Le musée
d'Orsay a souvent l'audace de proposer des expositions originales.
Celle-ci l'est tant par son thème - l'Art nouveau, à une époque où l'on
revisite plutôt l'Art déco - que par sa démarche : parcourir ce style
décoratif à l'aune de l'air du temps qui l'a porté au fil du XXème siècle.
L'Art nouveau a été une déferlante aux alentours de 1900 dans le domaine de l'architecture, du mobilier et des arts décoratifs, suscitant d'ailleurs de vives critiques, avant de retomber aussi vite qu'elle était montée, anéantie par la puissante vogue Art déco.
Il a fallu attendre les années 1930 et la vivacité des Surréalistes pour que l'Art nouveau retrouve ses reliefs, à partir de 1933 précisément lorsque Salvador Dalí publia dans la revue Minotaure un article intitulé De la beauté terrifiante et comestible, de l'architecture modern'style, illustré de photos de Brassaï et de Man Ray, le mouvement d'André Breton s'étant alors jeté avec enthousiasme sur les lignes libres de l'Art nouveau. Les superbes images des deux photographes avant-gardistes mettent en valeur l'aspect organique des entrées de métro dessinées par Hector Guimard et de l'architecture débridée d'Antoni Gaudí. Placés dans un même espace, le tableau de Dalí L'énigme du désir et les miroirs de Gaudí pour la Casa Milá semblent frappés de la même mollesse formelle...
Deuxième
revival de l'Art nouveau, les années 1950 et surtout 1960 dans le
domaine du mobilier et des arts de la table : en réaction à la tyrannie du
modernisme fonctionnel et froid, le design organique se déploie, privilégiant
les courbes proches de la nature en général et du corps humain en particulier.
Légèreté, fluidité sont les maîtres mots de ce style qui effectivement - la
démonstration dans la grande salle est édifiante - s'est réapproprié pour les
réinterpréter, le plus souvent avec bonheur, les lignes de Bugatti et de
Guimard.
A la même époque, un autre domaine se place avec délices sous l'emprise des courbes sinueuses et asymétriques de l'Art nouveau, reprenant aussi ses motifs végétaux, floraux, voire animaliers : celui du graphisme. Magazines, affiches de cinéma et de concert, pochettes de disques, papiers peints et même les robes de nos mamans sont inondés de folles spirales, d'explosions florales et de couleurs pepsy. Exposées côte à côte, la ressemblance avec les affiches du début du siècle est troublante : si les couleurs sont devenues plus acides, les arabesques et les volutes avaient inspiré les graphistes depuis belle lurette.
Le parcours se termine de façon éclatante avec l'année 1974 et les miroirs commandés par Yves Saint-Laurent à Claude Lalanne, encadrés de branchages de cuivre et de bronze doré, motifs naturalistes à la fois simplissimes et sophistiqués, magnifiques échos aux œuvres non moins admirables d'Emile Gallé (girandole Coloquintes de 1902) et de Georges Hoentschel (cheminée ornée de ronces, de tournesols et d'iris, 1900-1902). La boucle semblait alors bouclée... ; mais la mode est paraît-il un éternel recommencement.
Art Nouveau Revival. 1900. 1933. 1966. 1974
Jusqu'au 4 février 2010
Musée d'Orsay
1 rue de la Légion-d'Honneur - Paris 7°
TLJ sf lun., de 9h30 à 18h, le jeu. jusqu'à 21h45
Entrée 9,50 € (TR 7 €)
Images : Bonnie MacLean, affiche pour le concert The Yardbirds, 1967, Paris, galerie Janos © DR et Albert Angus Turbayne, affiche pour "Peacock", Edition. Macmillan's illustrated standard novels, 1903, Lithographie couleurs Chemnitz, Städtische Kunstsammlungen © Kunstsammlungen Chemnitz / May Voigt
Tout en contrastes,
l'oeuvre du peintre belge James Ensor (1860-1949), présenté au Musée d'Orsay à
travers une exposition de 90 tableaux, dessins et gravures, ne cesse
d'intriguer au fur et à mesure de la visite.
Ces
squelettes et ces masquent amusent par le grotesque des scènes, oscillant entre
pure fantaisie et satire sociale - on pense aux caricatures de Daumier, au
Carnaval, à Guignol - non sans un soupçon d'effroi évidemment comme devant le
défilé de tristes mondains de L'intrigue. L'artiste ne craint pas
l'ambiguïté, au contraire, associant à ses figurations macabres un registre
chromatique gai avec des couleurs pures et pétillantes renvoyant à la fête.
D'ailleurs, sous les dehors de la farce, sourd une certaine violence : par
exemple dans Les poissardes, en dessous du message «Mort !
Elles ont mangé trop de poisson », les deux vieilles poissardes en
question rappellent sous une toute autre forme mais avec une force inouïe
l'ennui et l'absence de vie des tableaux naturalistes de jeunesse.
Fondateur avec Jean Arp du
mouvement Dada de Cologne, Max Ernst (1891-1976) s'installe à Paris au début
des années 1920, où il participe à la première exposition surréaliste. Arrêté
au début de la Seconde Guerre Mondiale, l'artiste allemand s'enfuit aux
Etats-Unis avant de revenir définitivement en France dans les années 1950.
Pour compléter
l'exposition
Cette présentation
d'œuvres du peintre Ernest Hébert (1817-1908) est l'une des manifestations
dédiées à l'Italie à voir en ce moment au musée d'Orsay autour de l'exposition
Objet magique,
il dissimule le visage de celui qui le porte, tout en exhibant des expressions
choisies.
Les dessins
au pastel, apparus au XVème siècle, adorés au XVIIIème avec Chardin et autres
Quentin de La Tour, puis délaissés par le le néo-classicisme ont connu un
regain d'intérêt dans la seconde moitié du XIXème siècle.
Au moment où, en France, Louis Daguerre
mettait au point un procédé photographique sur plaque de cuivre argentée, de
l'autre côté de la Manche, William Henry Fox Talbot inventait dans la plus
grande discrétion la photographie sur papier. Mais la révélation en janvier
1839 de la découverte de Daguerre, accueillie dans l'enthousiasme suscita
l'émulation et poussa ce gentleman de Talbot, botaniste, mathématicien et féru
d'art à sortir de sa réserve.
La photographie est aussi le moyen rêvé
pour immortaliser les sites visités par les membres des classes aisées
britanniques lors de leur fameux Grand Tour en Europe.
Aujourd'hui, suite et fin de la visite de
l'exposition
L'exposition
que le Musée d'Orsay consacre au grand marchand d'art