes images des deux photographes avant-gardistes mettent en valeur l'aspect organique des entrées de métro dessinées par Hector Guimard et de l'architecture débridée d'Antoni Gaudí. Placés dans un même espace, le tableau de Dalí L'énigme du désir et les miroirs de Gaudí pour la Casa Milá semblent frappés de la même mollesse formelle...

Musée d'Orsay, expo Art nouveau, RevivalDeuxième revival de l'Art nouveau, les années 1950 et surtout 1960 dans le domaine du mobilier et des arts de la table : en réaction à la tyrannie du modernisme fonctionnel et froid, le design organique se déploie, privilégiant les courbes proches de la nature en général et du corps humain en particulier. Légèreté, fluidité sont les maîtres mots de ce style qui effectivement - la démonstration dans la grande salle est édifiante - s'est réapproprié pour les réinterpréter, le plus souvent avec bonheur, les lignes de Bugatti et de Guimard.

A la même époque, un autre domaine se place avec délices sous l'emprise des courbes sinueuses et asymétriques de l'Art nouveau, reprenant aussi ses motifs végétaux, floraux, voire animaliers : celui du graphisme. Magazines, affiches de cinéma et de concert, pochettes de disques, papiers peints et même les robes de nos mamans sont inondés de folles spirales, d'explosions florales et de couleurs pepsy. Exposées côte à côte, la ressemblance avec les affiches du début du siècle est troublante : si les couleurs sont devenues plus acides, les arabesques et les volutes avaient inspiré les graphistes depuis belle lurette.

Le parcours se termine de façon éclatante avec l'année 1974 et les miroirs commandés par Yves Saint-Laurent à Claude Lalanne, encadrés de branchages de cuivre et de bronze doré, motifs naturalistes à la fois simplissimes et sophistiqués, magnifiques échos aux œuvres non moins admirables d'Emile Gallé (girandole Coloquintes de 1902) et de Georges Hoentschel (cheminée ornée de ronces, de tournesols et d'iris, 1900-1902). La boucle semblait alors bouclée... ; mais la mode est paraît-il un éternel recommencement.

Art Nouveau Revival. 1900. 1933. 1966. 1974
Jusqu'au 4 février 2010
Musée d'Orsay
1 rue de la Légion-d'Honneur - Paris 7°
TLJ sf lun., de 9h30 à 18h, le jeu. jusqu'à 21h45
Entrée 9,50 € (TR 7 €)

Images : Bonnie MacLean, affiche pour le concert The Yardbirds, 1967, Paris, galerie Janos © DR et Albert Angus Turbayne, affiche pour "Peacock", Edition. Macmillan's illustrated standard novels, 1903, Lithographie couleurs Chemnitz, Städtische Kunstsammlungen © Kunstsammlungen Chemnitz / May Voigt

dimanche 1 novembre 2009

James Ensor au Musée d'Orsay

James Ensor, exposition à Orsay, 2009-2010Tout en contrastes, l'oeuvre du peintre belge James Ensor (1860-1949), présenté au Musée d'Orsay à travers une exposition de 90 tableaux, dessins et gravures, ne cesse d'intriguer au fur et à mesure de la visite.

On découvre d'abord des paysages, des natures mortes et des scènes de genre à la veine naturaliste très marquée. Ce sont les premiers tableaux de l'artiste qui, après ses études à l'Académie de Bruxelles, revient à l'âge de vingt ans dans sa ville natale d'Ostende, peu emballé par sa formation traditionnelle et préférant alors travailler, pour reprendre son expression, sur « la forme de la lumière ».

Sur ce point, ses toiles ne sont pas transcendantes, malgré ses péremptoires affirmations et son dédain pour les impressionnistes, par lui qualifiés de « faiseurs de plein air ». Cette première période - qui sera aussi celle de cuisants échecs, dont l'artiste restera marqué à jamais, comme on le verra par la suite - n'est pour autant pas dénuée d'intérêt. Dans ses scènes d'intérieur de cette ville de Flandre, La coloriste, La femme endormie, ou encore l'immense Mangeuse d'huîtres, Ensor peint des pièces sombres et calfeutrées, des ambiances étouffantes, l'ennui incommensurable de ces heures où tout semble figé, où les objets, le mobilier et les tentures tirées semblent pétrifier les êtres. Dans L'après-midi à Ostende, le regard tourné vers le spectateur de la femme en visite chez une autre plus âgée trempant ses lèvres dans une tasse de thé semble par son expression résumer tout ce qu'évoquent les tableaux de la série.

Quelques années après, l'oeuvre de James Ensor prend toute sa singularité et sa saveur. A la fin des années 1880, souffrant du mauvais accueil qu'il reçoit, époque aussi à laquelle il perd son père et sa grand-mère, il change à la fois de manière et de sujets : «Pour arriver à rendre les tons riches et variés, j'avais mélangé toujours les couleurs... J'ai modifié alors ma manière et appliqué les couleurs pures. J'ai cherché logiquement les effets violents, surtout les masques où les tons vifs dominent. Ces masques me plaisent aussi parce qu'ils froissaient le public qui m'avait si mal accueilli ».

Les tons sont beaucoup plus clairs, voire acides. Des êtres masqués et des squelettes peuplent ses tableaux, renvoyant à l'univers dans lequel le jeune James a grandi, dans la boutique de souvenirs et de curiosités de ses parents, et dont le grand Ensor a continué à peupler son atelier plus tard. On peut en voir certains exemplaires dans l'exposition, comme une étrange sirène, faite d'une queue de poisson, d'un corps en squelette et d'une tête de singe.
James Ensor, exposition à Orsay, 2009-2010, L'IntrigueCes squelettes et ces masquent amusent par le grotesque des scènes, oscillant entre pure fantaisie et satire sociale - on pense aux caricatures de Daumier, au Carnaval, à Guignol - non sans un soupçon d'effroi évidemment comme devant le défilé de tristes mondains de L'intrigue. L'artiste ne craint pas l'ambiguïté, au contraire, associant à ses figurations macabres un registre chromatique gai avec des couleurs pures et pétillantes renvoyant à la fête. D'ailleurs, sous les dehors de la farce, sourd une certaine violence : par exemple dans Les poissardes, en dessous du message «Mort ! Elles ont mangé trop de poisson », les deux vieilles poissardes en question rappellent sous une toute autre forme mais avec une force inouïe l'ennui et l'absence de vie des tableaux naturalistes de jeunesse.

Les innombrables autoportraits de l'artiste manifestent, outre le souci de se voir reconnu, tous les vents contraires qui semblent l'avoir animé : parfois il se représente selon la tradition du genre, devant son chevalet ; plus loin découvrant son visage au milieu d'une foule de masques de tous poils ; à l'occasion, il se dessine au fusain sous les traits d'un beau jeune homme. Mais il y a aussi les poignants L'homme de douleur ou Squelette peintre. Comme si la provocation, le rire suscité par ces Squelettes se disputant un hareng saur n'étaient là que pour habiller élégamment son désespoir.

James Ensor
Musée d'Orsay
1, rue de la Légion d’Honneur - Paris VII°
Jusqu'au 4 février 2010
Tlj sauf le lundi, de 9h30 à 18h, nocturne le jeudi jusqu'à 21h45
Entrée 9,50 €, tarif réduit 7 €

Images : Squelettes se disputant un hareng saur, 1891, Bruxelles, Musées royaux des Beaux Arts de Belgique, © MRBAB, Bruxelles © ADAGP, Paris 2009
L'Intrigue, 1890, Koninklijk Museeum voor Schone Kunsten, Anvers, Belgique © Courtesy Lukas-Art in Flanders © ADAGP, Paris 2009

mercredi 8 juillet 2009

Max Ernst. ''Une semaine de bonté''. Les collages originaux

Max Ernst, une semaine de bontéFondateur avec Jean Arp du mouvement Dada de Cologne, Max Ernst (1891-1976) s'installe à Paris au début des années 1920, où il participe à la première exposition surréaliste. Arrêté au début de la Seconde Guerre Mondiale, l'artiste allemand s'enfuit aux Etats-Unis avant de revenir définitivement en France dans les années 1950.

Durant l'été 1933 il séjourne dans le nord de l'Italie où, en trois semaines seulement, il réalise une nouvelle série de collages selon une technique qu'il a initiée à l'époque Dada et poursuivie à partir de 1929 sous forme de romans graphiques avec La femme 100 têtes et Rêve d'une petite fille qui voulut entrer au Carmel. Puisant dans la bibliothèque de ses hôtes, il découpe dans des livres illustrés de la fin du XIXème siècle les motifs qui l'inspirent pour en tirer pas moins de 184 collages, réunis dans Une semaine de bonté, roman graphique en sept parties publié en cinq cahiers l'année suivante à Paris.

Le public peut enfin découvrir ces collages originaux, présentés au Musée d'Orsay jusqu'au 13 septembre 2009. Parler de première serait inexact, mais de peu : ils n'ont été exposés qu'une seule fois. C'était à Madrid en 1936.

Une semaine de bonté, titre ironique tant le décalage avec son contenu est grand, se lit effectivement comme un roman. Le parcours suit l'ordre des sept chapitres, chacun représentant un jour de la semaine, auquel est associé un élément et un exemple. Les cinq volumes étaient revêtus d'une reliure de couleur vive que l'exposition reprend pour chacune des salles : mauve pour Dimanche, vert pour Lundi, rouge pour Mardi, bleu pour Mercredi et jaune pour le tome réunissant Jeudi, Vendredi et Samedi.

Ici chez Max Ernst, le premier jour est en effet Dimanche, et sa semaine commence fort. Avec la boue pour élément et le Lion de Belfort pour exemple, l'artiste met en scène la domination constante des faibles, des (belles) femmes en particulier. La bête humaine triomphante à tête féline enchaîne, menace, effraie, torture, tue. Ernst l'a muni de toutes sortes d'armes et a placé ça et là des serpents, crânes et autres éléments symboliques.
Le deuxième jour a pour élément et exemple l'eau. Ce Lundi n'en est pas moins chargé de violence, de peur et de mort : il envoie des flots jusqu'en haut des monuments parisiens, aux pieds des lits ou se trouvent de belles prisonnières, parfois endormies.
Ici aussi Ernst joue avec les corps et leurs positions, insère l'ambigüité et l'érotisme.
La narration, toujours aussi critique, se poursuit avec Mardi et sa Cour du Dragon, où, alors que dans l'ombre un reptile est toujours prêt à se déployer, la bourgeoisie est montrée dans soute son hypocrisie, son désordre intérieur et ses luttes.
Mercredi raconte le mythe d'Oedipe tandis que Jeudi place les menaces dans le signe du coq gaulois - l'Etat français. Vendredi et Samedi sont eux beaucoup plus symboliques et même proprement surréalistes avec L'intérieur de la vue et La clé des chants (ah, ces titres !) où les femmes, enfin libérées, s'envolent vers les cieux, au bord de l'extase, portées par l'étoffe, les nuages et le vent.

La qualité des collages, le soin que Max Ernst a mis à découper et à coller les motifs est tel qu'il est le plus souvent impossible d'en déceler les "coutures". Mais l'extraordinaire tient naturellement aux œuvres elles-mêmes, par lesquelles l'artiste a inventé des scènes allant du quasi-rationnel au totalement onirique, reliées entre elles par des thématiques et des éléments symboliques récurrents.
On peut également voir des planches des livres dont sont issus les motifs prélevés par Ernst, présentées à côté du collage réalisé : la façon dont il retourne les corps, ajoute des personnages, créé des relations entre eux et insère les mouvements est passionnante. Son imagination, son audace, sa férocité et les thèmes traités font de sa Semaine de bonté un livre indispensable. A dévorer des yeux tout l'été à Orsay.

Max Ernst. "Une semaine de bonté". Les collages originaux
Jusqu'au 13 septembre 2009
Musée d'Orsay
1, rue de la Légion d'Honneur - Paris 7ème
TLJ sf lun. de 9 h 30 à 18 h, le jeu. jusqu'à 21 h 45
Entrée 8 € (TR 5,50 €)

Exposition organisée en partenariat avec l'Albertina de Vienne, le Max Ernst Museum de Brühl, la Kunsthalle de Hambourg et la FUNDACION MAPFRE de Madrid

mercredi 24 juin 2009

L'Italie des architectes : du relevé à l'invention. Musée d'Orsay

L'Italie des architectes au Musée d'OrsayPour compléter l'exposition Voir l'Italie et mourir, un accrochage de quelques soixante-dix dessins met en évidence l'importance de l'architecture italienne dans la formation des architectes français.

Depuis 1663, aux lauréats du Grand Prix de Rome, revenait le privilège de passer plusieurs années à l'Académie de France à Rome. Mais avec le développement des moyens de communication et de l'intérêt pour l'archéologie, les architectes furent au XIXème siècle de plus en plus nombreux à accomplir leur "Grand Tour" pour découvrir de visu les bâtiments qu'ils avaient étudié dans les livres.

Les deux salles réunissent ainsi des dessins des plus grands architectes français de l'époque, Charles Garnier, Eugène Viollet-le-Duc ou Hector Lefuel, mais également de très belles aquarelles - traduisant l'influence de la peinture chez les architectes français, souvent venus en Italie, il est vrai, accompagnés d'amis peintres.

Une belle place est faite à Louis Boitte qui, outre l'Italie, eu également la possibilité de visiter la Grèce. Le futur architecte du château de Fontainebleau passa cinq ans à la Villa Médicis et a laissé un fonds de quelques huit cents documents de toutes natures, études, relevés archéologiques, croquis, photographies, dont on voit ici d'instructifs échantillons, y compris des dessins de sa participation au concours ouvert en 1883 par l'Etat italien pour le monument dédié à la mémoire de Victor-Emmanuel II.

L'Italie des architectes : du relevé à l'invention
Dessins d'architecture de la collection du musée d'Orsay
Jusqu'au 19 juillet 2009
Musée d'Orsay
1, rue de la Légion d'Honneur - Paris 7ème
TLJ sf le lundi, de 9 h 30 à 18 h, le jeudi jusqu'à 21 h 45
Entrée avec le billet du Musée (9,50 €, TR 7 €)

Image : Eugène Viollet-le-Duc (Paris 1814 - Lausanne 1879), Fragment d'architecture pompéienne pour " Histoire d'un dessinateur ", crayon et aquarelle, H. 0.17 x L. 0.108m, musée d'Orsay, Paris, (c) musée d'Orsay / Patrice Schmidt

mercredi 17 juin 2009

Italiennes modèles : Hébert et les paysans du Latium

Italiennes modèles au musée d'OrsayCette présentation d'œuvres du peintre Ernest Hébert (1817-1908) est l'une des manifestations dédiées à l'Italie à voir en ce moment au musée d'Orsay autour de l'exposition Voir l'Italie et mourir.
Elle nous mène dans les pas du voyage entrepris en 1853 par Hébert en compagnie de deux de ses amis peintres paysagistes, Édouard Imer et Eugène Castelnau. Partis de Marseille avec Naples en ligne de mire, c'est dans les monts Simbruini qu'ils s'attardent. Les croquis et peinture qu'ils en tirent soulignent la fascination que les autochtones ont dû exercer sur les jeunes Français.
Certes, les nombreuses études de villageois en costume traditionnel traduisent l'emballement des peintres pour un certain pittoresque. Mais le charme opère toujours face aux grands et magnifiques tableaux montrant ces jeunes et belles paysannes, sereines près de leurs sources et de leurs rochers. Elles font effectivement de parfaits modèles : ovale du visage, dessin de la bouche charnue, chevelure brune et épaisse surplombant un corps aux courbes charnelles et harmonieuses. Si ces portraits ne sont pas sans évoquer un regard empreint des canons de l'Antique, Hébert a pourtant saisi des femmes pleines de vie, dont les grands yeux noirs immobiles et les traits impassibles semblent voiler bien des pensées, un certain orgueil, un insondable mystère, et peut-être même une grande mélancolie.

Italiennes modèles : Hébert et les paysans du Latium
Musée d'Orsay
Jusqu'au 19 juillet 2009
1, rue de la Légion d'Honneur - Paris 7ème
TLJ sf le lundi, de 9 h 30 à 18 h, le jeudi jusqu'à 21 h 45
Entrée avec le billet du Musée (9,50 €, TR 7 €)

Image : Hébert Ernest Antoine Auguste (1817-1908), Les Filles d'Alvito, 1855, 220 x 152 cm, huile sur toile, Paris, musée national Ernest Hébert © RMN - Franck Raux

mercredi 3 décembre 2008

Masques, de Carpeaux à Picasso. Musée d'Orsay

Masques, de Carpeaux à Picasso, exposition à OrsayObjet magique, il dissimule le visage de celui qui le porte, tout en exhibant des expressions choisies.
Ambigüité, illusion, jeu, le masque évoque aussi les rites et la sorcellerie. Des masques du théâtre antique aux masques dits "primitifs" qui fascinèrent les cubistes, en passant par le loup, associé à la galanterie, les masques du Carnaval ou encore ceux du théâtre japonais, le registre est large et familier, souvent festif.

Il fallait cette exposition au Musée d'Orsay, tout à fait inédite, pour découvrir que l'Europe, et la France en particulier, à la fin du XIXème siècle et au début du XXème se prit d'une nouvelle passion pour les masques.

Les artistes ne se contentèrent pas de reprendre les masques traditionnels mais développèrent un genre bien à part. Ce renouveau se manifesta par le culte laïque des masques mortuaires d'abord (ceux de Napoléon, Géricault ou Beethoven connurent un grand succès), puis par le travail sculptural très élaboré dans les ateliers, comme dans celui de Jean Carriès, dont on observe ici l'étendue : visages grimaçants (parfois inspirés de ses propres traits), outrés, voire carrément déformés, la violence n'est parfois pas loin dans cette belle suite de masques en gré émaillé.

De superbes têtes de Rodin, mais aussi de Carpeaux et de Bourdelle rappellent l'importance du masque comme "étape" (ou comme oeuvre en tant que telle, la finalité de l'objet n'étant pas toujours établie avec certitude) dans l'élaboration de l'expression du personnage sculpté, à l'exemple des multiples tentatives de Rodin de traduire le regard de la comédienne japonaise Hanako ("Il n'était jamais satisfait !" dira-t-elle à ce sujet dans ses mémoires).

Dès 1886, au jardin du Luxembourg à Paris, la fortune du masque était acquise, avec le Marchand de masques en bronze de Zacharie Astruc, qui réunit, dominé par celui de Victor Hugo, les visages des célébrités littéraires de l'époque.
Le parcours fait aussi la part belle aux vertus décoratives du masque, l'éclectisme du XIXème siècle revisitant la tradition architecturale et ornementale du mascaron ; ou encore aux variations des Symbolistes, qui ont trouvé dans le masque le support privilégié de l'expression de toutes les étrangetés, angoisses, malaises et visions de la mort.
Une exposition fascinante, à l'image de cette réinterprétation de la Gorgone Méduse issue des mythes grecs, aussi pétrifiée dans son malheureux sort que pétrifiante, avec sa chevelure de serpents et son regard fatal à quiconque le croise.

Masques. De Carpeaux à Picasso
Jusqu'au 1er février 2009
Musée d'Orsay
1, rue de la Légion d'Honneur - Paris 7ème
TLJ sf le lundi, de 9 h 30 à 18 h, le jeudi jusqu'à 21 h 45
Entrée avec le billet du Musée (9,50 €, TR 7 €)

Catalogue Masques, de Carpeaux à Picasso, collectif sous la direction de Edouard Papet, 256 p., 300 illustrations couleurs, Musée d'Orsay / Hazan, 49 €

Image : Arnold Böcklin (1827-1901), "Bouclier avec le visage de Méduse", après 1887, papier mâché peint et doré, Musée d'Orsay, Paris © Photo RMN, Hervé Lewandowski

mercredi 22 octobre 2008

Le mystère et l'éclat. Pastels du Musée d'Orsay

Le mystère et l'éclat, exposition de pastels à OrsayLes dessins au pastel, apparus au XVème siècle, adorés au XVIIIème avec Chardin et autres Quentin de La Tour, puis délaissés par le le néo-classicisme ont connu un regain d'intérêt dans la seconde moitié du XIXème siècle.

Le Musée d'Orsay rappelle cet engouement et son succès en présentant jusqu'au 1er février une sélection de 118 œuvres issues de ses collections qui en comptent plus de 300.

Un chemin buissonnier en quelque sorte, à côté de la déferlante de la peinture cette saison à Paris, et une première pour l'institution, qui n'avait jamais proposé d'accrochage exclusivement consacré à cette technique.

Une visite d'autant plus conseillée que le parcours se révèle particulièrement riche et, en outre, des plus agréables, dans une belle scénographie de bleus et de mauves. Où l'on découvre que bien des maîtres de la fin du XIXème siècle se sont essayés au pastel, tels Manet, Renoir, Millet, Pierre Puvis de Chavannes...
On aime la douceur des contours et la subtilité des couleurs de ces touches crayeuses et grasses, qui donnent aux portraits davantage de proximité que la peinture, et une impression de vie que n'autorise pas forcément le dessin. Les personnages de Manet prennent ainsi parfois une autre tournure, moins frontale, malgré le réalisme un peu cruel de Madame Emile Zola.

La technique a aussi fait le régal des impressionnistes, comme Boudin, Monet, Pissaro, qui y ont vu le moyen de composer de splendides paysages tout en fondus et délicatesse, profitant du rendu exceptionnel de la lumière du trait au pastel. Une esthétique un peu brumeuse, diaphane, faite d'estompes et de nuances.

Le vaste espace dédié à Degas est sans doute le plus beau du parcours, où danseuses et baigneuses se succèdent dans une explosion de couleurs, d'audace, de grâce et de sensualité, alors que la dernière partie, consacrée aux symbolistes, ne fera peut-être pas l'unanimité. Elle permet toutefois de saluer, par exemple, l'exercice de style de Georges Desvallières, qui avec son impressionnant tableau des Tireurs à l'arc, confirme les possibilités du pastel pour mettre en valeur les volumes (bonjour la musculature de ces athlètes dignes des canons grecs...). Odilon Redon, avec un Grand vitrail a quant à lui rendu à merveille l'ambiance et la splendeur mi-ombre mi-couleur du gothique.

Enfin, le Musée d'Orsay a eu la bonne idée de présenter également des créations contemporaines. On peut notamment admirer, à côté de portraits du XVIIIème, une Lilette dans les feuillages (ou Jardin d'hiver) de Sam Szafran, évocatrice et intrigante à la fois, mettant en scène une femme assise dans le coin d'une immense végétation ciselée, d'un bleu décoratif et délicat... Ce pastel superbe et captivant montre si besoin en est que cette technique n'a pas fini d'inspirer les artistes.

Le mystère et l'éclat. Pastels du Musée d'Orsay
Jusqu'au 1er février 2009
Musée d'Orsay - 1, rue de la Légion d'Honneur, Paris 7ème
TLJ sf le lundi de 9 h 30 à 18 h, le jeudi jusqu'à 21 h 45
Entrée avec le billet du Musée (9,50 €, TR 7 €)

Image : William Degouve de Nuncques (Monthermé, Ardennes, 1867 - Stavelot, Belgique, 1935) "Nocturne au parc royal de Bruxelles", 1897, Pastel, 65 x 50 cm - Paris, musée d'Orsay © RMN (Musée d'Orsay) / © Hervé Lewandowski

mardi 3 juin 2008

L'image révélée au Musée d'Orsay

L'image révélée, photographies britanniques au musée d'OrsayAu moment où, en France, Louis Daguerre mettait au point un procédé photographique sur plaque de cuivre argentée, de l'autre côté de la Manche, William Henry Fox Talbot inventait dans la plus grande discrétion la photographie sur papier. Mais la révélation en janvier 1839 de la découverte de Daguerre, accueillie dans l'enthousiasme suscita l'émulation et poussa ce gentleman de Talbot, botaniste, mathématicien et féru d'art à sortir de sa réserve.

Telle est la passionnante histoire que le Musée d'Orsay, en association avec la National Gallery of Art de Washington et le Metropolitan Museum of Art de New-York met en lumière jusqu'au 7 septembre 2008.
Cette exposition de cent vingt photographies britanniques des années 1840-1860 est surtout l'occasion de découvrir des oeuvres magnifiques, pour l'essentiel montrées pour la première fois au public français.

Immédiatement, l'oeil est séduit par le rendu du procédé de Talbot (utilisant un négatif papier à partir duquel un positif en papier également est tiré par contact) : il est à l'opposé de celui des daguerréotypes, métalliques et précis.
La technique anglaise donne un résultat velouté, soyeux, vaporeux, tout en contraste entre éclats de lumière et masses sombres. Grâce est de constater que le nom donné par Talbot à son invention, le calotype, littéralement la belle image n'était pas usurpé.

Les thèmes explorés par le scientifique et ses disciples se prêtent fort bien à cette manière empreinte d'onirisme : végétaux, visions de ruines, simple meule de foin... D'emblée, la photographie naissante semble s'être inscrite dans le mouvement artistique de l'époque, celui de l'idéal de l'harmonie de l'homme avec la nature, du culte des vestiges du Moyen-Age, de toutes ces revisites du passé très XIXème siècle qui ont nourri le romantisme britannique pictural et littéraire.
En même temps, les calotypes anglais et écossais annoncent une vision moderne du paysage, à moins qu'ils ne soient l'écho de l'évolution de la peinture à cette époque. L'impression est saisissante devant la Crique d'Anstey de Benjamin Turner, ou dans un tout autre sujet, le très beau paysage de neige de Queen Street à Bristol.

Expo à Orsay, les calotypes britanniquesLa photographie est aussi le moyen rêvé pour immortaliser les sites visités par les membres des classes aisées britanniques lors de leur fameux Grand Tour en Europe.
Voyez cet Anglais du chic le plus accompli appuyé contre les ruines à Pompéi, voyez l'émouvante simplicité de ces pots de terre à Nice, voyez l'époustouflant diptyque restituant une vue de Naples, ample et toute blanche ou encore, à côté d'autres clichés plus conventionnels, ces paysages pyrénéens qui tranchent par leur irréalité et leur poésie.
Ce beau voyage dans le temps et les grands espaces se termine par des images du nouvel Empire britannique, en Inde et en Malaisie, avec par exemple la merveilleuse composition montrant une statue de Bouddha, ou les superbes entrées de lumière dans le clair-obscur qui abrite le Trône de cristal du Diwan-i-Khas à Delhi : art, voyage et culture, voilà bien ce que les premières photographies britanniques ont révélé.

L'image révélée : premières photographies sur papier en Grande-Bretagne
(1840-1860)
Jusqu'au 7 septembre 2008
Musée d'Orsay
1, rue de la Légion d'Honneur - Paris 7ème
TLJ sf le lundi de 9 h 30 à 18 h, le jeudi jusqu'à 21 h 45
Entrée 8 € (TR : 5,5 €)

Images : John Stewart (1800-1887), Col et pic d'Arrens photographiés depuis le mont Soubé, 1852 (épreuve sur papier salé d'après un négatif papier) National Media Museum, Bradford, UK© The RPS Collection at the National Media Museum, Bradford
Charles Moravia (1821?–1859), Le Trône de Cristal du Diwan-i-Khas, Delhi, 1858 (épreuve albuminée d'après un négatif papier) Collection privée

lundi 23 juillet 2007

Chefs-d'oeuvre de la galerie Vollard : Paul Cézanne

Les trois baigneuses, Paul CézanneAujourd'hui, suite et fin de la visite de l'exposition De Cézanne à Picasso, chefs-d'oeuvre de la galerie Vollard.

On a vu ce que Renoir et Cézanne pensaient des oeuvres de van Gogh : "une peinture de fou !" (lire le billet Galerie Vollard : autour des livres d'artistes et de van Gogh).

Les relations entre les artistes à cette époque paraissaient pourtant le plus souvent marquées par l'admiration.

D'ailleurs, si l'opinion des artistes sur les oeuvres de leurs semblables mérite d'être soulignée dans l'exposition organisée autour d'Ambroise Vollard, c'est parce qu'ils étaient souvent les premiers acheteurs de tableaux.

Ce fut le cas de ceux de Cézanne - dont on rappelle qu'il fut véritablement lancé par le marchand d'art grâce à la première exposition monographique qu'il lui consacra en 1895.
Ses premiers "clients" furent Degas, Monet et Pissarro.

Comment ne pas s'extasier, en effet, devant ses superbes paysages, mais aussi ses portraits d'une touchante humanité, mettant en scène des hommes démunis, tels Le fumeur accoudé (1891), Les joueurs de carte (1893) ou encore des êtres mélancoliques comme ce pensif Garçon au gilet rouge (1888-1890) ?

On trouve aussi chez Cézanne de belles correspondances avec d'autres artistes. Son admiration pour Delacroix était telle qu'il conserva toute sa vie dans son appartement une aquarelle du peintre représentant un bouquet. Un jour, il finit par se décider à réinterpréter ce tableau. Les deux oeuvres sont accrochées côte à côte : un beau chemin...

Cézanne avait également peint, en 1870, en écho à la provocante Olympia de Manet (1863), Une moderne Olympia. Quoi de mieux que ces réinterprétations d'un même sujet pour apprécier ce qui fait la singularité et en l'occurrence le talent de chacun des artistes, à savoir le style ?

Cézanne admirateur donc, mais ensuite admiré à son tour. Touchante anecdote que celle autour de son tableau Trois baigneuses (1876-1877) : c'est Matisse qui l'acheta, mais à crédit sur douze mois... et lorsqu'il l'offrit au Petit-Palais en 1936, il déclara que l'oeuvre l'avait "soutenu moralement dans les moments critiques de mon aventure artistique. J'y ai puisé ma foi et ma persévérance".

Tel fut aussi le grand mérite d'Ambroise Vollard : avoir permis ces liens, ces admirations et cette stimulation entre les plus grands.

De Cézanne à Picasso, chefs-d'oeuvre de la galerie Vollard
Musée d'Orsay
Jusqu'au 16 septembre 2007
Du mardi au dimanche de 9h30 à 18h
nocturne le jeudi jusqu'à 21h45
RER C, bus 24, 68 et 69, M° ligne 12
Entrée 7,50 € (TR 5,50 €)

Catalogue d'exposition
Collectif, sous la direction d'Anne Roquebert
Musée d'Orsay / RMN, 56 €

Image : Les trois baigneuses de Paul Cézanne (1876-1877)

mercredi 18 juillet 2007

Galerie Vollard : autour des livres d'artiste et de van Gogh

nuit étoilée van GoghL'exposition que le Musée d'Orsay consacre au grand marchand d'art Ambroise Vollard jusqu'au 16 septembre est l'occasion de visiter de nombreux chefs d'oeuvre, dont la majorité sont issus de collections privées ou de prêts de musées étrangers.

Le parcours s'articule en sections organisées autour de chacun des grands peintres ou groupes de peintres que Vollard exposa dans sa galerie.

Une salle présente les portraits d'Ambroise Vollard lui-même réalisés par quelques uns de "ses" peintres ; la dernière étant réservée aux activités dites annexes du marchand d'art, mais auxquelles il se consacra avec autant sinon plus de passion : celle d'éditeur de céramiques et surtout de "livres d'artistes".

Cette dernière partie est un régal. Vollard - homme d'affaires fort avisé, doté d'un solide sens du commerce - était aussi un amoureux des beaux livres. Il n'y a qu'à regarder les extraits exposés pour en être convaincu. Ici le superbe album composé de douze lithographies en couleur de Pierre Bonnard Quelques aspects de la vie de Paris (1899) ; là les Oeuvres de François Villon illustrées par Emile Bernard (1919), sans parler de la magnifique et impressionnante Suite Vollard, un ensemble d'eaux fortes et pointes sèches de Picasso aux thématiques mythologiques qui ne compte pas moins de 117 planches !

Cette exposition remarquable à bien des égards permet aussi de nouer de délicieuses correspondances entre les artistes.
Ainsi, l'exemplaire de La Maison Tellier de Maupassant illustrée par Degas (1914), mis en regard avec l'original que l'artiste réalisa au pastel en 1878-1879 La fête de la patronne (quelles filles, quelle fête, et quelle patronne !) est précédé de quelques mètres par le tableau de Vincent van Gogh Nature morte avec statuette en plâtre (1888) représentant notamment Bel-Ami du même Maupassant...

Magnifique salle d'ailleurs que celle réunissant quelques uns des tableaux de van Gogh acquis par Vollard alors que le peintre "maudit" n'était déjà plus de ce monde. Mais il était encore trop tôt pour que son talent soit reconnu : les deux expositions que le marchand d'art organisa furent un fiasco.
Même les artistes ne le comprenaient pas. "Une peinture de fou" : c'est ainsi que Renoir et Cézanne considéraient ces oeuvres !

Et pourtant aujourd'hui le visiteur est envoûté devant Le Rhône à Arles (1888), superbe triptyque de paysages : quelle lumière et quelle fraîcheur ! On sent l'air, on est dans l'herbe, on est dans la pure poésie. Mais ces tableaux semblent si loin du style le plus connu du peintre néerlandais, que l'on retrouve, avec beaucoup de plaisir aussi, dans Les lauriers roses ou La nuit étoilée (1888), qui fait partie de la collection permanente du musée d'Orsay.
Face à cette nuit somptueuse, on a envie d'évoquer ce que van Gogh écrivait à sa soeur à l'époque où il a peint ce tableau : "Souvent, il me semble que la nuit est encore plus richement colorée que le jour".

On finit cette petite vue de l'exposition très bientôt avec Paul Cézanne...

De Cézanne à Picasso, chefs-d'oeuvre de la galerie Vollard
Musée d'Orsay
Jusqu'au 16 septembre 2007
Du mardi au dimanche de 9h30 à 18h
nocturne le jeudi jusqu'à 21h45
RER C, bus 24, 68 et 69, M° ligne 12
Entrée 7,50 € (TR 5,50 €)

Catalogue d'exposition
Collectif, sous la direction d'Anne Roquebert
Musée d'Orsay / RMN, 56 €