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samedi 21 août 2010

Le Palais Bénédictine. Fécamp

Le Palais Bénédictine à Fécamp, enluminuresA la fois palais Néo-Renaissance, musée et distillerie, le Palais Bénédictine est une curiosité de plus de cent ans d'âge à découvrir à Fécamp, sur la Côte d'Albâtre.

Le début de l'histoire remonte à 1863, lorsqu'un jeune homme nommé Alexandre le Grand (!) redonne vie à une vieille recette de liqueur inventée par un moine bénédictin de Fécamp au XVIème siècle. Il la baptise Bénédictine, dépose la marque, fait un habile usage de la publicité grâce notamment aux grands affichistes de l'époque, et voici l'affaire bien lancée, y compris à l'exportation.
Très vite, Alexandre le Grand se plaît à mêler les genres, exposant une collection d'œuvres d'art dans sa fabrique de spiritueux. Une veine qui depuis demeure : dans le drôle de palais, inauguré en 1900 après la mort du fondateur Alexandre, une aile abrite toujours un musée, tandis que dans une autre, la distillerie produit encore le précieux breuvage. Toutes deux valent la visite, qui s'enchaîne fort naturellement.

Palais Bénédictine, Christ en ivoireCôté art, le bâtiment est dans le goût de la fin du XIXème avec son style éclectique enchevêtrant Gothique et Renaissance, conçu par Camille Albert l'architecte de la ville de Fécamp. Y sont exposés des sculptures religieuses médiévales, des émaux, des ivoires, des albâtres, des vitraux, des manuscrits anciens, des sceaux et monnaies, une collection de ferronnerie, des lampes à huile romaines et même une petite pinacothèque ! Le parcours n'est pas bien long et permet, dans le calme absolu des salles dont le décor vaut à lui seul le coup d'œil, de détailler des petites pièces de haute qualité, tel un très beau Christ du XVIIème siècle taillé dans une seule défense d'éléphant, de somptueux livres d'heures enluminés des XV° et XVI° siècles, ou encore une sculpture en bas relief sur bois, marbre et ivoire, sorte de tableau de la Présentation au Temple daté du XVII°.

Dans la fabrique sont visibles de gros alambics de cuivre et grandes cuves. La célèbre liqueur (très prisée à l'étranger, dit-on) est élaborée à partir de plantes et d'épices (près de trente différentes), auxquelles on ajoute encore, après distillerie, du safran et du miel. On laisse vieillir en fûts de chêne une bonne année, on filtre, on embouteille... et on goûte... Verdict : puissante, complexe et très parfumée, avec un excellent équilibre entre amertume et sucré. Mais attention, la Bénédictine affiche tout de même 40°... La variante B&B, mélange de la précédente et de cognac est, elle, un peu plus forte, et beaucoup moins convaincante. Rien de tel que l'original.

Palais Bénédictine
110 rue Alexandre Le Grand - 76400 Fécamp
Ouvert TLJ sauf le 1er mai et le 25 décembre
Entrée 7 €

dimanche 30 mai 2010

La petite église de Varengeville-sur-Mer

L'intérieur de l'église de Varengeville sur Mer, côte d'AlbâtreEn se promenant sur les petites routes, on n'est jamais à l'abri de surprises enchanteresses. Ici un "tas de pierres" plein de charme, là une splendeur botanique : voici la Normandie, qui en réserve de belles.
Sur la côte d'Albâtre, allez donc faire un tour à Varengeville-sur-Mer, à une dizaine de kilomètres de Dieppe. Tout au bout de ce village qui a accueilli nombre d'artistes, parmi lesquels Monet, Pissaro, Georges Braque (il y a installé son atelier), Picasso, Cocteau, Breton, Aragon ou encore Prévert, se trouve une petite église dédiée à Saint-Valéry, entourée de son petit cimetière marin.
Valéry, cimetière marin ? L'association ne manque pas de sel, comme un clin d'œil souriant à la ville de poètes qu'est Sète, terre de Paul Valéry et de Georges Brassens, sur une côte bien éloignée de celle-ci...
Pour l'heure, arrêtons-nous en pays de Caux, face à cette vue de carte postale : la petite église de Varengeville et son minuscule cimetière posés en bord de falaise, sur fond de vert tendre, de bleu azur zébré de blanc et de mer turquoise.

Les proportions de l'édifice construit au XII° siècle sont curieuses, et pour cause : il a été agrandi au XVI° à l'initiative de l'armateur dieppois Jehan Ango, qui, à la nef romane a ajouté, côté sud, une seconde nef latérale. Et, entre autres ornementations de toutes époques, au XX° siècle, a été posée une belle série de vitraux modernes.

L'arbre de Jesse, Georges BraqueAlors on trouve de tout dans cette petite église : des colonnes romanes et gothiques, des vitraux (treize) de Raoul Ubac (1910-1985), un de Georges Braque, des piliers sculptés du XVI° avec cordages, coquilles, soleil, sirènes et autres souvenirs de l'illustre armateur, des statues en bois polychrome datant de la Restauration (dont celle du patron de l'église), un autel moderne tout d'un bloc en pierre de l'Oise...

Et le plus étonnant est que ce joyeux patchwork a un charme fou, une cohérence d'ensemble qu'aucun de ses éléments pourtant à forte personnalité ne remet en cause. Les vitraux des XX° et même XXI° siècles (un brumeux Christ sur la falaise de Jean Renut) se répondent dans leur abstraction ou dans leur figuration légère, blanc et noir pour certains, bleus resplendissant de mille feux pour d'autres. Sur les piliers, les sculptures naïves amusent et intriguent tandis que dans le chœur entouré tout en finesse de faisceaux de colonettes du XIII°, un très beau Christ en bois sculpté assure la solennité du lieu.

Dans le cimetière, en "éternel estivant" repose Georges Braque, sous une pierre ornée d'une mosaïque représentant un oiseau aux ailes déployées, en pleine harmonie avec ce poétique endroit, bien ancré dans son passé et très à l'aise dans son présent.

Le cimetière et l'église sont ouverts tous les jours de 9 h à la tombée de la nuit (l’été, fermeture de l’église à 19h et du cimetière à 21h).

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