L’abbaye du Thoronet en
Provence est un modèle d’abbaye cistercienne : sa visite impressionne par
la beauté de l’architecture, faite de simplicité et d’harmonie des
proportions.
Ses murs sont montés sans joints au mortier, grâce à une taille d’une grande rigueur. La pierre est sauvage : « Dès le premier jour, j’ai eu pour elle un respect que je n’ai même pas songé à discuter. Je n’aurais jamais pu t’en parler, comme je l’ai fait, sans amour. Maintenant, elle fait partie de notre œuvre, de moi-même, elle est l’abbaye. Je la caresse dans mes songes, le soleil se couche sur elle, la retrouve le matin dans son réveil de pierre, lui donne ses couleurs, la pluie la fait briller en l’assombrissant. (.. .) Si j’apporte à l’abbaye les proportions, l’harmonie, elle toute seule lui gardera son âme indépendante ; convertie à l’ordre elle restera aussi belle qu’une bête sauvage au poil hérissé ».
Fernand Pouillon, architecte majeur du XXème siècle a imaginé le journal de
bord du maître d’œuvre de la construction du Thoronet, Guillaume, moine
cistercien, depuis le jour de mars 1161 lorsque avec quelques frères ils
choisissent le terrain en pente douce encombré d’arbustes, jusqu’au moment où
le chantier a véritablement commencé, quand le plan de l’église, du cloître, du
lavabo, des dépendances est tracé sur le sol et les premières rangées de
pierres sont montées.
Le temps de préparation est très long : il faut trouver les carrières,
choisir les arbres à abattre, découvrir le gisement d’argile qui fera les
tuiles, fabriquer les outils, obtenir de l’abbaye mère les avances nécessaires,
en particulier de la nourriture tant que les jardins ne donnent pas leur
récolte. Mais il faut aussi mener toute une troupe de travailleurs, composée de
statuts différents (moines, frères convers, compagnons) et de personnalités
fortes (Paul le tailleur de pierre, Joseph le potier, Antime le
forgeron).
L’organisation de la vie quotidienne est dictée par la Règle de Saint Benoît
mais bien souvent chez Guillaume le religieux est dépassé par
l’architecte.
Fernand Pouillon a mis dans cet ouvrage toute sa science de bâtisseur amoureux
de l’art cistercien, et son talent d’écrivain (récompensé en 1965, par le prix
des Deux-Magots) nous fait vivre le caprice de la pierre, la susceptibilité des
hommes, et les désagréments du mauvais temps : « un jour mouillé
et froid, où le ciel ne vaut pas la peine qu’on se dérange davantage, où les
chaussures, qui ont sucé les pieds à petits bruits, sont molles comme des
tripes et ont besoin de sécher longtemps pour durcir ».
Les pierres sauvages
Fernand Pouillon
Ed du Seuil, coll Points (7 €)
Etre dans la peau d'un
acteur, tout le temps, ou à n'importe quel moment. Etre dans la peau de Denis
Podalydès, sociétaire de la Comédie-Française, qui a réuni dans ces
Scènes les notes prises au fil de son métier d'acteur :
descriptions très précises de tournages, de répétitions, d'attentes, de
représentations devant le public, partagées avec le lecteur comme s'il y
était.
Entrée tonitruante en plein Carnaval de
Nice : chars, Gagantuas de carton-pâte, roitelets à grosse tête, musique,
danse et batailles de fleurs.