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mercredi 14 mai 2008

Musée de l’Arles et de la Provence antiques

Musée de l’Arles et de la Provence antiques, danseuse romaineLorsque les habitants de l’Arles du deuxième siècle (Arelate) devaient aller assister aux courses de char, ils quittaient le haut de la ville pour cette zone de marais en bord de Rhône où venait d’être construit le cirque.
Quel cirque ! On a enfoncé 28 000 pieux de bois dans le marais pour stabiliser une piste qui faisait son kilomètre de boucle. 20 000 spectateurs s’entassaient pour hurler les noms de leurs favoris.

Le visiteur d’aujourd’hui fait le même chemin pour rejoindre le Musée, sans les marais, sans la foule (s’il s’agit d’un jour de février), mais avec quelques traces du cirque.
Le bâtiment qui protège les collections antiques est nettement moderne, et on aimerait que le lien avec la ville soit mieux dessiné par l’urbaniste. Mais l’intérieur est vaste, les grosses pierres y sont à l’aise, les grandes mosaïques s’y étalent sans complexe, on peut y flâner sans qu’aucune cloison ne vienne rompre l’errance.

On s’arrêtera ainsi au hasard de la séduction de l’objet : cette grande danseuse en bas relief dont le mouvement rappelle Botticelli, est-elle vraiment en pierre ? Les amours de Leda et de son cygne ne devraient-ils pas être plus discrets ? Quel drame nous crie cet acrotère en calcaire ? Quelle procession suivent ces pères qui tiennent leurs enfants par la main ou les portent sur les épaules ? Le colis que ces esclaves serrent sera-t-il assez bien ficelé ? Le Christ assis sous la galerie arrivera-t-il à convaincre ceux qui l’écoutent ? (le troisième à sa gauche semble nettement s’assoupir).

Musée de l’Arles et de la Provence antiques, donne la main petit romainOn peut apprendre aussi beaucoup de choses sur la vie dans une colonie romaine, en particulier par les maquettes, patiemment réalisées, qui nous montrent par exemple la façon dont le velum protégeait les 20 000 spectateurs du soleil, dans l’amphithéâtre. Ou celle de la meunerie hydraulique de Barbegal, véritable industrie minotière qui produisait jusqu’à quatre tonnes et demie de farine par jour.

Les monuments antiques ne sont pas morts avec la fin de l’empire romain. Une gravure nous montre d’ailleurs l’amphithéâtre au Moyen-Âge : il est devenu forteresse, les maisons ont été construites sur l’arène et les gradins, et des tours défensives ont surmonté le niveau d’origine. Ces Arlésiens d’alors n’hésitent pas à s’exposer à travers leurs œuvres, et nous semblent si proches.

Musée de l’Arles et de la Provence antiques
Presqu’île du cirque romain - Arles (13)
Tél. : 04 90 18 88 88
Du 1er avril au 31 octobre TLJ de 9 h à 19 h
Du 2 novembre au 31 mars TLJ de 10 h à 17 h
Entrée 5,5 € (TR 4 €)

mardi 19 juin 2007

Poèmes en archipel, René Char. Les Névons

portrait de René Char pour les NévonsPoèmes en archipel (lire le billet du 14 juin 2007) donne l'envie de célébrer à nouveau la beauté des poèmes et textes de René Char.

René Char ne cessa jamais de rendre hommage à sa terre natale, le pays de la Sorgue, où il reviendra, toute sa vie, au propre comme dans ses écrits, se ressourcer à la fraîcheur de son enfance provençale.

Dans Le deuil des Névons, du nom de la propriété familiale, le poète évoque la douleur éprouvée lors du partage successoral, à la suite de la mort de sa mère, qui conduira à la vente de la maison.
Chanson bucolique et magnifique sur le deuil, sous-titrée Pour un violon, une flûte et un écho, un peu trop longue pour être citée en intégralité :

Un pas de jeune fille
A caressé l'allée,
A traversé la grille.

Dans le parc des Névons
Les sauterelles dorment.
Gelée blanche et grêlons
Introduisent l'automne.

C'est le vent qui décide
Si les feuilles seront
A terre avant les nids.

(...)

Le bien qu'on se partage,
Volonté d'un défunt,
A broyé et détruit
La pelouse et les arbres,
La paresse endormie,
L'espace ténébreux
De mon parc des Névons.

Puisqu'il faut renoncer
A ce qu'on ne peut retenir,
Qui devient autre chose
Contre ou avec le coeur, -
L'oublier rondement,

Puis battre les buissons
Pour chercher sans trouver
Ce qui doit nous guérir
De nos maux inconnus
Que nous portons partout.

(La parole en archipel, 1952-1959)


Poèmes en archipel. Anthologie de textes de René Char
Edition de Marie-Claude Char, Marie-Françoise Delecroix, Romain Lancrey-Javal et Paul Veyne
Gallimard / Folio (mars 2007) 448 p., 11,50 €

Lire également le billet sur la belle Lettera Amorosa