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lundi 7 janvier 2008

La graine et le mulet. Abdellatif Kechiche

La graine et le mulet, Abdellatif KechicheC'est peut-être le film qu'on attendait sans le savoir. Celui qui surprend parce qu'il parvient à exprimer ce qu'on n'aurait osé espérer : le courant de la vie même, son côté imprévisible, ce qu'elle contient de brouillon sans jamais laisser la possibilité de refaire "au propre".
Ce moment pris sur le vif se passe à Sète, où l'activité portuaire et ses difficultés laissent Slimane sur le carreau. Travailleur immigré des années 1970, on lui fait comprendre qu'à soixante ans passés il est devenu trop usé pour suivre les rythmes exigés.
Il décide alors d'installer un restaurant sur un vieux rafiot. Spécialité : couscous au poisson. Autour de lui : ses amis issus du travail et/ou de la communauté, ses enfants, son ex-femme, sa compagne et la fille de celle-ci, Rym.
La graine et le mulet n'est donc pas simplement l'histoire de Slimane. Il est aussi celle de sa famille et de ses amis qui vont l'aider à aller au bout de son projet, sa réussite devenant plus ou moins spontanément l'affaire de tous.
Mais elle est d'emblée surtout celle de Rym, très décidée à pousser les portes administratives, politiques et financières qui auraient naturellement tendance à vouloir laisser Slimane sur son quai d'ouvrier des chantiers navals.
Très décidée aussi à contrer le vent des grands fistons, qui renverraient bien leur père au bled.
Bref, une graine d'intelligence et de sensibilité, un brin de caractère trempé, enrobés d'une irrésistible spontanéité qui sait se policer quand il faut.
Interprétée par une Hafsia Herzi qui crève l'écran, Rym forme avec Slimane un duo filial très attachant. Mais c'est à tous ses personnages qu'Abdellatif Kechiche nous attache. Car il prend le temps de les faire exister, de nous les montrer manger et vivre, de nous les faire entendre parler et crier.
Il prend tout le temps qu'il faut. Et il a raison, car dans la vie certains moments durent longtemps. Un déjeuner dominical, cela dure longtemps. Une crise conjugale, cela dure longtemps. Un couscous qui n'arrive pas au restaurant, cela peut être long aussi.
Mais le spectateur ne s'ennuie pas une seconde, non seulement parce qu'il est embarqué dans cette vie-là, mais encore parce qu'il a aussi la place de vivre en tant que spectateur : pendant la dernière scène, aussi longue que géniale, il imagine différentes possibilités, différentes issues.
Il est bien là et n'a aucune envie que le rythme accélère.
Il faut un sacré culot pour filmer cela, et de cette façon-là.

La graine et le mulet. Abdellatif Kechiche
Avec Habib Boufares, Hafsia Herzi, Faridah Benkhetache...
Durée : 2 h 31 mn
Distribué par Pathé Distribution

mercredi 22 août 2007

Espace Georges Brassens. Sète (2/2)

supplique pour être enterré sur la plage de SèteSuite et fin de la visite du bel espace Georges Brassens (lire le billet du 20 août 2007)

L'artiste a eu l'occasion de s'expliquer longuement sur sa façon de travailler.

Laissons-le parler et apprécions l'élégance du bonhomme :

« Il faut que mes chansons aient l'air d'être parlées, il faut que ceux qui m'entendent croient que je parle, croient que je ne sais pas chanter, que je fais des petites musiquettes comme ça ... ».

Sur ses textes :

« Je ne veux pas faire rire aux éclats, je veux faire sourire. Je suis un ennemi du "langage à signes" ; je préfère suggérer les choses que les dire. Si j'avais dû en dire plus, je l'aurais fait. Mais j'estime qu'il faut en dire peu et permettre à celui qui vous écoute de continuer à se faire sa fête tout seul. »

Mais il disait aussi que pour faire une chanson, il lui fallait tout un mois, et un cahier entier, tant il retravaillait son texte. Il récrivait toute la chanson s'il modifiait un seul de ses vers.

Sur sa musique :

« Lorsque les paroles sont mûres, je saisis ma guitare et je lis et récite mes vers et mes mots, en commençant à rythmer avec la guitare ... C'est ainsi que tout doucement, je découvre les petites mélodies qui vont venir scander mes vers, y "coller" jusqu'à n'en plus pouvoir s'en séparer. Je fais sept ou huit musiques par chanson, je n'en fais pas qu'une. Et c'est celle qui tient le coup le plus longtemps que je garde, je veux dire celle qui, après avoir été répétée cent fois, me plaît encore ou me déplaît le moins ».

Il ajoute : « Ma musique doit être in-entendue, comme la musique d'un film ».

Dans un coin, sur un simple tourniquet à cartes postales, le visiteur peut lire les hommages que les chanteurs d'hier et d'aujourd'hui ont rendus au poète en quelques mots, des plus anciens comme Charles Trenet, aux plus jeunes comme Magyd Cherfi ou Bénabar ...

Donnons la parole à un autre regretté, grand parmi les grands, Claude Nougaro, qui tout à coup se fait sobre et lapidaire :

« Brassens
C'est un poète de la Pléïade ».

René Fallet, l'écrivain, journaliste et ami :
« Les réacteurs peuvent vrombir, ils ne peuvent effacer de l'oreille l'oiseau, la parole d'amour, le rire du copain. C'est pourquoi Georges Brassens sera là tout à l'heure, un pied sur le tabouret de votre cuisine et fera s'envoler les papillons de votre papier peint. »

Le film d'un concert à Bobino, estampillé 1972, nous montre le regard franc, tour à tour sérieux et enjoué du grand bonhomme grattant « son ventre » en chantant Les filles de joie, Le temps ne fait rien à l'affaire ou encore Les dames du temps jadis ...
Dans le public Raymond Devos applaudit avec force, mais aussi René Fallet, sa compagne Pupchen ...
Quelle joie dans cette salle-là ...

La visite se finit sur une pause longue, tranquille mais si émouvante, le casque toujours vissé sur les oreilles : l'intégralité de Supplique pour être enterré sur la plage de Sète, extraordinaire chanson de plus de sept minutes, dans laquelle se retrouve presque tout Brassens, son « théâtre intérieur », selon une formule que lui-même employait.
On quitte le poète sur ces notes et ces mots.

On a passé un moment merveilleux.

Espace Georges Brassens
67, boulevard Camille Blanc – 34200 Sète
Ouvert de 10 h 12 h et de 14 h à 18 h
Jusqu'à 19 h en juillet et août
Fermé les jours fériés sauf les 14 juillet, 15 août et 1er novembre
En hiver, fermeture hebdomadaire le lundi
Tel. : 04 67 53 32 77
Entrée de 2 à 5 €

lundi 20 août 2007

Espace Georges Brassens. Sète (1/2)

espace georges brassensL'Espace Georges Brassens a rouvert ses portes le 1er décembre dernier après avoir été totalement rénové.
Surface doublée, nouvelle scénographie, parcours aéré : l'ancienne version était très bien ; celle-ci est encore mieux !

Dans le même esprit que le précédent, le nouvel espace Georges Brassens est pensé avec respect et simplicité.
Il rend hommage à l'artiste, au bonhomme et à son œuvre.
C'était la seule chose à faire.
Et elle est parfaitement réussie.

Des écouteurs nous bercent de la voix grave et puissante, au débit calme et régulier de Georges Brassens, avec les confidences qu'il a livrées à Philippe Némo en 1972 lors d'un entretien pour France-Culture.

Nous voici partis pour un bon moment de balade et de flânerie auprès du poète.
Des films, des photos, des affiches, des pochettes de disques, des extraits de textes et bien sûr des chansons nous font suivre suivre le parcours de l'artiste.

Enfance sétoise dans une famille où tout le monde chantait, en amoureux de la chanson, notamment la maman napolitaine, dont il livre cet émouvant témoignage : « à 50 ans passés, elle recopiait des textes de chansons, puis allait chez des copines pour compléter les passages qui lui manquaient ».
Jeunesse à Sète avec les copains : il découvre le jazz à l'âge de 10-11 ans, dans les années 1931-1932 : « Je suis né en 1921. Je suis né avec Django Reinhard, avec Amstrong, avec Duke Ellington. »

Il arrive à Paris en 1940 et étudie les poètes en autodidacte, à la bibliothèque, pendant plusieurs années, pour « ornementer mon esprit » comme il le dit joliment.

Puis voici ses débuts dans la chanson, sa rencontre avec Patachou en 1952, qui le présente à Jacques Canetti, impressario, directeur artistique et fondateur du théâtre des Trois Baudets, où il débute officiellement le 19 septembre de la même année pour 170 représentations.

On passe bien sûr un moment dans l'impasse Florimont, devenue légendaire avec la Chanson pour l'Auvergnat, écrite pour Marcel et Jeanne. Dans le plus grand dénuement eux-mêmes, le couple et sa ménagerie l'ont accueilli dès 1944 ; il y demeura, en famille finalement, bien qu'il parle plutôt « d'Arche de Noé », jusqu'en 1966.

Place est également faite à l'évocation des femmes, parmi lesquelles Pupchen, sa fidèle compagne, son éternelle fiancée, la dame de ses pensées ...

Toute une partie est réservée à la façon dont Georges Brassens travaillait. Elle est passionnante : suite et fin de la visite très bientôt ...

Espace Georges Brassens
67, boulevard Camille Blanc – 34200 Sète
Ouvert de 10 h 12 h et de 14 h à 18 h
Jusqu'à 19 h en juillet et août
Fermé les jours fériés sauf les 14 juillet, 15 août et 1er novembre
En hiver, fermeture hebdomadaire le lundi
Tel. : 04 67 53 32 77
Entrée de 2 à 5 €