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Tag - Opéra national de Paris

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dimanche 8 juillet 2012

Hippolyte et Aricie. Opéra Garnier

Hippolyte et Aricie, Diane et l'Amour

A-t-on jamais vu spectacle lyrique aussi ravissant ? Décors, lumières, costumes, danses, tout concourt à nous plonger dans le merveilleux baroque XVIIIème dont cet Hippolyte et Aricie, premier opéra de Jean-Philippe Rameau (1683-1764) est issu.
Le compositeur l'a créé en 1733 ; il avait déjà 50 ans. Ce coup d'essai précéda bien d'autres œuvres du genre, parmi lesquelles les fameux Platée, Les Indes galantes, Castor et Pollux, Dardanus ou encore Zoroastre.

La production présentée pour la première fois cette saison à Paris a été créée au théâtre du Capitole de Toulouse en 2009, alors que Nicolas Joël - aujourd'hui à la tête de l'Opéra national de Paris - en était le directeur. Trois ans après, les ors du palais Garnier accueillent ce très beau spectacle, mis en scène par Ivan Alexandre et dirigé par Emmanuelle Haïm venue avec sa formation Le concert d'Astrée.

Le livret puise à la source de la tragédie racinienne, avec la passion de Phèdre pour son beau-fils menaçant les amours d'Hippolyte et d'Aricie, tandis que dieux et déesses négocient et arbitrent, ici Diane contrainte de faire la place à l'Amour, là Pluton condamnant aux enfers, plus loin Neptune imposant sa loi par les flots.
Dans ce monde implacable où les divinités président aux destinées humaines, l'intervention de divertissements dansés au coeur de chacun des cinq actes vient insuffler une légèreté qui fait de la pièce une merveille d'équilibre entre tension et détente.

Le phrasé précis, le timbre cristallin et nuancé de la soprano belge Anne-Catherine Gillet nous fait ressentir toute la tendresse d'Aricie. Jaël Azzaretti interprétant l'Amour nous emporte au sommet de la joie amoureuse, tandis que la mezzo-soprano Sarah Connolly en Phèdre et le baryton Stéphane Degout en Thésée imposent de leur haute maîtrise vocale l'autorité puis la faiblesse de leurs personnages. Seul Hippolyte déçoit, les mots en français semblant sortir comme étouffés de la bouche du finlandais Topi Lehtipuu.

Les chorégraphies de Nathalie van Parys recréent la légèreté des ballets de cour, quand la musique tout en finesse de Rameau dirigée avec énergie et tranquillité par Emmanuelle HaÏm porte le tout avec délices.
Les costumes de Jean-Daniel Vuillermoz sont fastueux. Vert amande, rose chair, vieil or, les couleurs sont poudrées, comme délicatement fanées au soleil, les jupes sont à paniers et les bustes hautement corsetés, quand franges, galons et broderies animent taffetas et brocards de soie.

Dessinés par Antoine Fontaine, éclairés d'une lumière couleur de miel évoquant tour à tour la douceur d'une fin d'après d'après-midi d'été et la chaleur de la chandelle, les décors participent de la mise en scène absolument baroque qui joue sur une double magie : celle de recréer un opéra comme à la Cour de Versailles et celle de mettre en scène la tragédie elle-même. Ainsi il en descend des cintres (non seulement des décors, mais aussi des dieux et des déesses), il en monte de dessous la scène, il en pousse des deux côtés... Tout en trompe-l'oeil et grandioses, comme pour prévenir tout risque de préciosité par ailleurs : un savant équilibre en somme, pour un régal de la vue comme de l'ouïe pendant près de trois heures.

Hippolyte et Aricie
Tragédie lyrique en cinq actes et un prologue
Musique de Jean-Philippe Rameau
Livret de l'abbé Simon-Joseph Pellegrin
Opéra national de Paris - Palais Garnier

Dernière représentation lundi 9 juillet 2012 à 19 h 30

Emmanuelle Haïm Direction musicale
Ivan Alexandre Mise en scène
Antoine Fontaine Décors
Jean-Daniel Vuillermoz Costumes
Hervé Gary Lumières
Natalie Van Parys Chorégraphie

Sarah Connolly Phèdre
Anne-Catherine Gillet Aricie
Andrea Hill Diane
Jaël Azzaretti L’Amour / Une Prêtresse / Une Matelote
Salomé Haller Oenone
Marc Mauillon Tisiphone
Aurélia Legay La Grande Prêtresse de Diane / Une Chasseresse / Une Prêtresse
Topi Lehtipuu Hippolyte
Stéphane Degout Thésée
François Lis Pluton / Jupiter
Aimery Lefèvre Arcas / Deuxième Parque
Manuel Nuñez Camelino Un Suivant / Mercure
Jérôme Varnier Neptune / Troisième Parque

Orchestre et choeur du Concert d’Astrée

dimanche 1 juillet 2012

Arabella. Richard Strauss

Arabella, Renée Fleming

Vienne, 1860. Arabella est une belle jeune fille d'une noblesse en déconfiture.
Le comte Waldner a perdu sa fortune au jeu, la comtesse Adélaïde se fait prédire l'avenir dans les cartes, et tous deux espèrent un riche mariage pour leur fille aînée Arabella, tandis qu'ils font passer la cadette Zdenka pour un garçon, deux filles à élever dans le monde étant au dessus de leurs moyens.

Arabella ne manque certes pas de prétendants : pas moins de trois comtes et un officier se pressent à sa robe, en particulier en ce soir de Mardi Gras où Arabella sera la reine du bal.
Oui mais voilà, autant la belle aime s'amuser et faire la coquette, autant elle ne voit en aucun de ses courtisans le grand amour qu'elle attend. Fille responsable, elle sait pourtant que c'est ce soir, dernier jour de Carnaval, qu'elle devra arrêter son choix. Justement le jour où elle croise le regard d'un bel inconnu qui lui fait grand effet...

L'intrigue d'Arabella, créé à Dresde le 1er juillet 1933 et dernière collaboration de Richard Strauss et de son librettiste Hugo von Hofmannsthal est, on le voit, proche du vaudeville, avec moult rebondissements, dans un Empire Autrichien en proie aux difficultés économiques et politiques que la bonne société feint d'ignorer.

Marco Arturo Marelli a choisi une mise en scène fort simple, misant sur le dépouillement du décor - de hauts et somptueux murs blancs moulurés évoquant la splendeur désormais démunie du comte et de la comtesse -, sur de larges et très réussis effets de lumière et sur le mouvement des "comédiens", aidés en cela par le plateau tournant. Les teintes froides, bleutées et vieil argent, sont très élégantes sans glacer jamais, tant le feu de la passion brûle sur scène et dans la fosse. Il faut dire que l'orchestre comme les chanteurs menés par Philippe Jordan nous font passer des emberlificotements de la narration aux moments de pur lyrisme avec une fluidité extraordinaire, enveloppant le public de la force des sentiments avec une onctuosité toute viennoise.

La soprano américaine Renée Fleming, à 53 ans passés, est une extraordinaire Arabella. Son jeu de scène, sa blondeur magnifiée par le bleu brillant de sa robe, et surtout bien sûr sa voix dont la puissance est mâtinée de tant de douceur font de son personnage une jeune fille ardente et sûre d'elle qui donne, avec Mandryka, toute la consistance à la pièce. Lui est interprété par le baryton Michael Volle : puissant, aussi expressif scéniquement que Renée Fleming, tantôt dur et rugueux comme il sied à son personnage de noble "paysan" débarqué à la ville, tantôt déchiré d'amour et déchirant, il est un Mandryka des plus enthousiasmants, quand Kurt Rydl, Doris Soffel et Genia Kühmeier, respectivement père, mère et petite sœur d'Arabella forment une famille tout à fait à la hauteur de son heureuse héroïne.

Arabella
Comédie lyrique en trois actes
de Richard Strauss (1864-1949) et Hugo von Hofmannsthal
Opéra National de Paris
Opéra-Bastille, Paris 12ème
A 19 h 30, fin de la représentation 22 h 30 (une heure, entracte de 30 mn, puis une heure trente)
Encore trois représentations à venir : les 4, 7 et 10 juillet 2012

Avec :
Philippe Jordan à la direction musicale
Marco Arturo Marelli à la mise en scène
Dagmar Niefind aux costumes
Friedrich Eggert aux lumières
Chef du Choeur : Patrick Marie Aubert

Kurt Rydl : Graf Waldner
Doris Soffel : Adelaide
Renée Fleming : Arabella
Genia Kühmeier : Zdenka
Michael Volle : Mandryka
Joseph Kaiser : Matteo
Eric Huchet : Graf Elemer
Edwin Crossley Mercer : Graf Dominik
Thomas Dear : Graf Lamoral
Iride Martinez : Die Fiakermilli
Irène Friedli : Eine Kartenaufschlägerin
Istvan Szecsi : Welko
Bernard Bouillon : Djura
Gérard Grobman : Jankel
Ralf Rachbauer : Ein Zimmerkellner
Slawomir Szychowiak, Daejin Bang, Shin Jae Kim : Drei Spieler

Orchestre et Choeur de l’Opéra national de Paris

dimanche 31 mai 2009

Proust ou les intermittences du coeur

Ballet de l'Opéra, Roland Petit, Proust ou les intermittences du coeur
Roland Petit s'est toujours attaché à mettre en lien la danse et la littérature.
En 1974, celui qui allait rester à la tête du Ballet national de Marseille pendant vingt-six ans créé à l'Opéra de Monte-Carlo Proust et les intermittences du cœur.
Il est alors le premier à proposer une adaptation chorégraphique de La Recherche.
En 2007, le ballet entre au répertoire du Ballet de l'Opéra national de Paris. Sa reprise cette saison est l'occasion de découvrir ou de redécouvrir ce magnifique spectacle.

Accompagné d'un choix séduisant de compositeurs du XIXème, les deux actes réunissant au total treize tableaux sont dédiés successivement aux univers féminins puis masculins du roman. Après une ouverture sur le clan Verdurin - esprit duchesse de Guermantes, ce qui est déjà un programme en soi - Roland Petit s'attèle à ce qui constituera le fil conducteur de sa "lecture dansée" de Proust : les passions.

L'évocation de la sonate de Vinteuil - cette phrase musicale devenue pour Charles Swann symbole de l'amour - surgit d'un splendide duo, tendre, fluide, à l'épure émouvante. Viendront ensuite les aubépines de l'enfance du narrateur et sa prime passion pour Gilberte, puis Balbec et ses jeunes filles en fleur et, déjà, les soupçons quant aux amours d'Albertine et Andrée. Son incurable jalousie conduira le narrateur à faire d'Albertine sa prisonnière. Ce dernier tableau La regarder dormir, se clôturant sur la disparition d'Albertine, extrêmement métaphorique, est d'une splendeur à couper le souffle.

Tout au long de ce premier acte, la délicatesse puis la force des sentiments, mais aussi la finesse d'écriture de Marcel Proust sont merveilleusement transposés, tandis que les costumes et les décors (que Roland Petit a fait recréer pour l'entrée du ballet au répertoire de l'Opéra de Paris), où dominent blancheur et transparence illustrent élégamment le propos.

La deuxième partie nous plonge dans l'univers tourmenté des hommes et du vice, notamment celui du terrible baron de Charlus, sempiternellement aux prises avec ses passions et ses démons. Un acte beaucoup plus sombre, où la duplicité de Morel, le jeune violoniste dont Charlus est amoureux fou s'incarne dans un contraste de noir et de blanc, où les maisons de plaisir apparaissent dans un classique rouge et noir, où le supplice du baron est teinté de gris.
L'obscurité de la ville privée de ses lumières pendant la guerre donne lieu à un tableau de corps dénudés en ombres chinoises d'une troublante beauté.
Enfin, sur une musique de Wagner, survient "Cette idée de la mort...", ballet macabre où les mondains hier si brillants apparaissent comme de pauvres automates dont les années ont figé les traits, où la duchesse de Guermantes elle-même se révèle dans toute sa vanité, où le narrateur, face au miroir que constitue cette société réalise que le temps a passé et que la mort ne va pas tarder.

Proust ou les intermittences du cœur
Chorégraphie et mise en scène : Roland Petit
Musiques : Ludwig van Beethoven, Claude Debussy, Gabriel Fauré, César Franck, Reynaldo Hahn, Camille Saint-Saëns, Richard Wagner
Décors : Bernard Michel, cosumes : Luisa Spinatelli
Orchestre de l'Opéra national de Paris, direction musicale : Koen Kessels
Opéra national de Paris
Palais Garnier - Place de l'Opéra, Paris 2ème (tel. : 08 92 89 90 90)
M°Opéra, bus 20, 21, 22, 27, 42, 66, 68, 81, 95
Du 27 mai 2009 au 8 juin 2009
Tous les jours sauf le dimanche à 19 h 30
Places de 6 € à 85 €