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dimanche 8 février 2009

Le Chemin de peinture au MAMAC à Nice

Le chemin de la peinture à NiceUn bâtiment qui prend sa place dans la ville, qui sur trois niveaux présente des volumes amples dans lesquels les œuvres sont à l’aise.

La promenade nous conduit vers les machines de Tinguely, que l’on aimerait en mouvement car il semble qu’elles soient faites pour ça. Mais tel câble d’alimentation n’a pas d’énergie, ou le visiteur n’ose appuyer sur un bouton sans encouragement.
Les sculptures de Nicki de Saint Phalle sont des assemblages d’objets de la vie quotidienne pour lesquels on hésite entre l’amusement et la gêne.
Yves Klein nous a laissé des œuvres bleues, mais pas seulement. On apprendra avec intérêt comment il a su passer d’une utilisation de la femme-objet à peindre à l’objet-femme à peindre (le corps féminin comme outil).
On comprend tout d’un coup comment Christo s’est emballé pour les empaquetages : une de ses premières œuvres est une galerie de voiture, telle qu’on en voyait autrefois sur le toits des autos, qui supporte un gros paquet bien ficelé et soigneusement empaqueté. A l’origine donc, le plus grand réalisme.
Une boutique de Ben, les Ecoles devenues classiques (support/surface, arte povera, abstraction américaine) nous font voyager dans l’histoire de l’art de la deuxième partie du XXème siècle, et nous titillent l’esprit de temps en temps.

Mais ces jours-ci, c’est l’exposition temporaire qui nous a le plus arrêté. Sous le titre « Le Chemin de peinture », cinq peintres contemporains montrent que leur moyen d’expression, par la toile et les couleurs, puisent dans l’Art en général aussi bien que dans les arts particuliers les plus divers. Leur mode est figuratif, mais aussi allusif comme la plupart de leurs bons prédécesseurs. Et comme eux aussi leur réflexion sur le temps est un thème majeur.
Gérard Gasiorowski (1930-1986) fait référence à la très longue histoire de l’art en mettant en présence la Vénus de Laussel (beauté d’il y a 25000 ans) et un orant à tête de faucon Egyptien. Même rapprochement de Denis Castellas (né en 1951) entre peinture et sculpture, à travers des œuvres de Picasso et de Julio Gonzalez.
Valérie Favre (1959) peint des scènes fantastiques, théâtralisées (elle a été actrice), où l’on reconnaît centaures et satyres évoluant dans des décors oniriques.
Alun Williams (1961) suit les traces de Garibaldi à New York, ou Jules Verne à Amiens, par des paysages résumés qui subissent une grande tache rouge.

Exposition le chemin de peinture au Mamac à NiceStéphane Pencréac’h (1970) frappe encore davantage l’inconscient : il prend pour point de départ une photographie, de très grand format, pour représenter des scènes intrigantes, qui content une histoire que nous sommes conviés à recomposer. Si l’on ne sait pas toujours ce que cela dit, « ça parle ». Telle l’Annonciation où l’on voit un intérieur bouleversé par les apparitions de l’extérieur : un aigle d’or vient se poser sur le dossier d’un fauteuil, le paysage urbain tente de passer par les fenêtres, une carcasse rouge d’animal est accrochée devant un homme le couteau au poing.
Tableaux à méditer, qui nous aident à communiquer avec le Mystérieux.

Musée d’Art moderne et d’Art Contemporain Nice
Promenade des Arts
06364 Nice cedex 4
Tous les jours de 10 h à 18 h sauf le dim., le 1er mai, le 25 déc. et le 1er janv.
Entrée libre pour tous depuis le 1er juillet 2008

Images : Valérie Favre, Redescription 2, 2007, Huile sur toile, Triptyque 250 x 195cm Coll. privée
et Stéphane Pencréac'h, L’aigle, 1994, Huile sur toile, 200 x 240 cm, Coll. Privée

vendredi 11 avril 2008

Le Musée national du Message biblique Marc Chagall

Musée national du Message Biblique Marc Chagall"Depuis ma première jeunesse, j'ai été captivé par la Bible. Il m'a toujours semblé et il me semble encore que c'est la plus grande source de poésie de tous les temps. Depuis lors, j'ai cherché ce reflet dans la vie et dans les Arts (...) Au fur et à mesure de mes forces, au cours de ma vie, bien que parfois j'aie l'impression que le monde est pour moi un grand désert dans lequel mon âme rode comme un flambeau, j'ai fait ces tableaux à l'unisson de ce rêve lointain. J'ai voulu les laisser dans cette maison pour que les hommes essaient d'y trouver une certaine paix, une certaine religiosité, une spiritualité, un sens de la vie (...) Et tous, quelle que soit leur religion, pourront y venir et parler de ce rêve, loin des méchancetés et de l'excitation (...) ; dans l'Art comme dans la vie, tout est possible si, à la base, il y a l'Amour."

Inauguré en 1973, le Musée national du Message biblique à Nice a été conçu par l'architecte André Hermant, en étroite collaboration avec l'artiste, qui décida lui-même de la disposition des tableaux : dix-sept grandes toiles inspirées par la Genèse, l'Exode et le Cantique des Cantiques.
Marc Chagall les a peintes entre 1956 et 1966 et en a fait aussitôt donation à l'Etat. Il a également créé, pour le Musée, bâtiment sobre et moderne, une mosaïque surplombant une pièce d'eau et des vitraux pour l'auditorium.

Le tout est une splendeur absolue ; il ne séduira pas seulement les croyants, tant la beauté des toiles et la sérénité qui se dégage des lieux appellent au recueillement et à la contemplation.
Dans la première salle, l'accrochage des douze peintures illustrant les deux premiers livres de l'Ancien Testament obéit davantage aux rapports de couleurs des tableaux qu'à l'ordre du récit biblique. Les épisodes traités par l'artiste sont très axés sur l'humain et les motifs qui sont siens (personnages mi-hommes, mi-bêtes, oiseaux, poissons volants, hommes et femmes en lévitation, soleil et lune, couples et maternités...) semblent y trouvent leur place naturelle.
L'utilisation des couleurs dans leur complémentarité et leur succession relève de la virtuosité ; les compositions peuplées et vivantes mais jamais surchargées contribuent à conférer à l'ensemble un sentiment d'apesanteur.

Musée national du Message Biblique Marc Chagall, Cantique des CantiquesDans la deuxième salle, beaucoup plus intime, cinq tableaux à dominante rouge sont consacrés au Cantique des Cantiques, autre livre de l'Ancien Testament. Si le caractère sacré est bien présent, notamment avec la représentation de Jérusalem et de David, ces peintures sont avant tout une exaltation de l'amour de l'homme et de la femme, où couples enlacés, colombes, arbres multicolores, ânes paisibles n'évoquent que douceur, sensualité et poésie.

Musée national du Message biblique Marc Chagall
Avenue Docteur Ménard - Nice (bus n° 22)
De mai à octobre de 10 h à18 h
De novembre à avril de 10 h à 17 h
TLJ sauf le mardi
Entrée : 6,50 € (TR 4,50 €)
Gratuit jusqu’à 18 ans et le premier dimanche du mois.

Images : La Création de l'homme' et Le Cantique des Cantiques II'', © ADAGP, Paris, 2002

jeudi 27 mars 2008

La salle Giacometti 1964 à la Fondation Maeght

Alberto Giacometti, sculptures, photo Ernst ScheideggerAvec Joan Miró, qui dispose de son labyrinthe paysager constitué de statues et de céramiques exposées au milieu des pins, Alberto Giacometti est l'une des stars de la Fondation Maeght à Saint-Paul.

Un patio lui est consacré, mettant en scène certaines de ses sculptures les plus emblématiques (L'homme qui marche, Le chien, Homme debout, Femme vénitienne...).

Son oeuvre est également évoquée de façon très touchante dans une salle dédiée aux photographies prises par Ernst Scheidegger dans les années 1940 à 1960. Les grands tirages en noir et blanc de celui qui fut l'ami, mais aussi le témoin du travail et de la vie de l'artiste pendant une vingtaine d'années font écho à l'inoubliable exposition L'Atelier d'Alberto Giacometti présentée au Centre Pompidou cet hiver.
Dans le fatras du mythique atelier, où se mêlent terre, couteaux, palettes, flacons et tabourets, avec pour fond les murs perforés, incisés et dessinés, voici le magnifique Alberto, concentré, qui modèle, peint, réfléchit, créé.

Enfin, bel hommage aux fondateurs et à l'artiste, jusqu'au mois de juin, la salle Giacometti est visible dans sa scénographie de 1964, c'est-à-dire telle que les premiers visiteurs l'ont vue lors de l'inauguration de la Fondation le 28 juillet de cette année-là.
Cet espace, à la fois riche et cohérent à l'image de l'oeuvre de Giacometti est une merveille. Les superbes Femmes vénitiennes s'y élancent sur leurs pieds immenses, avec pour certaines des attributs féminins qui les rapprochent des statues africaines, mais toujours surmontés de ces cous fins, tendus, et de ces visages calmes et énigmatiques. Semble s'y trouver concentré tout le travail de recherche d'Alberto Giacometti, sa façon d'essayer différentes possibilités pour représenter un même sujet, ici la femme.
De mémoire, l'exposition du Centre Pompidou présentait peu de groupes. Ici en sont exposés plusieurs, tout à fait remarquables, comme La Clairière, Place neuf figures (1950) : toutes de tailles différentes, ces silhouettes forment un ensemble très harmonieux qui saisit le visiteur d'une sensation de douce vague, d'une ondulation sur une ligne de crête, mer ou forêt.
Un bel écho à la cour Giacometti, à l'extérieur, patio ouvert sur les pins et la mer, écrin de rêve pour quelques unes des plus célèbres oeuvres de l'artiste, ici au plus près de ses origines italiennes.

Fondation Marguerite et Aimé Maeght
06570 Saint-Paul
TJL, du 1er oct. au 30 juin de 10 h à 18 h
et du 1er juil. au 30 sept. de 10 h à 19 h
Entrée 11 € (TR 9 €)

lundi 24 mars 2008

Le musée Masséna à Nice

Le musée d'art et d'histoire Masséna à NiceAu lendemain de la première Guerre mondiale, André Masséna fait don à la ville de Nice du palais édifié pour le petit-fils du maréchal à la fin du XIXème siècle, à la double condition que le lieu soit dédié à l'histoire régionale et que ses jardins soient ouverts au public.
Le Musée Masséna est ainsi inauguré en 1921.

Le 1er mars dernier, après sept ans de travaux, le musée a rouvert ses portes au public. Ses ors soigneusement lustrés et ses murs blancs flambant neufs sont l'occasion d'aller se plonger un moment dans l'histoire du pays niçois.

D'emblée, un compliment et une réserve. La deuxième est de taille mais ne devrait qu'être provisoire (tel est le moins que l'on puisse souhaiter !) : l'absence totale de cartels ! Impossible de comprendre comment un musée, qui plus est historique, se permet d'accueillir ses visiteurs sans indiquer l'origine, la date, l'auteur des oeuvres (peintures, gravures, affiches, statues, meubles, vêtements et objets) exposées !
La perplexité vaguement évacuée par la promesse d'une mise en place des panneaux explicatifs « d'ici le 30 juin », l'on peut suivre avec plaisir le fil de l'histoire de la belle ville de Nice. Car le compliment est là : le musée fait preuve d'une simplicité et d'une clarté très agréables pour retracer les grandes lignes de l'histoire assez complexe de Nice, qui est passée de l'Italie à la France et de la France à l'Italie un certain nombre de fois.

Le flash-back présenté débute avec les guerres d'Italie et les prouesses, dûment récompensées (il est élevé au grade de maréchal en 1804) du commandant Masséna auprès de l'armée de Napoléon Bonaparte.
L'on apprendra que le département des Alpes-Maritimes fut créé deux fois : d'abord en 1793, après la prise de la ville (alors partie des états du roi de Sardaigne) par les révolutionnaires français ; occupation à laquelle il sera mis en fin en 1814 par le Traité de Paris. Puis en 1860, nouvelle création du département, lorsque le roi Victor-Emmanuel II restitue la localité à Napoléon III en remerciement de son aide militaire contre les Autrichiens qui occupaient le nord de l'Italie.

La belle région niçoise, grâce à son cadre, sa lumière et son climat séduira alors tout ce que le monde contient de riches oisifs : après les Anglais (qui y venaient dès le XVIIIème siècle), les Russes (quoique ceux-ci se raréfient après la révolution bolchévique), qui laisseront la place aux Américains dans l'entre-deux guerres et enfin les Européens du Nord.

A partir du XIXème siècle, la ville connaît donc une formidable expansion.
Chemin de fer (1864), Carnaval résuscité (1873), palaces face à la mer, le tout construit avec l'aide d'une immigration transalpine abondante, et auréolé de l'inspiration que les artistes, peintres et écrivains y trouvèrent : la réputation de la Riviera devenue peu à peu Côte d'Azur était faite.
Sa célèbre promenade était, elle, réalisée dès 1822 : au départ simple chemin de terre tracé à l'initiative de la communauté anglaise, la ville l'aménagea en 1844, y déplaçant dès lors le centre de la vie mondaine.

Musée d'Art et d'Histoire - Masséna
Palais Masséna
65, rue de France et 35, promenade des Anglais – Nice
Tél. (+33) 04 93 91 19 10
Fax (+33) 04 93 82 39 79
TLJ sauf le mardi de 10h à 18h
Entrée à tarif réduit jusqu’au 30 juin : 2,50 €

vendredi 21 mars 2008

La Fondation Marguerite et Aimé Maeght à Saint-Paul

Fondation Maeght, Saint-PaulInaugurée le 28 juillet 1964, la Fondation Maeght à Saint-Paul (Alpes-Maritimes) a été pensée comme un ensemble architectural parfaitement intégré au milieu naturel.
Très marqués années 1960, les lieux ont plutôt bien vieillis. Utilisant la pierre récupérée dans les collines, le béton brut et les briques roses modelées à la main et cuites au feu de bois selon la tradition locale, la construction imaginée par Josep Lluis (1) était particulièrement ingénieuse.

Pour profiter du cadre exceptionnel et en particulier de la lumière, les demi-voûtes en verre diffusent un éclairage naturel dans les salles, tandis que les nombreuses ouvertures permettent de garder en permanence un oeil sur l'extérieur et les sculptures qui y sont installées.

Car l'espace muséal de la Fondation Maeght se situe autant à l'intérieur (aux très agréables variations de niveaux) que dans les jardins, architecturés en différents lieux d'exposition, conférant à l'ensemble une sensation de déambulation et de détours qui soutient l'attention tout en faisant de la visite une belle ballade.

L'on admire ainsi notamment : des statues de Giacometti, des sculptures, des peintures, des lithographies et même une tapisserie de Joan Miró, un bassin dont la mosaïque a été dessinée par Georges Braque, à l'origine également du vitrail tout mauve de la petite chapelle Saint-Bernard (édifiée à l'emplacement d'un ancien sanctuaire), des oeuvres de Calder, van Velde, Ubac, Jan Voss...

Sans oublier une superbe salle carrée où quatre immenses toiles se répondent comme pour mieux évoquer le bonheur de la vie méditerranéenne : La vie de Marc Chagall, si joyeux et coloré, Le partage des eaux de Pierre Alechinsky, archipel vu du ciel aux dominantes de bleus et de vert turquoise, L'été de Pierre Bonnard, vision paradisiaque de femmes et d'enfants dans un océan de végétation, et La partie de campagne de Fernand Léger, ode franc aux loisirs et au grand air.
Donc à voir évidemment ; mais ne pas trop attendre pour y aller car l'on a nul besoin de la foule estivale pour admirer ces "choses"-là...

Fondation Marguerite et Aimé Maeght
06570 Saint-Paul
TJL, du 1er oct. au 30 juin de 10 h à 18 h
et du 1er juil. au 30 sept. de 10 h à 19 h
Entrée 11 € (TR 9 €)

(1) Architecte d'origine catalane comme son ami Joan Miró, Josep Lluis travailla à Paris avec Le Corbusier. En 1958, il fut nommé à la tête de la faculté d'architecture à Harvard. Il édifia notamment le pavillon de l'Espagne républicaine où Picasso exposa Guernica à l'Exposition Universelle de Paris en 1937 et la Fondation Miró à Barcelone.

mardi 18 mars 2008

Jaume Plensa au MAMAC à Nice

Jaume Plensa, exposition au Mamac à NiceOeuvres visuelles, sonores, riches en couleurs, matières, lumières et mots : le Musée d'art moderne et contemporain de Nice propose jusqu'au 27 avril une superbe sélection de sculptures récentes de l'artiste espagnol Jaume Plensa.

Cette dizaine d'oeuvres, présentée dans une muséographie calme, épurée et somptueuse suffit à émerveiller et rasséréner le visiteur.

Accueilli par Doors of Jerusalem, trois personnages en fibre de verre étrangement suspendus à l'angle droit (l'image ci-dessus est dans le bon sens !), il lui suffit de se placer sous leur visage, regard en l'air, pour ressentir tout ce que ces statues au visage impassible et aux jambes repliées sous la poitrine évoquent : le renvoi à une posture ancienne, qui tient à la fois de l'enfance, de la solitude, d'une forme active de l'attente ou de la contemplation.

Puis, à chaque extrémité d'une longue allée sombre, Sitting Tattoo : encore deux statues en résine à taille d'homme, assises cette fois près du sol, mais dont les lumières changent progressivement de couleur. Leurs corps sont tatoués de mots, qui viennent renforcer la fascination qu'exerce sur le spectateur cette étrange transformation : seules les colorations de l'enveloppe charnelle varient, comme sous l'effet d'une intériorité voire d'une spiritualité en mouvement.

Plus loin, en sculptant un corps en lettres métalliques, Plensa remonte à une imaginaire préhistoire du mot, à l'époque théorique où ils ne sont que lettres de l'alphabet : Overflow n'existe que par cet aléatoire assemblage de lettres, qui le dessinent et le prolongent dans un filet débordant sur le sol autour de lui mais laisse son visage libre et muet. La puissance poétique est évidente, et, loin d'une impression de capture, le filet de lettres apparaît comme une évocation de liberté, ici encore dans une posture de recueillement et de proximité terrienne.

Sensation à laquelle fait écho l'oeuvre suivante, Self Portrait with Tree, montrant un homme encerclant un arbre de vie sur un monticule de terre.

Avec les dernières oeuvres, le visiteur retrouvera un concentré des impressions précédentes, en s'enfermant dans l'une des deux cabines de verre à taille d'homme, attentif aux délicieux changements de lumières, concentré sur les couleurs qui se succèdent et l'inondent.

Et au milieu du parcours, coeur et choeur de l'exposition, un magnifique ensemble de dix gongs placés par paires, sur lesquels sont gravés des mots antonymes, permet de lancer des sons fabuleux. Retentissant d'un éclat profond, ils se propagent dans le lointain, avant de finir dans une intime et très longue vibration.

Jaume Plensa
Musée d'Art Moderne et d'Art Contemporain
Promenade des Arts - Nice
Jusqu'au 27 avril 2008
Tramway : Garibadi ou Cathédrale-Vieille Ville
Bus 4, 16, 17 : Acropolis-Barla
Bus 7, 9, 10 : Garibaldi
TLJ de 10 h à 18 h sauf le lundi, 1er janvier, dim. de Pâques, 1er mai et 25 décembre
Entrée : 4 € (TR 2,50 €)
Entrée gratuite le 1er et le 3 ème dimanche de chaque mois

A noter que depuis la mise sur rails du tramway, à l'automne dernier, les Niçois peuvent admirer sur la place Masséna Conversation, installation de personnages blancs et lumineux en haut de grands mâts (l'intégration avec l'architecture de la place superbement rénovée est extrêmement heureuse), réalisée par ce plasticien habitué à investir les espaces publics (Portes à Valence, Crown Fontain à Chicago).

Image : Doors of jerusalem - © adagp Paris, 2007 Photo Laura Medina

samedi 8 mars 2008

Bernard Plossu. Couleur Fresson

Exposition Bernard Plossu, Couleur Fresson à NiceAvec une sélection de 130 photographies en couleurs, le Théâtre de la photographie et de l'image à Nice présente jusqu'au 16 mars une partie peu montrée du travail de Bernard Plossu.

Ce globe-trotteur devant l'éternel, né au Vietnam en 1945 et marqué par les idées de la beat generation a entamé très tôt sa carrière, consacrée essentiellement à la photo de voyage.
De renommée internationale, il a reçu le Grand prix français de la Photographie après la rétrospective organisée au Centre Pompidou en 1988, Les paysages intermédiaires.

Davantage connu pour ses photos en noir et blanc, Bernard Plossu a réalisé parallèlement une oeuvre en couleurs singulière et passionnante.
Tirées au « Fresson », procédé au charbon direct inventé par Théodore-Henri Fresson vers 1890 et dont le propre fils Pierre réalisa le premier tirage couleur en 1952, les photographies de cette exposition, qui couvrent quarante ans de travail (1965-2005) emmènent le visiteur dans d'autres mondes.

Les scènes sont pourtant tout ce qu'il y a de plus réaliste : des paysages classiques, des scènes urbaines ordinaires et populaires, des objets du quotidien.
Mais le grain particulier, très mat, du procédé Fresson intercale un imperceptible voile entre le sujet photographié et le spectateur, à qui toute place est ainsi faite pour la contemplation et l'envol de l'imaginaire.
Car les photos de Bernard Plossu sont profondément belles tout en étant épargnées du clinquant, et cette absence d'agressivité des couleurs prête au rêve. Voici des scènes de rue et de route, aux Etats-Unis, à Paris ou ailleurs en Europe, captées à cette indéfinissable heure du soir, « entre chien et loup » : pluie et brouillard peut-être, les vues se déclinent dans une tonalité de bleus qui entraîne bien loin de ces lieux.

Les paysages du Mexique et du Nouveau-Mexique (ci-dessus) sont certainement les plus beaux de l'exposition : le ciel lui-même semble devenir le protagoniste principal de la photo ; le gris orage se pare d'une lumière presque surnaturelle qui donne aux grands espaces une intensité dramatique impressionnante.

Mais ces tirages en couleurs ont aussi leur paradoxe : le procédé Fresson renforce l'âge de la scène (typiquement : des mariés dans une fête foraine ou un homme charriant un sac de charbon, deux photos prises en France en 1968 ; ou encore un décor d'intérieur sans homme, mais qui en dit long, dans le sud du Maroc en 1975). L'irréalité de ces clichés aux sujets prosaïques - mais ainsi mis à distance - en fait des images de souvenir pur, des scènes d'histoire ; elles sont en cela presque des scènes en noir et blanc.

Théâtre de la Photographie et de l'Image Charles Nègre
27, boulevard Dubouchage - Nice
TJL sauf le lundi de 10 h à 18 h
Entrée libre
Catalogue (TPIN), 144 p., 31 €

Image : Roads-Monument Valley 1982 © Bernard Plossu