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vendredi 24 août 2007

La fugitive. Les amis se marient

Marcel Proust La RechercheA la fin de La Fugitive, alors que son amour pour Albertine est éteint et qu'aucun autre n'est venu le remplacer, le narrateur apprend le mariage de deux de ses connaissances, son ami Robert de Saint-Loup et le fils Cambremer.

Il en éprouve une profonde peine, liée à un certain deuil à accomplir :

De ces deux mariages, je ne pensais rien, mais j'éprouvais une immense tristesse, comme quand deux parties de votre existence passée, amarrées auprès de vous, et sur lesquelles on fonde peut-être paresseusement au jour le jour, quelques espoir inavoué, s'éloignent définitivement, avec un claquement joyeux de flammes, pour des destinations étrangères, comme deux vaisseaux.

Le mariages de ces jeunes hommes alimentent abondamment les conversations dans les thés et les dîners, en particulier dans le milieu bourgeois du narrateur.

Ainsi se déroulait dans notre salle à manger, sous la lumière de la lampe dont elles sont amies, une de ces causeries où la sagesse non des nations mais des familles, s'emparant de quelque événement (...) et le glissant sous le verre grossissant de la mémoire, lui donne tout son relief, dissocie, recule et situe en perspective (...) les noms des décédés, les adresses successives, les origines de la fortune et ses changements, les mutations de propriété.

C'est que les familles auxquels les intéressés appartiennent sont anciennes, et appartiennent en quelque sorte à l'histoire :

Cette sagesse-là n'est-elle pas inspirée par la Muse qu'il convient de méconnaître le plus longtemps possible si on veut garder quelque fraîcheur d'impressions et quelque vertu créatrice (...), la Muse qui a recueilli tout ce que les Muses les plus hautes de la philosophie et de l'art ont rejeté, tout ce qui n'est pas fondé en vérité, tout ce qui n'est que contingent mais révèle aussi d'autres lois : c'est l'Histoire !

Belles lectures et bel été à tous.

vendredi 20 juillet 2007

La fugitive. Mademoiselle Albertine est partie !

Marcel Proust La Recherche« Mademoiselle Albertine est partie ! ».
C'est sur ces mots de Françoise, la servante du narrateur, que s'ouvre La fugitive, l'avant-dernier tome de A la recherche du temps perdu.

Or, le narrateur, s'il avait envisagé bien des fois de rompre lui-même, sans jamais mettre son projet à exécution, n'aurait jamais imaginé qu'Albertine eût pu le quitter.

Le choc est des plus vifs, car « Pour se représenter une situation inconnue, l'imagination emprunte des éléments connus et, à cause de cela, ne se la représente pas. »

La douleur, immense rappelle les angoisses les plus profondes et les plus anciennes :

Que le désir de Venise était loin de moi maintenant ! Comme autrefois à Combray, celui de connaître Mme de Guermantes, quand venait l'heure où je ne tenais plus qu'à une seule chose, avoir maman dans ma chambre. Et c'était bien en effet toutes les inquiétudes éprouvées depuis mon enfance qui, à l'appel de l'angoisse nouvelle, avaient accouru la renforcer, s'amalgamer à elle en une masse homogène qui m'étouffait.

Résolu à faire revenir Albertine au plus vite, le narrateur décide de lui écrire une lettre feignant l'indifférence, à savoir une lettre d'adieux, tout en envoyant en parallèle en Tourraine son ami Robert de Saint-Loup faire pression sur Mme Bontemps, afin qu'elle lui renvoie son amie au plus vite.

Cette stratégie échouera. Il aurait pu, pourtant, prévoir son insuccès puisque des lettres semblablement hypocrites écrites en son temps à Gilberte n'avaient fait qu'achever le dénouement de leur lien :

Et cette expérience aurait dû m'empêcher d'écrire à Albertine des lettres du même caractère que celles que j'avais écrites à Gilberte. Mais ce qu'on appelle expérience n'est que la révélation à nos propres yeux d'un trait de notre caractère, qui naturellement reparaît (...) le mouvement spontané qui nous avait guidé la première fois se trouve renforcé par toutes les suggestions du souvenir.

Constatant la répétition de ses échecs, le narrateur a alors cette réflexion magnifique :

Le plagiat humain auquel il est le plus difficile d'échapper (...), c'est le plagiat de soi-même.


Belles lectures et beau bronzage à tous...