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Tag - Pinacothèque de Paris

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dimanche 30 octobre 2011

I. et G. Kremer, héritiers de l'Âge d'or hollandais

Exposition Kremer à Pinacothèque, vieil homme au turban de RembrandtDeux ans après la magnifique exposition L'Âge d'or hollandais, la Pinacothèque de Paris revient sur cette période, en présentant près d'une soixantaine d'œuvres, essentiellement des tableaux mais aussi quelques gravures sur cuivre, issue de la collection entreprise par Ilone et George Kremer à partir de 1995.

Découpée en 5 séquences, l'exposition permet de faire le tour des différents registres abordés par les artistes du XVII° siècle : les gens, la vie quotidienne, les paysages et les animaux, le clair-obscur et les scènes religieuses.

Les Provinces du Nord, majoritairement protestantes, sont alors extrêmement riches grâce au commerce international. Une bourgeoisie aisée vient grossir les rangs des commanditaires privés pour orner leurs intérieurs, s'inscrivant dans une tradition très présente aux Pays-Bas, celle des collections, de tableaux bien sûr mais aussi d'objets d'art décoratif. Ils aiment se faire représenter pour mettre en valeur leur réussite. Frans Hals, qui s'est presque exclusivement voué à l'art du portrait, et Rembrandt, le portraitiste le plus en vue d'Amsterdam, connaissent un grand succès.
Du premier sont présentés deux portraits d'hommes, caractéristiques de son style vif, avec des coups de pinceau nets et des oppositions de blancs et de noirs. Du deuxième, l'on peut admirer un très beau Vieil homme en buste avec turban : Rembrandt fait du clair-obscur une utilisation d'une nuance extrême, comme pour mieux souligner la mélancolie de son personnage dont les yeux noirs, qui ne sont pas dirigés vers le spectateur, expriment une profonde tristesse.

Dans la même salle, L'allégorie de l'avarice attire immanquablement l'attention. Honthorst, après avoir séjourné à Rome, a ramené à Utrecht sa ville natale ce style très caravagesque, simple et fait de francs clairs-obscurs. Adapté à la peinture "morale" comme avec cette vieille femme examinant une pièce de monnaie à la lumière d'une lanterne, il fait des ravages...

Exposition Kremer à la Pinacothèque, Allégorie de l'avariceAutres genres très prisés, celui des scènes domestiques, très présent dans l'exposition avec notamment Metsu (Femme préparant des crêpes avec un jeune garçon) et Hooch (Homme lisant une lettre à une femme), ainsi que celui des paysages et des animaux. Admirez le soyeux des plumages des gallinacées des Volailles attaquées par un renard de Luyckx ou la douceur des pelages des animaux de ferme de Weenix dans ses Personnages et bétail parmi les ruines ! Les Hollandais se plaisaient à peindre les objets, les matières et leurs contrastes : leurs tableaux sont souvent très tactiles et peuvent dégager une sensualité bien indépendante de leurs sujets.

Douceur est aussi le mot qui vient à l'esprit face à certains paysages, par exemple celui de Ostade Paysage d'hiver près d'une auberge : dans une composition très réussie jouant sur la complémentarité entre la clarté du ciel et du lac gelé et le brun de la terre, de la végétation hivernale et de la chaumière, Ostade a peint personnages et animaux avec une grande minutie, en recourant à une lumière étonnamment chaude et un style naïf qui évoquent la joie d'être ensemble dans une atmosphère des plus charmantes.

Ilone et George Kremer, héritiers de l'Age d'or hollandais
Pinacothèque de Paris
8 rue Vignon - Paris 9°
TLJ de 10h30 à 18h30, les mer. et ven. jsq 21 h
Les dim. 25 déc. et 1er jan., de 14h à 18h30
Entrée 10 € (TR 8 €)
Jusqu'au 25 mars 2012

A voir aussi en ce moment à la Pinacothèque au 28 place de la Madeleine : Giacometti et les Etrusques ainsi qu'une exposition sur les expressionnistes allemands.

Images :
Vieil Homme en buste avec turban, c.1627/1628, huile sur bois 26,5 x 20 cm © photo : The Kremer Collection/Fondation Aetas Aurea
Gerrit van Honthorst (c.1590/1592 - 1656) Vieille Femme examinant une pièce de monnaie à la lumière d’une lanterne (Allégorie de l’Avarice) c. 1623, huile sur toile, 75 x 60 cm © photo : The Kremer Collection/Fondation Aetas Aurea

dimanche 25 septembre 2011

Giacometti et les Etrusques. Pinacothèque de Paris

Kylix, Giacometti et les Etrusques à la Pinacothèque de ParisGiacometti et les Étrusques : le rapprochement ne dérange pas, bien au contraire. Les statuettes en bronze filiformes des uns et de l'autre présentent des plastiques si proches que le premier coup d'œil suffit à accepter la réunion, en un même lieu, de ces œuvres séparées de plus de deux millénaires.

L'influence de la production Étrusque sur celle de Giacometti est affaire de spécialistes, dont certains insistent sur la fréquentation par le sculpteur Suisse des salles d'Antiquité et d'archéologie du Louvre, puis la découverte de l'exposition Étrusque dans ce même musée en 1955, et enfin un voyage en Italie où il découvrit, à Volterra, la fameuse Ombre du soir.

Mais, étrangement, ces développements d'historiens d'art paraissent presque superficiels face aux œuvres elles-mêmes, face à la profondeur historique de la civilisation Étrusque et à la puissance de l'œuvre de Giacometti.

Grande Femme debout, Giacometti et les Etrusques à la Pinacothèque de ParisPassionnante en revanche est la question soulevée par Genet, et rappelée à la Pinacothèque, du rapport de Giacometti à la mort à travers ses œuvres : "Giacometti me dit qu'autrefois il eut l'idée de modeler une statue en terre et de l'enterrer (...) non pour qu'on la découvre, ou alors bien plus tard, quand lui-même et jusqu'au souvenir de son nom aurait disparu", se souvient l'écrivain dramaturge. Ce désir de rendre ses œuvres à l'éternité trouve naturellement grand écho dans cette exposition, où ses bouleversantes peintures et sculptures cohabitent avec les urnes cinéraires et les objets funéraires destinés à accompagner les défunts.
Plus encore que les similitudes formelles, ce sont les interrogations soulevées par les œuvres de Giacometti qui renvoient aux grandes civilisations antiques, à leur rapport à la mort, et réciproquement. Dans son œuvre graphique comme plastique, Giacometti n'a cessé de représenter l'Homme dans son plus total dénuement, les mains vides et dans une absolue solitude. Peut-être n'a-t-il jamais cessé d'interroger la condition de l'Homme, le sens de la vie, et d'y apporter avec ses figures une réponse désespérée.
La confrontation directe avec les oeuvres de la protohistoire puis de l'Histoire classique de la Méditerranée exacerbe cette lecture.

Cette approche est frappante dès la première partie de l'exposition, essentiellement consacrée à la civilisation Étrusque (IXème siècle avant J.-C. au 1er siècle de notre ère). Placée à côté d'une statue en pierre du VIIème siècle av. J.-C. (période dite orientalisante car marquée par l'adoption des motifs orientaux), la peinture épurée Deux têtes (1960) fait forte impression : on y ressent plus que jamais tout le vide qui entoure la figure d'homme, à la fois d'une formidable présence mais placé en bas du tableau sur un fond gris, comme littéralement enterré.

Après de superbes séries d'urnes cinéraires biconiques, de vases canopes anthropomorphiques en terre cuite, de kyathos en bronze, d'askos, d'œnochoés et de cratères en céramique (le tout venu en majorité de Toscane et en particulier du Musée archéologique de Florence) nous faisant remonter les quatre grandes périodes de l'histoire Étrusque, de la période villanovienne jusqu'à la période hellénistique, la seconde partie se concentre sur la "Rencontre de deux mondes", faisant dialoguer à parts égales Antiquité et XXème siècle.

L'Ombre du soir, Giacometti et les Etrusques, Pinacotheque de ParisEsthétiquement, on l'a dit, tout se répond, des sculptures en bronze vert-de-gris longilignes et isolées, à la réunion dans une même vitrine de petits groupes de statuettes, tels ces Trois hommes qui marchent (1948) côtoyant quatre statuettes de la période hellénistique.

Au demeurant, considérées isolément, beaucoup de ces œuvres sont admirables.
Star Étrusque de l'exposition, L'Ombre du soir, étirée comme un fil, tête légèrement penchée vers l'avant et d'une finesse inouïe captive comme un aimant.

De Giacometti, l'on apprécie de trouver des œuvres issues de collections particulières, comme cette Cage de 1960, mais aussi d'en retrouver d'autres issues du riche fonds Maeght de Saint-Paul-de-Vence.

La dernière salle est à cet égard une grande réussite scénographique, présentant six Femmes de Venise parfaitement éclairées, à scruter tranquillement sous tous les angles. Dépassant la plastique générale, l'on s'attarde sur les détails. Peu à peu, seules les têtes paraissent en éveil, vivantes sur des corps passifs. Que font-elles ? Attendent-elles ? Mais quoi ? Quel bonheur que Giacometti ait renoncé a les enterrer et les ait laissées nous interroger sans fin.


Giacometti et les Étrusques
Pinacothèque de Paris
28 place de la Madeleine dans le 8ème, Paris
TLJ de 10h30 à 18h30, les mer. et ven. jsq 21 h
Les dim. 25 déc. et 1er jan., de 14h à 18h30
Entrée 10 € (TR 8 €)
Jusqu'au 8 janvier 2012
En parallèle, et à partir du 27 septembre, Les Collections de la Pinacothèque seront à nouveau visibles (voir la partie sur la collection permanente, billet du 13 février 2011)

Images :
Kylix à figures rouges, Ve siècle av. J.-C., Terre cuite, Museo etrusco Guarnacci-Volterra, © Photo : Arrigo Coppitz
Grande femme 1, ou Grande Femme debout 1, 1960, Bronze, 270 x 56 x 34 cm, Collection Fondation Maeght, Saint-Paul de Vence © Succession Giacometti / ADAGP, Paris 2011 ; Photo : Claude Germain
L’Ombre du Soir, IIIe siècle av. J.-C., Bronze, Museo etrusco Guarnacci-Volterra © Photo : Arrigo Coppitz

dimanche 9 mai 2010

Edvard Munch jouera les prolongations

Pinacothèque de Paris, exposition Munch prolongée

On a dit ici tout le bien que l'on pensait de l’exposition « Edvard Munch ou l’anti-Cri » présentée à la Pinacothèque de Paris depuis fin février (lire le billet du 14 mars 2010).
Initialement prévue jusqu'au 18 juillet, l'exposition sera finalement prolongée jusqu’au 8 août 2010.
Au cours de ses deux premiers mois, l'exposition a attiré quelque 180 000 visiteurs, venus découvrir des œuvres présentées au public pour la première fois.
Ce succès a d'ailleurs suscité des demandes de reprises à l'étranger ; elles se concrétiseront à la Kunsthal de Rotterdam, où l'exposition sera présentée du 18 septembre 2010 au 21 février 2011.

Edvard Munch ou l'anti-Cri
Pinacothèque de Paris
28, place de la Madeleine - 75008 Paris
M° Madeleine, lignes 8, 12 et 14
Jusqu'au 8 août 2010
TLJ de 10 h 30 à 18 h (de 14 h à 18 h le 14 juillet)
Nocturne tous les mercredis jusqu’à 21h
Entrée 10 € (TR 8 € - tarif groupe 9,50 € avec audiophones)

dimanche 14 mars 2010

Edvard Munch à la Pinacothèque de Paris

Edvard Munch, portrait d'August StrindbergAprès la merveilleuse exposition L'Âge d'or hollandais, de Rembrandt à Vermeer qui a attiré quelques 700000 visiteurs cet hiver, la Pinacothèque de Paris revient au tournant du XXème siècle, la féconde période de l'éclosion du modernisme en peinture.

En exposant le peintre expressionniste Edvard Munch (1863-1944) sans le concours des musées d'Oslo, en renonçant à présenter Le cri, seul tableau connu du grand public, Marc Restellini, le directeur de l'institution privée de la place de la Madeleine n'a manqué ni d'audace ni d'ambition. La centaine de tableaux, lithographies et gravures issues de collections privées exposées jusqu'au 18 juillet prochain sont enfin l'occasion de découvrir et d'admirer à Paris la variété et la richesse de l'oeuvre du peintre et graveur Norvégien.

Edvard Munch, femme au chapeau rougeAprès les premiers tableaux d'inspiration naturaliste des années 1880, Munch apparaît dès le début des années 1890 comme un grand novateur. Avec la magnifique Femme au chapeau rouge sur le Fjord (1891), le peintre s'enhardit, brouille les pistes de la perspective, créant une opposition entre l'aplat et la profondeur, une confusion des dimensions qu'il ne cessera d'explorer, ouvrant avec d'autres la voie à l'Avant-garde. Il joue avec la transparence et les touches (les grands traits parallèles sont déjà visibles) et les couleurs : cette robe bleue sur la mer bleue, qui pourrait aussi être le ciel, quelle idée... Nuit d'été à Studenterlunden est de la même veine, mais la facture a encore évolué, les lignes se font sinueuses, les chemins labyrinthiques, le sol n'est jamais ferme. On retrouve le thème du couple s'embrassant dans Le baiser, gravure de 1895, sur laquelle les visages disparaissent dans l'union de leurs lèvres.
L'amour et la femme ne sont d'ailleurs jamais bien vus chez Munch. Thèmes obsessionnels, ils apparaissent au mieux comme ambigus, au pire tout à fait dangereux. La femme est souvent belle, voire iconique (quatre superbes lithographies de la Madone) mais source de souffrance incommensurable (sur les 1ère et 4ème de cette série, un petit personnage en bas à gauche regarde la Femme d'un air malheureux). Dans La femme et le cœur, elle saisit un gros cœur à bout de bras. Avec Vampire II, les longs cheveux dégoulinant littéralement vampirisent. Et que dire du non moins explicite Harpie, où la femme apparaît sous les traits d'un vautour aux ailes immenses et noires, un cadavre d'homme à ses pieds ? Dans ces conditions, le désir lui-même est évidemment effrayant : dans Les mains, l'air menaçant des hommes s'approchant de l'ondoyante chevelure font craindre pour la dame.
On s'émeut aussi grandement devant la très belle série de lithographies L'enfant malade, même scène croquée en plans plus ou moins rapprochés, dans un travail qui n'est pas sans évoquer la photographie ou le cinéma. Aggravant le sujet, le hachuré employé par l'artiste tout autour du visage apparaît comme le cerne de la mort qui, telle l'eau, approche inexorablement.

Changement complet d'atmosphère avec les grands tableaux colorés des années 1900, où se lit l'admiration de Munch pour Gauguin, mais surtout ses propres recherches autour de la matérialité de la peinture, comme avec Deux garçons sur la plage où la peinture, tellement épaisse, est à peine étalée, ou, à l'opposé, Mère et l'enfant où Munch a rendu la toile de jute presque à brut. Un peu plus loin, on reste en arrêt devant l'étonnant Henrik Ibsen au Grand Café du Grand hôtel, Kristiana à deux plans, le visage du dramaturge en gros plan sur écran noir et, en fond, une scène de ville derrière un grillage. Ultra-moderne et splendide.
L'alternance lithographies - toiles se poursuit tout au long du parcours. L'ensemble de 22 lithographies Alpha et Omega de 1908-1909 dans un espace aménagé en cabinet mérite aussi une pause. L'on y retrouve tous les thèmes chers à l'artiste norvégien : la solitude, les rivages, l'enfant malheureux, et bien sûr la femme tentatrice.

Edvard Munch ou l'Anti-Cri
Pinacothèque de Paris
28, place de la Madeleine - 75008 Paris
M° Madeleine, lignes 8, 12 et 14
Jusqu'au 8 août 2010
TLJ de 10 h 30 à 18 h (de 14 h à 18 h les 1er mai et 14 juillet)
Nocturne tous les mercredis jusqu’à 21 h
Entrée 10 € (TR 8 € - tarif groupe 9,50 € avec audiophones)

Images : "Portrait d’August Strindberg" 1893 Crayon bleu et mine de plomb sur papier 17,7 x 19,3 cm Collection Pérez Simón, Mexico © The Munch-Museum / The Munch-Ellingsen Group / Adagp, Paris 2010 et "Femme au chapeau rouge sur le Fjord (Harmonies bleues – Le chapeau rouge)" 1891 Huile sur toile 99 x 65 cm Collection privée © The Munch-Museum / The Munch-Ellingsen Group / Adagp, Paris 2010

dimanche 22 novembre 2009

Admirer l'Âge d'or hollandais

Catalogue de l'exposition Age d'or hollandais à la Pinacotheque Pour permettre à ses nombreux visiteurs de mieux profiter de l'exposition L'Âge d'or hollandais, de Rembrandt à Vermeer organisée en association avec le Rijksmuseum d'Amsterdam, la Pinacothèque de Paris a élargi ses horaires d'ouverture depuis vendredi dernier.

Vous pouvez désormais la visiter de 10h30 à 20h tous les jours et jusqu'à 22h les mercredi et vendredi.

A signaler aussi, une très belle idée de cadeau, pour tout de suite ou pour les fêtes de fin d'année : le catalogue de l'exposition, magnifiquement édité avec les reproductions de l'ensemble des œuvres en pleine page et des textes riches et limpides.

Pinacothèque de Paris
28, place de la Madeleine - 75008 Paris
Jusqu'au 7 février 2010
TLJ de 10 h 30 à 20 h, jusqu'à 22 h les mercredi et vendredi
25 décembre et 1er janvier de 14 h à 18 h
Entrée 10 € (TR 8 €)

L’Âge d’Or hollandais de Rembrandt à Vermeer avec les trésors du Rijksmuseum
Éditions Pinacothèque de Paris
Relié - 28 x 24 cm, 304 pages, 45 €
ISBN : 9782358670043

lundi 19 octobre 2009

L'Âge d'or hollandais à la Pinacothèque de Paris

Frans Hals, portrait d'homme, exposition à la Pinacothèque de ParisRembrandt, Vermeer : deux noms qui font rêver tant leurs œuvres, fort différents l'un de l'autre, éblouissent encore par leur virtuosité. Tous deux renvoient à cet âge d'or qu'à connu la Hollande au XVIIème siècle, quand, après les sanglantes Guerres de Religion, les sept provinces du Nord, et notamment la Hollande (majoritairement calviniste) font sécession et acquièrent leur autonomie. De leur côté, les Pays-Bas du sud restent sous domination espagnole et deviennent une base avancée du catholicisme.
La liberté politique et religieuse que connaissent alors les provinces du Nord va profiter à l'économie, aux sciences et à l'art. Grâce à des banquiers et à des marchands entreprenants, la Hollande conquiert le commerce maritime et voit ses villes portuaires (Haarlem et surtout Amsterdam) prospérer considérablement. Les commerçants et les notables cherchent à décorer richement leurs intérieurs, avec des meubles, des objets raffinés et des petits tableaux, faisant ainsi travailler un grand nombre d'artistes. Les peintures n'étant pas admises dans les Temples, les nobles et les bourgeois mais aussi les corporations d'artisans deviennent les principaux commanditaires. Tableaux d'histoire (biblique, antique ou contemporaine), portraits ou scènes de la vie quotidienne (paysages, natures mortes, épisodes de la vie sociale ou domestique), les artistes se spécialisent dans l'un ou l'autre de ces genres afin de s'assurer des débouchés. Une exception cependant : Rembrandt, qui réalisa aussi bien des scènes bibliques, que des portraits de groupe (dont la fameuse Ronde de nuit), des scène de genre et des portraits.

C'est à ce somptueux XVIIème siècle hollandais que la Pinacothèque de Paris redonne vie jusqu'au 7 février 2010 en exposant une centaine d'œuvres du Rijksmuseum d'Amsterdam, essentiellement des peintures, mais aussi des dessins et des objets - notamment des faïences de Delf, l'un des plus grands centres de production de céramique à l'époque.
La sélection de tableaux est représentative de la diversité des sujets et du niveau atteint par les artistes, dont la formation était solidement organisée. Dans la splendide série de natures mortes, celle de Jan Jansz van de Velde constitue un modèle, où ne manquent ni les citrons, ni le verre, ni l'étain, la faïence ou l'étoffe, le tout avec un soin du détail inouï et un sens de la composition assuré : une œuvre à contempler jusqu'à en avoir épuisé tous les éléments, non sans ravissement. Les compositions florales séduisent d'abord par les couleurs qui contrastent sur le typique fond noir, la véracité des fleurs (ah, ces roses anglaises au pétale velouté, on en sentirait le parfum !), puis on remarque ici et là de minuscules insectes, le vert de l'eau du vase un peu croupie, et même quelques fils de toile d'araignée...
Branche particulière du genre, les vanités : le tableau Crânes sur une table d'Aelbert Jansz van der Schoor est presque canonique. Il s'agissait de rappeler aux mortels, avec moult éléments symboliques, la vanité de l'existence en ce monde : y compris le savoir (les livres), tout est vain sur notre bonne terre...
Les paysages sont pour certains d'entre eux assez surprenants. S'y lisent les stigmates des séjours à Rome, partie intégrante de la formation traditionnelle des peintres, qui importaient ensuite la manière italienne pour réaliser leurs paysages : c'est ainsi qu'on en arrive à des vues d'une campagne hollandaise parsemée de ruines antiques et éclairée par une jaune lumière du sud... A la limite du fantastique !

Les portraits forcent l'admiration, notamment ceux de Frans Hals (Portait d'homme et son pendant Portrait de femme exposés côte à côte), de Moses ter Borch, sans compter ceux de Rembrandt, marqué évidemment par le Caravage (bien que lui n'ait jamais mis les pieds en Italie), et dont la force d'expression est presque troublante. Ses scènes religieuses sont tout aussi novatrices, il n'y a qu'à regarder la vibrante Décapitation de saint Jean-Baptiste : tous ces visages sont si humains, si présents et habités, autour de la tête sans vie de Jean-Baptiste !

Un autre coup de cœur, celui-là pour un petit tableau discret signé Adriaen van Ostade. La lettre d'amour de Vermeer, exposition à la Pinacothèque de Paris
Il a pour titre L'atelier du peintre et est placé en début de parcours pour montrer la place des artistes dans leur pays et dans leur époque. Dans une ambiance de travail chaleureuse, éclairée par une fenêtre sur le côté (qui n'est pas sans rappeler un certain Vermeer), trois personnages, dont un peintre, sont plongés dans leur tâche avec grand soin, malgré la rusticité du lieu (les combles). L'endroit où le peintre travaille est protégé par une toile suspendue au plafond. Tout et tous concourent à ce que la peinture soit menée à bien, même dans des conditions peu confortables : ce tableau résonne comme un message sur la condition de l'artiste, susceptible de s'élever grâce à son art, dans un pays déverrouillé des rigidités du système aristocratique.

On termine par le plus touchant - peut-être le plus beau - des tableaux de l'exposition : La lettre d'amour de Vermeer. Regardez les expressions fort différentes des deux femmes - maîtresse de maison et servante. Observez les détails qui créent le moment du tableau, l'instant-clé qu'est cette la scène, juste avant l'ouverture de la lettre. Admirez la composition, le naturel, la délicatesse des couleurs, de la lumière, des visages... A la fin, on croirait les entendre penser ! Une merveille.

L'Âge d'or hollandais, de Rembrandt à Vermeer
Une exposition organisée en association avec le Rijksmuseum, Amsterdam
Pinacothèque de Paris
28, place de la Madeleine - 75008 Paris
Jusqu'au 7 février 2010
TLJ de 10 h 30 à 18 h
25 décembre et 1er janvier de 14 h à 18 h
Nocturne tous les premiers mercredis du mois jusqu’à 21 h
Entrée 10 € (TR 8 €)

Images : Frans Hals, Portrait d'homme, c. 1635, Rijkmuseum, Amsterdam © Department Rijksmuseum, Amsterdam
et Johannes Vermeer, La lettre d'amour, c. 1669-70, Rijksmuseum, Amsterdam, Acquis avec l'aide de Vereniging Rembrandt © Department Rijksmuseum, Amsterdam

mercredi 8 avril 2009

Valadon / Utrillo : au tournant du siècle à Montmartre

Exposition Maurice Utrillo et Suzanne Valadon à la Pinacotheque de ParisA travers une centaine de tableaux de Maurice Utrillo et de sa mère Suzanne Valadon, la Pinacothèque de Paris propose jusqu'au 15 septembre 2009 une exposition des plus narratives.

Voici en effet une histoire que les grands romanciers du XIXème siècle auraient pu inventer : Suzanne Valadon, née Marie-Clémentine Valade en 1865, fille naturelle d'une blanchisseuse, brièvement acrobate, devient modèle à l'âge de quinze ans, après avoir italianisé son prénom en Maria pour obtenir plus de succès. Elle pose pour Renoir, Degas, Puvis de Chavannes, devient la maîtresse de Toulouse-Lautrec. Elle n'a pas vingt ans lorsqu'elle donne naissance à un fils, Maurice, lui aussi de père inconnu. Mais le sort de modèle ne la comble pas et, très vite, encouragée par Degas, et en autodidacte, elle se met au dessin.

L'exposition montre que la belle brune (un autoportrait à l'encre de chine souligne sa bouche charnue, ses grands yeux et ses cheveux épais) a eu raison de suivre cette voie : dès 1894, sa Fillette nue allongée sur un canapé montre l'efficacité de son coup de crayon, pour tracer magnifiquement ce corps de fillette anguleux et abandonné, mais aussi pour saisir l'ennui et la mélancolie d'un moment d'attente ou de lassitude.

Le fils Maurice, quant à lui, ne tarde guère à attraper les pinceaux : suivant la mode impressionniste, il va à Montmagny dans le Val d'Oise où, en compagnie de son ami Utter, il peint champs et vergers. La végétation dense est fondue en de superbes camaïeux de verts constellés d'orangés automnaux, et, déjà, la peinture est épaisse, tout en matière.

Mais, en 1909, un événement bouleverse la vie et l'oeuvre de la mère et par contre-coup celles du fils : une passion amoureuse naît entre Suzanne et Utter, qui est aussi jeune que Maurice. Tandis que Suzanne Valadon abandonne le dessin traditionnel pour la peinture, Maurice Utrillo, profondément bouleversé par cette relation, se détourne définitivement de la nature pour ne peindre désormais que la ville. Il s'installe dans le quartier populaire de Montmartre et là, boit sans soif ni mesure. Errements éthyliques, éclats sur la voie publique, tentatives de suicide seront suivies d'emprisonnements et d'internements psychiatriques et établiront à jamais une triste notoriété.

Exposition à la Pinacothèque, Valadon UtrilloPourtant, avant qu'il ne rencontre le succès, en 1914, et se mette alors à peindre "en série" pour acheter sa boisson quotidienne, Utrillo a réalisé de magnifiques paysages urbains (c'est sa période dite "blanche") : ciels blafards, rues grises et désertes, églises de banlieue comme abandonnées, Maurice Utrillo se fait le topographe d'une ville sans couleur ni espoir. Sa peinture, avec ses petites touches en reliefs est d'une superbe matérialité (il n'hésite d'ailleurs pas à utiliser du plâtre pour en garnir ses toiles), mais aussi d'une grande poésie, qui se déploie en particulier dans ses vues urbaines enneigées.

Lorsque la qualité de sa production décline au profit de la quantité, c'est sa mère Suzanne Valadon qui se met à peindre, tous azimuts et en éclatantes couleurs. Ses nus et des natures mortes témoignent d'une extraordinaire vitalité, à l'opposé des perspectives éteintes de son fils.
Du coup, en refermant ce passionnant feuilleton parisien du début du XXème siècle, tout en admirant l'audace de cette femme du peuple devenue artiste par la seule force de sa volonté à une époque où une telle destinée, pour une femme de son rang, n'allait pas de soi, l'on ne peut s'empêcher de penser qu'il ne devait pas être facile d'être fils d'une telle personnalité...

Suzanne Valadon - Maurice Utrillo
Au tournant du siècle à Montmartre. De l'impressionnisme à l'École de Paris Pinacothèque de Paris
28, place de la Madeleine - Paris 8ème
Jusqu'au 15 septembre 2009
TLJ de 10 h 30 à 18 h
Les vendredi 1er mai et mardi 14 juillet 2009, de 14 h à 18 h
Nocturnes jusqu'à 21 h tous les premiers mercredis du mois
Entrée 9 € (TR 7 €)

Image : Maurice Utrillo, Le café de la Tourelle à Montmartre, vers 1911, Huile sur carton, 50x73 cm, Courtesy Jean-Thierry Besins, Monaco © Jean Fabris, 2009 © Adagp, Paris 2009

mardi 3 février 2009

Table ronde - Le primitivisme : racines de l'art moderne et contemporain ?

Pollock et le chamanisme, table ronde sur le primitivismeMercredi 4 févier, dans le cadre de l'exposition "Pollock et le chamanisme", la Pinacothèque de Paris propose une table ronde sur le thème "Le primitivisme : racines de l'art moderne et contemporain ?".

Marc Restillini (directeur de la Pinacothèque de Paris), Françoise Michel-Jones (anthropologue, sociologue, maître de conférences à l'Université de Picardie), Eric de Chassey (professeur d'histoire de l'art contemporain à l'Université de Tours), Christine Valluet (directrice de la galerie Schoffel-Valluet à Paris), Philippe Peltier (conservateur en chef, Musée du quai Branly) et Didier Ottinger (conservateur en chef, Musée national d'art moderne) échangeront leurs points de vue autour de Guy Boyer, directeur de la rédaction de Connaissance des Arts.

Qu'est-ce que le primitivisme ?, Comment l'art et la culture des sociétés tribales sont-ils devenus des objets d'intérêt artistique ? ou encore Le primitivisme dans l'art contemporain seront quelques unes des questions abordées au cours de cette soirée.

Pinacothèque de Paris
28, place de la Madeleine - Paris 8ème
Mercredi 4 février 2009
A 19 h, durée 1 h - 1 h 30
Inscription sur réservation :
servicedespublics@pinacotheque.com
Tel : 01 42 68 81 07

mercredi 10 décembre 2008

Pollock et le chamanisme. Pinacothèque de Paris

exposition Pollock et le chamanisme à la Pinacothèque de ParisDe l'américain Jackson Pollock (1912-1956), chef de file de l'expressionnisme abstrait, l'on connaît surtout les drippings, qu'il réalisait en versant ou en jetant de la peinture sur la toile étalée au sol.

La Pinacothèque de Paris propose jusqu'au 15 février 2009, à travers une exposition ambitieuse, d'aborder son œuvre sous un jour nouveau.
Réunissant une quarantaine de tableaux et de gravures issus de collections privées, elle met en lumière l'influence du chamanisme sur l'œuvre de Jackson Pollock, y compris sur la période dite des drippings. La démonstration s'appuie sur les travaux de l'historien d'art Stephen Polcari, commissaire de l'exposition, en pointant les résonances de l'oeuvre de Pollock avec celle du surréaliste André Masson et les rites des cultures amérindiennes.

Entre les explications fournies sur les pratiques initiatiques et les très beaux objets des peuples amérindiens utilisés lors des rites (tels que masques, mats totémiques et cuillères gravées), les superbes tableaux colorés de Pollock des années 1930 et du début des années 1940 trouvent à l'évidence une place de choix. Les rouges, les jaunes, les oranges et les verts s'affrontent et éprouvent leur puissance dans des formes étirées et mouvantes. Il y a le chaos, la contrariété des forces, mais aussi la transformation, la renaissance.

Ces tableaux déjà très physiques et animés laisseront place, à partir de 1947 (mais non exclusivement), à la fameuse "peinture gestuelle" du dripping. Si l'on peut voir dans ces jaillissements de couleur pure le résultat d'une spontanéité presque enfantine, ils évoquent aussi une danse autour de la toile. Pollock les exécutait-il dans une sorte de transe ? Faut-il y voir une autre manifestation de l'influence du symbolique chez Pollock ? Ces lacis de lignes recèlent-ils une signification ?
Beau débat. En toute hypothèse, et chamanisme pour chamanisme, ces tableaux "amérindiens", avec leurs couleurs de feu et la formidable énergie qu'ils dégagent n'ont pas leur pareille pour venir réchauffer, à point nommé, le redoutable hiver parisien.

Pollock et le chamanisme
Jusqu'au 15 février 2009
Pinacothèque de Paris
28, place de la Madeleine - Paris 8ème
TLJ de 10 h 30 à 18 h, jusqu'à 21 h ts les 1ers mercredis du mois
Les 25 déc. et 1er janv., de 14 h à 18 h
Entrée : 9 € (TR 7 €)
Ateliers enfants les mercredis et samedis : 9 €, durée 1 h 30 (à réserver)

jeudi 9 octobre 2008

Georges Rouault. Chefs-d'oeuvre de la collection Idemitsu

Georges Rouault, chefs-d'oeuvre de la collection Idemitsu à la Pinacothèque de ParisPeintre catholique adepte des couleurs sombres, ne se rattachant clairement à aucun grand courant pictural du XXème siècle, Georges Rouault (1871-1958) n'est pas a priori un peintre des plus attrayants.

Il mérite pourtant d'être connu au delà de ces poncifs tant sa peinture est belle, parfois gaie et, bien souvent, évoque une gamme d'émotions profondes.
Telle est la découverte que nous réserve l'exposition présentée à la Pinacothèque de Paris jusqu'au 18 janvier 2009.

D'une manière très vivante, les 70 tableaux issus de la prestigieuse collection japonaise Idemitsu (riche de plus de 400 œuvres) sont organisés autour des grandes amitiés de Georges Rouault, qui sont autant de pistes biographiques et artistiques.
Gustave Moreau, son maître, dont il fut après sa mort le premier directeur du musée qui lui a été consacré ; Matisse, qu'il connut dans l'atelier de Moreau et dont il demeura toute sa vie l'ami ; Léon Bloy, le romancier et critique avec qui les divergences artistiques n'empêchèrent pas une solide amitié ; Ambroise Vollard, son marchand d'art et éditeur qui selon sa méthode lui acheta dès 1913 la totalité de son atelier ; le couple de philosophes Jacques et Raïssa Maritain auprès de qui le natif de Belleville vécut à Versailles ; enfin l'écrivain André Suarès : de cette dernière amitié est né Passion, l'un des plus célèbres ouvrages illustrés de Rouault.

Délaissant le côté religieux de son œuvre, l'exposition souligne au fil des salles le rapprochement qui peut être fait avec la peinture japonaise, conforté sur ce point par le succès que Georges Rouault connut très tôt au Japon. Il est vrai que l'écriture picturale de l'artiste, avec ses cernes noirs (qui peuvent également rappeler, dans une toute autre direction, les vitraux moyenâgeux) et certaines de ses compositions évoquent les estampes traditionnelles Ukiyo-e.

Il n'en demeure pas moins que la peinture de Rouault est à admirer avant tout pour ce qu'elle est : esthétiquement passionnante, multiple et séduisante.
Se laisser choquer, d'abord, par l'outrance, les grands aplats de couleur pure et la violence de ces Hécate guerrière, Juge et autre Lutteur. Admirer ensuite la stylisation qui confine parfois à l'esquisse, comme avec cette Petite écuyère, impression trompeuse tant est fin le travail des couleurs et des ombres. S'émerveiller devant la grâce de Bacchanales parfaitement composées dans une alliance de teintes chair et turquoise, sur des volumes qui ne sont pas sans rappeler Cézanne et Picasso. Ou encore devant la sensualité provocante de ces Baigneuses, en pensant peut-être à l'état de nature cher à Gauguin.
Voyez aussi cette Femme au tambourin : qui a dit couleurs sombres ? Voici du bleu, du jaune, du vert lumineux. Quel profil, quelle classe dans ce portrait, quelle superbe ambiance décorative. Un peu plus loin, Madame X évoquera une non moins grande majesté.

Et puis il y a l'émotion face à ce Clown de face, aux teintes pastel relevées de noir, qui semble tout tourné vers son monde intérieur. A quoi pense-t-il ? Cette étrange expression méditative n'est-elle pas celle d'un homme qui doute ? La Tête de femme, yeux démesurés sur un visage penché vers l'avant suscitera les mêmes questions.

On finira par les vues de Georges Rouault. Elles nous montrent un paysagiste au sens de la composition sûr, imprimant sérénité, vie et équilibre. Que ces toiles aux empâtements épais paraissent éloignées des tout petits paysages du début, ceux peints au temps où Moreau conseillait à ses élèves de "peindre la nature" ! Pour autant, sur un autre support, dans d'autres formats, avec une autre technique et un style pictural fondamentalement différent, il s'en dégage la même tranquillité d'un artiste qui malgré ses dénonciations des travers de la société des hommes, a foi en ce monde, tel ce "modèle de l'intégrité absolue, de la patience acharnée et du travail dévorant, de l'inflexible fidélité à la vision intérieure que sont les premières exigences de l'art", trouvé par Jacques Maritain en son ami Rouault.

Georges Rouault. Chefs-d'oeuvre de la collection Idemitsu
Pinacothèque de Paris
28, place de la Madeleine - Paris 8ème
TLJ de 10 h 30 à 18 h, les 25 déc. et 1er janv. de 14 h à 18 h
Nocturnes les premiers mercredi du mois jusqu'à 21 h
Entrée 9 € (TR 7 €)

mercredi 16 avril 2008

Les soldats de l'éternité. Pinacothèque de Paris

Les soldats de l'éternité à la Pinacothèque de ParisMettez-vous à la place de ces archéologues qui, un jour de mars 1974 découvrirent dans la région du Shaanxi une nécropole remplie de soldats de terre cuite à échelle humaine !

La fastueuse tombe du premier empereur de Chine, Qin Shihuangdi, jusqu'alors légendaire, était enfin mise à jour, plus de deux mille ans après sa construction au cours du IIIème siècle avant notre ère.

Ces heureux archéologues pouvaient-ils soupçonner ce jour-là l'étendue de leur découverte ? Il s'est avéré par la suite que le mausolée était constitué de plusieurs fosses. L'une, la moins vaste, contenait soixante-hui statues en terre cuite. La deuxième, de plan irrégulier, recelait des chars et des cavaliers.

Enfin, la fosse n° 1, la plus spectaculaire, de 230 mètres de long sur 60 de large, abritait près de 7 000 soldats, soit une armée entière, du simple fantassin à l'officier supérieur.

Les fouilles les plus récentes ont révélé que ces militaires étaient accompagnés de civils, fonctionnaires ou encore artistes. Comme si le Premier Auguste Empereur avait conçu son mausolée tel un microcosme, ou un modèle idéal du monde sur lequel il avait exercé sa domination, et entendait ainsi continuer à régner après sa mort.

Jusqu'au 14 septembre, l'on peut admirer une vingtaine de ces fascinantes statues à la Pinacothèque de Paris, place de la Madeleine.
Le face-à-face avec ces guerriers de l'éternité, dans la douce pénombre où ils sont baignés, saisit d'une telle émotion que l'on ne peut s'empêcher de penser à celle qu'éprouvèrent certainement les chercheurs, il y a plus de trente ans, à des milliers de kilomètres d'ici.

Une belle sélection d'objets (vases, bassins, cloches, armes, ornements...), éclairée d'une solide présentation, met en lumière des éléments matériels et culturels du royaume Qin, y compris avant que celui-ci ne s'impose à cet ensemble de territoires qui deviendra l'immense Chine.

L'exposition permet ainsi de mieux comprendre comment en 221 avant J.C., l'Auguste Empereur Qin, à la tête d'une dynastie qui ne dura plus de quinze années, unifia le pays, ses routes, ses murailles, sa monnaie, son écriture, mit en place les institutions politiques qui perdurèrent jusqu'au XXème siècle et se fit édifier une nécropole dépassant toute mesure, afin d'assurer, par une armée d'argile, son éternité.

Les soldats de l'éternité
Pinacothèque de Paris
28, place de la Madeleine – Paris 8ème
Jusqu'au 14 septembre 2008
Tlj de 10 h 30 à 18 h
Le 1er mai et le 14 juillet de 14 h à 18 h
Nocturne jsq 21 h les lundi 12, 19, 26 mai et 2, 9, 16 juin 2008
Entrée 10 € (TR 8 €)

mardi 11 mars 2008

L’Atelier de Man Ray, Unconcerned but not indifferent

L'Atelier de Man Ray à la Pinacothèque de Paris, HemingwayAvec L’Atelier de Man Ray, Unconcerned but not indifferent (Détaché mais pas indifférent), la Pinacothèque de Paris présente jusqu'au 1er juin une vaste sélection de peintures, dessins, collages, sculptures, objets et photographies de Man Ray.

Il faut rappeler que le célèbre photographe a exploré bien des supports, n'hésitant d'ailleurs pas à mélanger les genres, notamment en retravaillant les photos à la peinture ou au dessin.

A New-York, où il débute sa carrière de photographe, il est séduit par la peinture moderne européenne découverte dans les galeries, mais également par la révolution avant-gardiste engagée par Marcel Duchamp et Francis Picabia.
Aussi, il ne s'éternise guère de ce côté-là de l'Atlantique et s'installe dès 1921 à Paris, où il est immédiatement adopté par le groupe Dada, devient l'amant de celle qui sera bientôt Kiki de Montparnasse, avant de suivre André Breton dans l'aventure surréaliste.
Américain il restera, mais Américain de Paris avant tout : son séjour aux Etats-Unis durant les années 1940 ne l'enchantera guère, il retournera à Paris dès 1951 et y finira ses jours en 1976.

Les oeuvres exposées (prêtées à titre exceptionnel par le Man Ray Trust à New-York), mêlant dessins, photos, lithographies, objets uniques, objets personnels et documents sources, permettent ainsi de suivre le parcours passionnant d'un artiste qui a côtoyé et photographié les plus grands de son temps.
L'on y retrouve tous les acteurs de cette période foisonnante que fut la première moitié du XXème siècle en France.
Celui qui fut érigé au statut de photographe d'art (grâce notamment au procédé du rayogramme) était en effet un portraitiste couru qui collaborait régulièrement à Harper's Bazaar, Vogue, Vu et autre Vanity Fair.

Voici donc le magnifique profil de Picasso, voici Kiki, mutine sous son chapeau cloche, voici encore Cocteau, Hemingway, Gris, Léger, Derain, Satie, Giacometti...
Plus loin, après avoir admiré un classique et somptueux portrait d'Ava Gardner, l'on découvrira deux minuscules diapositives peintes, datées des années 1950, l'une montrant Yves Montant, l'autre Juliette Gréco. Elles sont intimes, elles sont tendres, à l'opposé de bien d'autres oeuvres pleines de puissance de cet artiste assurément multiple et complexe.

L’Atelier de Man Ray, Unconcerned but not indifferent
Pinacothèque de Paris
28, place de la Madeleine – Paris 8ème
Jusqu'au 1er juin 2008
Tlj de 10 h 30 à 18 h
Entrée 7 € (TR 5 €)

Image : Yves Montant, 1950, Diapositive peinte, 8,89 x 6,35 cm © Man Ray Trust - ADAGP Paris 2008

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