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Tag - Robert Laffont

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jeudi 27 septembre 2007

La mer. John Banville

La mer de John BanvilleA l'aube de la vieillesse, Max perd son épouse, vaincue par la maladie.

Il décide alors de retourner à Ballymoins, le village de bord de mer où, enfant, il passait ses vacances dans un bungalow avec ses parents.
Là, il s'installe dans la maison qu'un certain été la famille Grace avait louée.
La villa des Cèdres, qui l'avait alors fait tant rêver est aujourd'hui une pension de famille, tenue par Mlle Vavasour.

Cinquante ans se sont écoulés depuis ce fameux été : presque une vie.
De cette vie, de ces cinquante années, on saura peu.

C'est sur ses « extrêmités » que Max s'attarde : sa propre enfance, et la mort de sa femme.
Comme si à chacun de ses moments, le monde avait changé (« Mais, d'ici l'ultime changement, le plus crucial, notre vie ne change-t-elle pas radicalement à chacun des moments qui nous sont donnés de vivre ? » se demande pourtant Max) ; comme si quelque chose s'était alors cristallisé.

Quoi de commun entre ces deux périodes pourtant : d'un côté, la mer, le soleil, les peaux nues de Chloé et Connie Grace ; d'un autre les cliniques, la détresse, la maladie ?
Peut-être ce sentiment de perte, d'abandon ; le deuil à faire, la culpabilité ou les culpabilités, y compris celle d'avoir fui son milieu modeste pour s'élever socialement, d'abord en côtoyant les riches Grace, puis, plus tard, en épousant la fortunée Anna ?

Sur fond de bel été finissant et de station balnéaire presque désertée, Max se « refait » les deux histoires. Il replonge dans une enfance dont la fraîcheur, les découvertes, l'envie, les émois, les troubles sont demeurés parfaitement intacts.
Et des douze derniers mois passés près de sa femme malade, il mesure l'abîme qui s'est alors creusé, insidieusement, au point qu'il se demande, malgré le beau couple qu'ils formaient, si Anna et lui se sont vraiment « connus ».

De son écriture ultra-précise et souvent poétique, John Banville cisèle les émotions au fil du récit.

Le retour, chargé d'intrigue, que le narrateur fait constamment sur son passé, sa magnifique mélancolie (« Quels petits vaisseaux de tristesse nous faisons, à voguer dans ce silence étouffé à travers la pénombre de l'automne ») font de La mer un roman beau et troublant, qui berce en permanence le lecteur entre ses deux pôles qui s'attirent autant qu'ils s'opposent, la vie dans son érotisme le plus fort, et la mort, soudaine et implacable, effrayante.

La mer. John Banville
Traduit de l'anglais (Irlande) par Michèle Albaret-Maatsch
Robert Laffont, Pavillons (2007)
247 p., 20 €

Irlandais, âgé de 62 ans, John Banville a reçu, pour La mer, le prestigieux Booker Prize.

jeudi 1 janvier 1970

Les Pardaillan. Michel Zevaco

Michel Zevaco, Les Paillardan, BouquinUne digne héritière des Borgia voudrait régner sur le monde en cette fin du XVIe siècle. Elle se nomme Fausta et manigance, assassine, capture, torture sans aucun complexe. Le moyen d’arriver à ses fins : prendre le pouvoir dans l’institution où les femmes sont le plus exclues, la papauté. Fausta sera Papesse ou ne sera rien.
Quelle idée formidable de ce Michel Zevaco dont Sartre lui-même reconnaissait le génie, et dont il lisait avec avidité les feuilletons lorsqu’il était jeune ! Fausta est consciente qu’elle ne peut vaincre que si elle ne cède à aucun de ceux qui détiennent le pouvoir, les hommes. Elle restera donc vierge et renoncera à tout sentiment qui pourrait l’affaiblir devant un homme.
Dans ce quatrième volume des aventures de Pardaillan (Fausta vaincue), la lutte, très ambiguë bien sûr entre Pardaillan et Fausta est à son comble. Enfin, il reste tout de même 6 autres volumes pour juger vraiment, parce que c’est le dernier seulement qui s’intitule La fin de Fausta ! Il fallait bien plus de 4000 pages pour nous faire vivre 60 ans d’histoire sur un rythme échevelé, aux rebondissements rocambolesques, truffée d’exploits accomplis au fil de l’épée, mais aussi en riant sous cape.
Pardaillan, qui essaie de ne pas prendre vraiment parti dans ce tourbillon de rivalités où se mêlent religions, batailles autour du trône de France, influences italiennes avec Catherine de Médicis, est amené à intervenir dans les grands événements de notre histoire nationale : c’est quand même lui qui a tué le Duc de Guise, qui a soufflé à Henri IV la formule célèbre « Paris vaut bien une messe » !
Certes Zévaco s’amuse avec l’Histoire, mais surtout il nous offre la joie de la lecture, qui s’appuie sur l’imagination pour évoquer les questions de toujours : pouvoir, désir, liberté. Et quel personnage que cette Fausta ! Alors qu’elle a tenté de tuer pour la énième fois Pardaillan : « Je suis vraiment au regret madame, que vos vœux n’aient pas été mieux accueillis par le Ciel. Puis-je, avant de nous quitter, vous être bon en quoi que ce soit ? Fausta devient blême. Son orgueil souffrit plus qu’il n’avait jamais souffert. Elle fut écrasée par cette générosité simple et souriante, qui lui apparut comme un prodigieux dédain ».

Les Pardaillan
Michel Zevaco
Bouquins Robert Laffont