Si vous avez envie
de peinture mais craignez de rencontrer la foule chez Picasso & Co,
profitez donc de la lumière automnale et de ces belles journées pour aller vous
perdre dans le jardin aquatique de M. Monet.
L'Orangerie, construite sous Napoléon III pour y entreposer les plantes
fragiles du jardin des Tuileries pendant l'hiver abrite depuis en 1927 les
Nymphéas de Claude Monet. Une installation conforme au vœu de
l'artiste, qui avait décidé, dès les années 1910, de les offrir à l'Etat. Les
deux salles en ellipse qui en sont tapissées (les toiles ont été marouflées à
même les murs) ont été créées spécialement à cet effet.
Les travaux aboutis en 2006 ont permis de mettre fin aux errements qui
perduraient depuis les années 1960, époque où, pour accueillir la donation
Walter-Guillaume, des aménagements avaient privé les Nymphéas de leur
positionnement de choix.
Ils sont désormais et comme à l'origine superbement et simplement éclairés à la
lumière du jour, offerts à la contemplation du visiteur venu ici se poser un
peu, se fondre dans ces étendues de couleurs, d'eaux et de végétaux. Il y
reviendra certainement tant est vrai qu'"un paysage ne vous imprègne pas en
un jour".
Monet a prononcé cette phrase magnifique et prometteuse pour expliquer les
quatre années qu'il a laissé passer entre la création de son "jardin
d'eau" à Giverny et le début de son entreprise picturale. Sa justification
s'est d'ailleurs avérée prophétique puisque de 1897 à sa mort en 1926, il ne
cessa de peindre encore et toujours le jardin de sa propriété des bords de
Seine, avec son pont japonais, ses iris et ses nénuphars blancs.
Si cette longue fresque d'eau (91 mètres de long au total des huit
compositions) est si apaisante, les teintes de bleu constellé de blanc, de
vert, de brun et parfois de rose n'y sont pas pour rien ; on est loin du
verdâtre morbide des eaux stagnantes. Ici se reflètent les nuages, une
ondulation douce semble parcourir le bassin, les fleurs éclore, les saules
pleureurs couler avec une tranquillité extrême, la nature suivre son lent
mouvement.
Un temps, en 1909, Claude Monet avait envisagé "d'employer à la décoration
d'un salon ce thème des nymphéas : transporté le long des murs,
enveloppant toutes les parois de son unité, il aurait procuré l'illusion d'un
tout sans fin, d'une onde sans horizon et sans rivage ; les nerfs surmenés
par le travail se seraient détendus là, selon l'exemple reposant de ces eaux
stagnantes et, à qui l'eût habitée, cette pièce aurait offert l'asile d'une
méditation paisible au centre d'un aquarium fleuri".
Le peintre a fait mieux que cela, en offrant au public ce moment de grâce qu'il
a si bien décrit et qui, un siècle après, lui est toujours aussi
nécessaire.
Musée de
l’Orangerie
Jardin des Tuileries - 75001 Paris
TLJ sf le mardi, le 1er mai et le 25 décembre, de 9 h à 18 h
Métro : 1, 8, 12 station Concorde
Bus : 24, 42, 52, 72, 73, 84, 94 arrêt Concorde
Entrée : 7,5 € (TR : 5,5 €)
Gratuit le premier dimanche de chaque mois