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jeudi 2 avril 2009

Oublier Rodin ? La sculpture à Paris de 1905 à 1914

Maillol, La Mediterranée au Musée d'OrsayL'exposition présentée au Musée d'Orsay jusqu'au 31 mai est non seulement belle, mais encore tout à fait convaincante.

Elle montre comment, au tournant du XXème siècle et jusqu'à la première Guerre Mondiale, des sculpteurs venus de toute l'Europe se sont retrouvés à Paris le temps d'une décennie pour repenser et renouveler la sculpture.

A l'époque, le modèle entre tous et pour tous est Rodin.
Mais il va devenir le contre-modèle, la statue à déboulonner si l'on ose dire. Contre son expressivité poussée à l'extrême, contre le chaos des portes de l'Enfer, il s'agit alors, pour les Bourdelle, Brancusi, Maillol, Picasso et autres Gonzales, de reprendre la réflexion plastique à son commencement, de rechercher l'essence de la sculpture : le volume, l'architecture, la ligne. Adoptant des formes de plus en plus simplifiées, ces artistes ne font pas pour autant "taire" les visages. Ils les assagissent, les épurent et trouvent d'autres réponses pour exprimer "l'intériorité" de leurs créations.

Exposition Oublier Rodin au Musée d'OrsayOn n'est pas encore dans le cubisme (qui ne s'exprime alors qu'en peinture), encore moins dans le non-figuratif ; mais le chemin parcouru depuis Rodin est immense - quelques unes des sculptures du maître permettent de le souligner. Plus de démonstration, plus de tour de force ; la ligne directrice est tout autre.
Mais si les artistes entendent se détourner de l'imitation et de la sensualité, bien des œuvres présentées prouvent qu'ils n'ont pas - et c'est un bonheur - chassé cette dernière. Toute la partie de l'exposition consacrée aux volumes est à cet égard remarquable, avec notamment une galerie de nus féminins où le poli extrême des rondeurs de Maillol voisine une plantureuse Renoir, une immense Pénélope de Bourdelle ou encore une douce Grande Songeuse de Wilhelm Lehmbruck.
Le lyrisme n'est pas davantage absent. Il se fait si délicat avec ce magnifique Buste de jeune fille de Zadkine, tête tournée et penchée, tout en épure, en grâce, en finesse. Et que dire de la célèbre Muse endormie de Brancusi, d'une telle tendresse !

La section consacrée aux lignes est tout aussi passionnante, où l'on voit des corps immobiles et isolés se mettre à occuper l'espace de façon audacieuse, prendre des poses inattendues, en des lignes simples qui les courbent, les agenouillent et les étirent - de façon particulièrement impressionnant chez Lehmbruck. Chez cet artiste d'ailleurs, apparaît progressivement une veine expressionniste, donnant des visages bouleversants, chavirés de souffrance silencieuse (Orante, Tête d'un penseur, Amants...), et qui semble avoir atteint son apogée avec son terrible Prostré.

Tout est beau, tout est à voir dans cette exposition de choix. Il faudrait donc aussi évoquer la salle consacrée aux reliefs, dont les volumes sont si géométriquement circoncis que leur puissance et leur douceur n'en sont que plus spectaculaires.
La Femme accroupie de Maillol, superbe et lisse, repliée et assoupie, occupe pourtant tout son espace avec une formidable présence. Comme s'il ne s'agissait pas que d'une simple question de beauté, comme si elle seule évoquait déjà tout un monde...

Oublier Rodin ? La sculpture à Paris, 1905-1914
Musée d'Orsay
1, rue de la Légion d'Honneur - Paris 7ème
Jusqu'au 31 mai 2009
TLJ sf le lundi, de 9 h 30 à 18 h, le jeudi jsq 21 h 45
Entrée 8 € (TR 5,5 €)

A voir également en ce moment au Musée d'Orsay, et autour de cette exposition : un accrochage de dessins de sculptures, de Chapu à Bourdelle

Images :
Aristide Maillol, La Méditerranée, 1905-1923, Statue, marbre, Paris, musée d'Orsay © photo Christian Baraja
Wilhelm Lehmbruck, Grande figure debout, 1910, Statue, ciment, Otterlo, Kröller-Müller Museum © Coll. Kröller-Müller Museum Otterlo the Netherlands

mercredi 3 décembre 2008

Masques, de Carpeaux à Picasso. Musée d'Orsay

Masques, de Carpeaux à Picasso, exposition à OrsayObjet magique, il dissimule le visage de celui qui le porte, tout en exhibant des expressions choisies.
Ambigüité, illusion, jeu, le masque évoque aussi les rites et la sorcellerie. Des masques du théâtre antique aux masques dits "primitifs" qui fascinèrent les cubistes, en passant par le loup, associé à la galanterie, les masques du Carnaval ou encore ceux du théâtre japonais, le registre est large et familier, souvent festif.

Il fallait cette exposition au Musée d'Orsay, tout à fait inédite, pour découvrir que l'Europe, et la France en particulier, à la fin du XIXème siècle et au début du XXème se prit d'une nouvelle passion pour les masques.

Les artistes ne se contentèrent pas de reprendre les masques traditionnels mais développèrent un genre bien à part. Ce renouveau se manifesta par le culte laïque des masques mortuaires d'abord (ceux de Napoléon, Géricault ou Beethoven connurent un grand succès), puis par le travail sculptural très élaboré dans les ateliers, comme dans celui de Jean Carriès, dont on observe ici l'étendue : visages grimaçants (parfois inspirés de ses propres traits), outrés, voire carrément déformés, la violence n'est parfois pas loin dans cette belle suite de masques en gré émaillé.

De superbes têtes de Rodin, mais aussi de Carpeaux et de Bourdelle rappellent l'importance du masque comme "étape" (ou comme oeuvre en tant que telle, la finalité de l'objet n'étant pas toujours établie avec certitude) dans l'élaboration de l'expression du personnage sculpté, à l'exemple des multiples tentatives de Rodin de traduire le regard de la comédienne japonaise Hanako ("Il n'était jamais satisfait !" dira-t-elle à ce sujet dans ses mémoires).

Dès 1886, au jardin du Luxembourg à Paris, la fortune du masque était acquise, avec le Marchand de masques en bronze de Zacharie Astruc, qui réunit, dominé par celui de Victor Hugo, les visages des célébrités littéraires de l'époque.
Le parcours fait aussi la part belle aux vertus décoratives du masque, l'éclectisme du XIXème siècle revisitant la tradition architecturale et ornementale du mascaron ; ou encore aux variations des Symbolistes, qui ont trouvé dans le masque le support privilégié de l'expression de toutes les étrangetés, angoisses, malaises et visions de la mort.
Une exposition fascinante, à l'image de cette réinterprétation de la Gorgone Méduse issue des mythes grecs, aussi pétrifiée dans son malheureux sort que pétrifiante, avec sa chevelure de serpents et son regard fatal à quiconque le croise.

Masques. De Carpeaux à Picasso
Jusqu'au 1er février 2009
Musée d'Orsay
1, rue de la Légion d'Honneur - Paris 7ème
TLJ sf le lundi, de 9 h 30 à 18 h, le jeudi jusqu'à 21 h 45
Entrée avec le billet du Musée (9,50 €, TR 7 €)

Catalogue Masques, de Carpeaux à Picasso, collectif sous la direction de Edouard Papet, 256 p., 300 illustrations couleurs, Musée d'Orsay / Hazan, 49 €

Image : Arnold Böcklin (1827-1901), "Bouclier avec le visage de Méduse", après 1887, papier mâché peint et doré, Musée d'Orsay, Paris © Photo RMN, Hervé Lewandowski

jeudi 1 février 2007

Rodin. Les figures d'Eros. Dessins et aquarelles érotiques 1890-1917

Rodin1Auguste Rodin a commencé à dessiner très jeune, bien avant de devenir le sculpteur admiré que l'on sait.
Parallèlement à son activité de sculpteur, il a continué à dessiner, et son oeuvre graphique est riche d'environ 9000 dessins.

Dans les années 1880, ses dessins son essentiellement liés à ses travaux pour La porte de l'enfer, dessins appelés « noirs » par Bourdelle, très beaux, tourmentés, dont quelques uns sont présentés au début de l'exposition.

Puis, à partir des années 1890, sa fascination pour le corps féminin va l'amener à tenter de saisir, inlassablement, le nu féminin et sa puissance érotique.
L'ensemble de 140 dessins et aquarelles réunis ici montre qu'il y est largement parvenu.

Le trait ondule, place au centre de ses courbes fesses, seins, sexe, cuisses largement ouvertes.
Les poses sont osées, voire acrobatiques ; visiblement, Rodin parvenait à obtenir de ses modèles une confiance, une impudeur complètes.

Les aquarelles sont magnifiques de teintes roses, violettes, brunes ; la couleur déborde largement des contours, l'inspiration est presque japonisante.

Mais les oeuvres les plus réussies sont peut-être celles où Rodin ne se contentait plus que du crayon graphite, l'estompant parfois légèrement – on dit que l'artiste laissait la mine glisser sur le papier, sans quitter le modèle des yeux.

L'expression du visage est à peine esquissée, mais pleine de sensualité ; un jupon se soulève jusqu'à la taille, un kimono s'ouvre, le corps s'abandonne, confiant, désiré, désirant.

Une intimité d'un érotisme extrême que le visiteur recueille en pleine face, dans un silence d'église.


Musée Rodin
79, rue de Varenne – Paris 7ème
Jusqu'au 18 mars 2007
De 9h30 à 16h45, tlj sauf le lundi
Tarif : 6 € (TR : 4 €)
Catalogue : 39 €