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jeudi 24 juillet 2008

Le voyage aux Pyrénées

Arnaud et Jean-Marie Larriau, Voyage aux PyrénéesBien déjanté, ce film est aussi totalement jubilatoire, malgré sa fin un peu ratée. Aucune importance, tant est grand le plaisir que l'on prend à ce Voyage, tant est juste le regard des deux cinéastes sur ce drôle de pays que sont les Pyrénées centrales et qu'ils connaissent bien pour être le leur. Celui où, au bonheur "d'avoir dépassé" s'ajoute celui "d'être encore dépassé" : la moyenne montagne de ces Pyrénées que l'on a baptisé "Hautes".

Alexandre et Aurore, deux comédiens parisiens partent en goguette vers ces terres reculées avec pour seul objectif de trouver remède à la nymphomanie de Madame. Calme, discrétion et communion avec la nature, tel est leur programme pour retrouver la paix. Mais il n'en ira pas aussi simplement. Rencontres en tous genres - hommes, femmes, ours et même curés - se chargeront d'ajouter bien de l'excitation à leur séjour...

Ce que le film des frères Larrieu a de formidablement réussi est l'intelligence avec laquelle ils combinent - et avec quel humour - les deux regards fondamentalement opposés des protagonistes. D'un côté, celui des citadins qui découvrement des modes de vie à mille lieux des leurs ; de l'autre, celui des gens du cru (ou assimilés, et qui ne sont pas les moins beaux), lesquels voient débarquer "la grande ville et ses stars" en leur demandant inlassablement : "Mais pourquoi les Pyrénées ?".
La moquerie est équitablement partagée, tous en prennent pour leur grade mais avec une immense tendresse. Les dialogues, très écrits, sont un régal, mis dans la bouche de comédiens dont le flegme se prête précisément à ce mélange très "pyrénéen" de recul, de spontanéité et de philosophie, absolument irrésistible.
Avec des comédiens comme Jean-Pierre Darroussin ou encore Philippe Katerine (ici en digne représentant des Frères de la Gaîté), ces répliques semblent relever du miracle. Quant aux femmes, venues de l'autre côté de la frontière ou ayant, petites, elles aussi "dansé nues la-haut sur la montagne", elles font, naturellement, figure d'authentiques merveilles.

Le voyage aux Pyrénées
Un film de Jean-Marie et Arnaud Larrieu
Avec Sabine Azéma (Aurore Lalu), Jean-Pierre Darroussin (Alexandre Dard), Arly Jover (Aline), Kyap Gurgon (Tenzing)
Durée 1 h 40

mardi 29 janvier 2008

Les Pyrénées des peintres. Musée Paul-Dupuy à Toulouse

Les Pyrénées des peintres, exposition, musée Paul DupuyEn cheminant, dans l’ordre chronologique, devant les dessins et peintures présentés au musée Paul Dupuy sous le thème « Les Pyrénées des peintres », nous avons incontestablement le sentiment de nous élever peu à peu vers les sommets.

Nous partons du milieu du XVIIIème siècle : c’est la verticale qui domine. Que les gorges sont hautes et étroites, que les cascades tombent de haut, que nous sommes petits (et craintifs) devant les forces naturelles qui dévalent sur nous !
Au cours du XIXème siècle le paysage s’humanise : les reliefs sont moins exagérés, un premier plan est davantage mis en valeur, les montagnes deviennent parfois seulement le cadre qui environne la scène ; bêtes et humains semblent participer à la conquête de la nature sauvage.
Et surtout le spectateur n’est plus en bas, il est à mi-chemin des sommets.

A l’orée du XXème l’homme a conquis : les tableaux de Schrader en témoignent largement, nous voyons désormais les Pyrénées d’en haut, ce sont des panoramas qui s’offrent aux yeux de celui qui a vaincu sa peur de la montagne.

L’amateur de paysage ne se satisfera pas seulement ici de réflexions sur la manière de représenter les Pyrénées et la montagne en général. Dessins et peintures ont chacun leur intérêt. Les Pyrénéistes du cru qui voulaient faire aimer « leur » montagne ont reçu la visite d’artistes illustres séduits par les reliefs et cascades : Eugène Viollet-Le-Duc, Théodore Rousseau, et surtout le héros de l’exposition, Gustave Doré qui prouve qu’il n’était pas seulement un illustrateur, et d’autres.
On retiendra les tableaux de Rosa Bonheur et de Joséphine Sarazin de Belmont, pour le « réalisme » de leur représentation. Loin d’un discours (pictural) emphatique sur la place de l’homme dans la nature, elles réalisent des œuvres « à la mesure » de ce qu’elles perçoivent.

Une bien agréable balade dans les Pyrénées en quelques salles, avant de reprendre, au printemps, les sentiers pierreux, et découvrir les paysages avec le souvenir des œuvres.

Gouffres, chaos, torrents et cimes : les Pyrénées des peintres
Musée Paul-Dupuy
3, rue de la Pleau à Toulouse (M° Esquirol)
Jusqu'au lundi 3 mars 2008
TLJ sauf le mardi de 10 h à 17 h
Entrée 5 € (TR : 2.5 €)
Catalogue aux Editions Privat, Collections Beaux-Arts, 127 p., 25 €