Au
détour du XXème siècle, âgé d'à peine vingt ans, il avait déjà fait ses
académies à Madrid, fréquenté les grands maîtres espagnols, Vélasquez, Goya et
Zurbarán au Prado, el Greco à Tolède, côtoyé l'avant-garde barcelonaise et, à
Paris, connu la peinture de Puvis de Chavannes, des impressionnistes et les
chefs-d'œuvre du Louvre.
Lorsqu'il s'y installe définitivement, en 1904, le jeune Pablo Picasso se mêle
à la bohème artistique, met ses pas dans ceux d'Henri-Toulouse Lautrec et
d'Edgar Degas en poussant les portes des maisons closes, et, dans les grands
Salons des années 1900 découvre les Fauves, Manet, Cézanne, mais aussi Le
Bain turc de Dominique Ingres...
En même temps, et alors qu'il a déjà fait l'objet de sa première exposition
parisienne grâce à Ambroise Vollard en 1901, il poursuit sans fatigue son
exploration du Louvre.
Au cours de sa longue vie, il ne détournera jamais complètement des grands
maîtres, comme il ne se détournera jamais de lui-même et de sa liberté
créatrice. Point d'école pour Picasso, il le sait très tôt : "Je ne
suis pas partisan de suivre une école déterminée, parce que ça n'apporte rien
que le maniérisme à ceux qui suivent cette voie".
De tout ce matériau pictural absorbé dans ses jeunes années, naturellement le
peintre espagnol se nourrira, certaines veines sont bien visibles,
principalement dans ses premières peintures. Mais comment parler véritablement
d'influences chez celui qui a tout déconstruit puis reconstruit, figures,
espace, composition, qui s'est emparé de tous les sujets, a inventé et fait
évolué ses styles, démultiplié ses inspirations, pour produire un œuvre à nul
autre pareil, certainement le plus éclatant, le plus riche et le plus fascinant
du XXème siècle ?
L'intention de l'exposition du Grand Palais est louable, qui remet ensemble
ceux qui se sont fréquentés d'une manière ou d'une autre naguère, Picasso et
les maîtres.
L'exploit est à saluer : plus de deux tableaux et dessins venus de
partout, des plus grands musées aux collections privées, donnant ainsi
l'occasion d'aller visiter une magistrale assemblée.
El Greco,
Vélasquez, Goya, Zurbarán, Ribera, Poussin, David, Ingres, Delacroix, Manet,
Courbet, Lautrec, Degas, Puvis de Chavannes, Cézanne, Renoir, Gauguin, Douanier
Rousseau, Titien, Cranach, Rembrandt, Van Gogh... se côtoient, avec, mêlés à
eux, une foultitude de Picasso.
Ces grands noms ont de quoi faire tourner la tête.
Le problème est que, in situ, l'effet produit est exactement celui-là.
A l'étage en particulier, les tableaux sont à touche-touche, vous n'êtes pas
encore "entré" dans une œuvre que déjà le portrait d'à côté vous fait de l'œil,
avant que le suivant ne détourne votre attention tout aussi vite. Drôle
d'impression, comme s'il y avait trop de chefs d'œuvre au même endroit, et,
finalement, presque un sentiment d'indécence.
Au rez-de-chaussée, l'on respire davantage, avec une galerie de natures mortes
(dont de splendides Chardin, qui permettent enfin de se poser "quelque part"),
mais aussi un ensemble de nus absolument magnifiques devant lesquels on n'a
plus le cœur à se plaindre, non vraiment pas.
Alors, même si on n'est plus proche du pudding que du digeste bouillon du soir,
on ne se permettra pas de "cracher dans la soupe". Mais ce qui est sûr, c'est
qu'en sortant de cette plantureuse et frénétique exposition, l'on a très envie
d'aller arpenter, au calme, les musées de Paris, de France, de Navarre et
d'ailleurs, pour déguster tranquillement la belle peinture française, italienne
et espagnole dont ceux-ci regorgent, en choisissant "ses maîtres'', selon son
envie, son lieu et son moment, et non pas en roulant des yeux comme des billes
comme si tout l'art de la terre, allait, l'instant d'après, disparaître à
jamais.
Picasso et les maîtres
Jusqu'au 2 février 2009
Galeries nationales du Grand
Palais
3 avenue du Général Eisenhower - Paris 8ème
Entrée par le Square Jean Perrin
M° Franklin-Roosevelt ou Champs-Élysées-Clemenceau
TLJ sf le mardi, de 10 h à 22 h, le jeudi jusqu’à 20 h
Ouverture 24h/24, du vendredi 30 janvier 9 h au lundi 2 février 20 h
Entrée 12 € (TR 8 €)
Images : Pablo Picasso, L'artiste devant sa toile, Paris, musée
Picasso © RMN, Gérard Blot et Portrait d’un artiste, El Greco,
Séville, Museo de Bellas Artes © Photo Scala
Objet magique,
il dissimule le visage de celui qui le porte, tout en exhibant des expressions
choisies.
Cette exposition, l'un
des volets du triptyque "Picasso et les maîtres" présenté en même temps au
Louvre, au Grand Palais et au Musée d'Orsay, constitue une formidable
démonstration de la créativité de Picasso, de sa faculté, non pas de copier ou
d'imiter, mais de repenser une œuvre, en cherchant, en s'amusant, avec liberté
et obstinément.
Objet de son obsession chez le peintre qui n'a cessé toute sa vie de figurer
des femmes, il s'en empare pour mieux enfler, parfois jusqu'à la démesure,
réduire ou déplacer ses rondeurs féminines. Ce qui ne l'empêche pas de faire
subir à ses voisins toutes sortes de variations quant à leur emplacement, leurs
accessoires ou leurs vêtements (dans les cas où il conserve ces
derniers)...
Imaginez une villa dans le Midi ;
bâtisse simple et élégante, jardin garni et verdoyant. Entre les orangers, les
citronniers, les arums et les palmiers, une statue de
Giacometti, une sculpture en céramique de
Miró, une fontaine de Laurens.
C'est donc très naturellement que les
oeuvres réalisées par Matisse pour Tériade rejoignent le musée et y retrouvent
leurs voisines créées par les autres habitués de la Villa Natacha. La
cohésion de l'ensemble est ainsi conservée.
Aujourd'hui, suite et fin de la visite de
l'exposition
L'exposition
que le Musée d'Orsay consacre au grand marchand d'art
A la fin du XIXème siècle, Ambroise
Vollard (1866-1939), marchand d’art établi à Paris, fit des choix audacieux et
éclairés qui, associés à un sens des affaires certain, lui assurèrent une place
importante sur la scène artistique.
Après une installation provisoire rue du
Paradis, la Pinacothèque de Paris vient d'ouvrir définitivement ses portes au
28 place de la Madeleine dans le 8ème arrondissement.
L'influence du personnage de Carmen dans
l'oeuvre de Picasso (1881-1973) : tel est le chemin que l'exposition
Sol y Sombra organisée au Musée Picasso jusqu'au 24 juin propose de
suivre.
Arshile Gorky
(1904-1948), peintre américain d'origine arménienne demeure assez peu connu en
Europe.
En 1907, Picasso et
Braque initient le cubisme, impressionnés par les oeuvres de
Cézanne.