Rembrandt,
Vermeer : deux noms qui font rêver tant leurs œuvres, fort différents l'un
de l'autre, éblouissent encore par leur virtuosité. Tous deux renvoient à cet
âge d'or qu'à connu la Hollande au XVIIème siècle, quand, après les sanglantes
Guerres de Religion, les sept provinces du Nord, et notamment la Hollande
(majoritairement calviniste) font sécession et acquièrent leur autonomie. De
leur côté, les Pays-Bas du sud restent sous domination espagnole et deviennent
une base avancée du catholicisme.
La liberté politique et religieuse que connaissent alors les provinces du Nord
va profiter à l'économie, aux sciences et à l'art. Grâce à des banquiers et à
des marchands entreprenants, la Hollande conquiert le commerce maritime et voit
ses villes portuaires (Haarlem et surtout Amsterdam) prospérer
considérablement. Les commerçants et les notables cherchent à décorer richement
leurs intérieurs, avec des meubles, des objets raffinés et des petits tableaux,
faisant ainsi travailler un grand nombre d'artistes. Les peintures n'étant pas
admises dans les Temples, les nobles et les bourgeois mais aussi les
corporations d'artisans deviennent les principaux commanditaires. Tableaux
d'histoire (biblique, antique ou contemporaine), portraits ou scènes de la vie
quotidienne (paysages, natures mortes, épisodes de la vie sociale ou
domestique), les artistes se spécialisent dans l'un ou l'autre de ces genres
afin de s'assurer des débouchés. Une exception cependant : Rembrandt, qui
réalisa aussi bien des scènes bibliques, que des portraits de groupe (dont la
fameuse Ronde de nuit), des scène de genre et des portraits.
C'est à ce somptueux XVIIème siècle hollandais que la Pinacothèque de Paris
redonne vie jusqu'au 7 février 2010 en exposant une centaine d'œuvres
du Rijksmuseum d'Amsterdam, essentiellement des peintures, mais aussi
des dessins et des objets - notamment des faïences de Delf, l'un des plus
grands centres de production de céramique à l'époque.
La sélection de tableaux est représentative de la diversité des sujets et du
niveau atteint par les artistes, dont la formation était solidement organisée.
Dans la splendide série de natures mortes, celle de
Jan Jansz van de Velde constitue un modèle, où ne manquent ni
les citrons, ni le verre, ni l'étain, la faïence ou l'étoffe, le tout avec un
soin du détail inouï et un sens de la composition assuré : une œuvre à
contempler jusqu'à en avoir épuisé tous les éléments, non sans ravissement. Les
compositions florales séduisent d'abord par les couleurs qui contrastent sur le
typique fond noir, la véracité des fleurs (ah, ces roses anglaises au pétale
velouté, on en sentirait le parfum !), puis on remarque ici et là de minuscules
insectes, le vert de l'eau du vase un peu croupie, et même quelques fils de
toile d'araignée...
Branche particulière du genre, les vanités : le tableau
Crânes sur une table d'Aelbert Jansz van der Schoor
est presque canonique. Il s'agissait de rappeler aux mortels, avec moult
éléments symboliques, la vanité de l'existence en ce monde : y compris le
savoir (les livres), tout est vain sur notre bonne terre...
Les paysages sont pour certains d'entre eux assez surprenants.
S'y lisent les stigmates des séjours à Rome, partie intégrante de la formation
traditionnelle des peintres, qui importaient ensuite la manière italienne pour
réaliser leurs paysages : c'est ainsi qu'on en arrive à des vues d'une
campagne hollandaise parsemée de ruines antiques et éclairée par une jaune
lumière du sud... A la limite du fantastique !
Les portraits forcent l'admiration, notamment ceux de Frans Hals (Portait d'homme et son pendant Portrait de femme exposés côte à côte), de Moses ter Borch, sans compter ceux de Rembrandt, marqué évidemment par le Caravage (bien que lui n'ait jamais mis les pieds en Italie), et dont la force d'expression est presque troublante. Ses scènes religieuses sont tout aussi novatrices, il n'y a qu'à regarder la vibrante Décapitation de saint Jean-Baptiste : tous ces visages sont si humains, si présents et habités, autour de la tête sans vie de Jean-Baptiste !
Un autre coup de cœur, celui-là pour un petit tableau discret signé
Adriaen van Ostade.
Il a pour titre L'atelier du peintre et est placé en début de parcours
pour montrer la place des artistes dans leur pays et dans leur époque. Dans une
ambiance de travail chaleureuse, éclairée par une fenêtre sur le côté (qui
n'est pas sans rappeler un certain Vermeer), trois personnages, dont un
peintre, sont plongés dans leur tâche avec grand soin, malgré la rusticité du
lieu (les combles). L'endroit où le peintre travaille est protégé par une toile
suspendue au plafond. Tout et tous concourent à ce que la peinture soit menée à
bien, même dans des conditions peu confortables : ce tableau résonne comme
un message sur la condition de l'artiste, susceptible de s'élever grâce à son
art, dans un pays déverrouillé des rigidités du système aristocratique.
On termine par le plus touchant - peut-être le plus beau - des tableaux de l'exposition : La lettre d'amour de Vermeer. Regardez les expressions fort différentes des deux femmes - maîtresse de maison et servante. Observez les détails qui créent le moment du tableau, l'instant-clé qu'est cette la scène, juste avant l'ouverture de la lettre. Admirez la composition, le naturel, la délicatesse des couleurs, de la lumière, des visages... A la fin, on croirait les entendre penser ! Une merveille.
L'Âge d'or hollandais, de Rembrandt à Vermeer
Une exposition organisée en association avec le Rijksmuseum, Amsterdam
Pinacothèque de
Paris
28, place de la Madeleine - 75008 Paris
Jusqu'au 7 février 2010
TLJ de 10 h 30 à 18 h
25 décembre et 1er janvier de 14 h à 18 h
Nocturne tous les premiers mercredis du mois jusqu’à 21 h
Entrée 10 € (TR 8 €)
Images : Frans Hals, Portrait d'homme, c. 1635, Rijkmuseum,
Amsterdam © Department Rijksmuseum, Amsterdam
et Johannes Vermeer, La lettre d'amour, c. 1669-70, Rijksmuseum, Amsterdam,
Acquis avec l'aide de Vereniging Rembrandt © Department Rijksmuseum,
Amsterdam
Voici certainement
l'histoire de faussaire la plus gonflée et la plus réussie du siècle
dernier.