Le pan de l'histoire de
l'art que le musée du Luxembourg nous révèle aujourd'hui a pour cadre la ville
de Prato, longtemps occultée par le rayonnement de sa voisine Florence.
Pourtant, Prato connut son heure de gloire, du milieu du XIVème au XVème
siècle, époque où le commerce de tissus et de la soie vint enrichir la cité.
Pour manifester ce faste, on fit élever un duomo et passa des
commandes pour décorer églises et couvents.
C'est dans ce contexte que le florentin Filippo Lippi (1406–1469) fit son
entrée à Prato, sollicité par la ville pour orner la cathédrale.
Les commandes se multiplièrent et l'atelier de ce frère carmélite compta de
nombreux disciples.
Certes, ce foisonnement artistique ne dura guère - dès le début du XVIème
siècle, Prato fut écrasée par sa grande rivale Florence sous la férule des
Médicis - mais il donna naissance à des œuvres magnifiques. L'exposition du
Luxembourg en témoigne.
Y sont réunis une soixantaine de tableaux et sculptures, issus en grande
partie du musée de Prato (en cours de rénovation) et montrés en France pour la
première fois.
Si ces œuvres permettent de se rendre compte de l'intense activité artistique
de Prato à cette époque, elles révèlent également l'importance des échanges
avec les artistes florentins. La présence d'Uccello, de Fra Angelico - maître
de Filippo Lippi -, de Botticelli - dont Lippi père fut le maître avant que
Lippi fils en deviennent l'élève - montre les influence entre ces deux cités,
il est vrai séparées d'une quinzaine de kilomètres seulement.
De
ce parcours toscan à la présentation très élégante, on retient avant tout le
travail de Filippo Lippi. Son évolution est ici bien visible. Déjà très beau
mais encore hiératique dans les années 1430, il devient ensuite de plus en plus
vivant, de plus en plus soigné dans les détails comme dans la
composition.
Les trois grands tableaux religieux que Lippi a exécutés avec son élève et ami
Fra Diamante, présentés côte à côte sont à cet égard des merveilles :
La Présentation au Temple, avec ses éléments d'architecture très
Renaissance ainsi que La nativité avec saint Georges et saint Vincent
Ferrer, où l'artiste a multiplié les groupes de personnages à différents
plans : anges, musiciens, enfants, et enfin les saints tout devant, réunis
autour d'une scène très familière, pleine de tendresse et d'humanité. Les deux
peintures entourent le clou de l'exposition : la Vierge à la
Ceinture.
Cette splendide composition, comme les autres éclatante de couleurs,
fourmillant de détails, de riches étoffes, mais aussi pleine de délicatesse
dans les traits, de transparence dans les chairs, est une évocation de
l'histoire de la ville. Selon la légende en effet, la ceinture de la Vierge lui
appartient depuis qu'un marchand de Prato l'a ramenée de Terre Sainte au XIIème
siècle.
Mais la Vierge à la ceinture rappelle également la vie de Filippo
Lippi. Celui-ci a peint ce tableau pour le couvent Sainte-Marguerite en donnant
à la sainte les traits de sa belle, Lucrezia Buti, une nonne échappée du
couvent. De cette scandaleuse aventure, en 1457, naquit Filippino Lippi,
peintre comme son père, et dont les œuvres présentes ici soulignent l'influence
de son maître Botticelli.
Filipo et Filippino Lippi. La Renaissance à Prato
Musée du Luxembourg
19, rue de Vaugirard - Paris 6ème
Jusqu'au 2 août 2009
Ouvert TLJ
Lundi et vendredi de 10 h 30 à 22 h
Mardi, mercredi, jeudi et samedi de 10 h 30 à 19 h
Dimanche et jours fériés de 9 h 30 à 19 h
Entrée 11 € (TR 9 € et 6 €)
Images : Filippo Lippi, Fra Diamante, Nativité (ou Adoration de
l’Enfant) avec saint Georges et saint Vincent Ferrer, c. 1456, Détrempe sur
panneau, 158 x 168 cm, Museo Civico, Prato © Archivio Museo Civico di
Prato
et Filippo Lippi, Fra Diamante, Vierge à la Ceinture entre saint Thomas et
la commanditaire Bartolomea de 'Bovacchiesi et les saints Grégoire, Augustin,
Tobie, Marguerite et l'archange Raphaël c. 1456-1465 Détrempe sur panneau, 199
x 191 cm, Museo Civico, Prato © Archivio Museo Civico di Prato