Que sont
nos racines devenues ? Pourront-elles résister encore demain ?
Dans ses trois documentaires (dont le dernier en date La vie moderne)
consacrés au monde paysan, Raymond Depardon montrait des éleveurs de moyenne
montagne en voie de disparition.
L'exposition visible à la Fondation Cartier jusqu'au 15 mars 2009 permet de
prolonger et d'élargir la réflexion sur le maintien des peuples minoritaires
sur leur terre natale. Dans un documentaire de 33 minutes, le photographe et
cinéaste (accompagné de Claudine Nougaret à la prise de son) a donné la parole
à ceux qui, au Brésil, au Chili, en Bolivie, en Afrique et même en France, en
Bretagne et en Occitanie (où l'on retrouve Raymond Privat) voient leur
enracinement menacé, et par là même leur langue maternelle.
Le film est saisissant - son impact est en outre renforcé par le dispositif de
projection sur un écran monumental de huit mètres sur dix -, donnant à voir des
visages immenses au regard franc, et à entendre des langues auxquelles l'on ne
comprend goutte mais à la portée universelle. Dans la forêt amazonienne, deux
très jeunes femmes répètent "Je veux protéger ma terre-forêt". Elles
sont calmes et dignes, des victimes en résistance. Comme si elles puisaient
leur force - impressionnantes de détermination - de leur terre et
l'entretenaient avec leurs mots. Mais en creux, de façon poignante, on entend
cette question : "Que nous restera-t-il si on nous enlève notre terre
et notre langue ?". Plus loin, au Chili, bout de continent battu par les
vents, une femme mapuche, seule avec ses enfants raconte combien il est
difficile pour elle de survivre, combien bien peu de son peuple sont encore
près d'elle. Elle sourit, serre ses filles autour d'elle, et puis pleure, se
tait, s'excuse : "Je n'ai plus de mots". Et c'est, précisément,
le plus bouleversant.
En écho à ces témoignages, la seconde partie de l'exposition est une
interpellation de l'urbaniste et philosophe Paul Virilio sur les risques qui
menacent à l'échelle planétaire. A travers des installations video, Paul
Virilio dénonce l'importance des mouvements migratoires, actuels et plus encore
des décennies à venir, liés à la mondialisation et aux changements climatiques.
L'exode rural fait place à l'exode urbain, qui fait enfler les gares et les
aéroports, lieux "d'outre-ville", de départs. Les villes moyennes disparaissent
au profit de mégapoles de plusieurs dizaines de millions d'habitants. Les camps
de réfugiés se multiplient et grossissent. "Le nomade est celui qui n'est
nulle part chez lui", tandis que le sédentaire devient celui qui "très
mobile, est partout chez lui, avec son téléphone mobile et son ordinateur
portable".
Ces réflexions entrent en résonance avec l'autre documentaire de Raymond
Depardon présenté en première partie du parcours, montrant l'extraordinaire
rapidité avec laquelle on peut faire le tour de la planète, en passant par ses
grands centres urbains - pour y voir une uniformisation effrayante. Ou comment
la question des racines est ici mise en perspective, de façon vertigineuse,
avec celle des distances et du devenir de l'espace géographique même.
Raymond Depardon - Paul Virilio
Terre natale - Ailleurs commence ici
Jusqu'au 15 mars 2009
Fondation Cartier pour l'art
contemporain
261, boulevard Raspail - 75014 Paris
TLJ sauf le lundi, de 11 h à 20 h, nocturne le mardi jusqu´à 22 h
M° 4 et 6, Raspail ou Denfert-Rochereau, bus 38 ou 68, RER B,
Denfert-Rochereau
Entrée : 6,50 € (TR 4,50 €)
Accès libre pour les moins de 18 ans le mercredi de 14 h à 18 h
Ce sont des routes
désertées, au milieu de paysages magnifiques mais qui ne sont pas là pour ça.
Au bout du bout, ce sont des hameaux de pierre qui semblent avoir été toujours
là.
Avec
Italie, doubles visions, la Maison européenne de la photographie
propose jusqu'au 30 septembre un enrichissant voyage en Italie.