
Alors que les feux sont braqués sur les écrans cannois, il se passe en ce moment sur les planches parisiennes un grand moment de théâtre, un de ces spectacles intelligents et populaires que l'on attend longtemps et ne vit que trop rarement.
Le texte a près de 150 d'âge et n'est presque jamais joué. Son auteur est
pourtant illustre, mais allez savoir pourquoi cette pièce écrite par Victor
Hugo en 1865 n'a été éditée qu'en 1934 et montée pour la première fois... en
1961.
Et elle a en tout cas gardé toute sa fraîcheur.
C'est à Laurent Pelly que l'on doit la grâce de (re)découvrir cette œuvre, avec un travail de mise en scène des plus réussis.
Dans cette vaste pièce trépidante, qui tient en quatre actes comme autant
d'épisodes d'un feuilleton illustré, l'on croise un député qui parle davantage
de finance que de politique, un nouveau riche dégoulinant de vanité qui
retourne sa veste à chaque changement de régime, méprisant avec les faibles et
obséquieux avec les puissants, un homme né dans le ruisseau qui a tâté trois
ans de cachot pour douze sous de forfait et dort depuis à la belle étoile, une
fausse veuve-vraie fille, une demoiselle aussi pauvre qu'amoureuse, un huissier
vendu au plus offrant, un grand-père malade, musicien, aimant et faussement
italien, sans compter un richissime banquier prétendument espagnol et un juge
de bois vert...
Avec tout ça, une vraie intrigue, qui tourne autour de mille francs de
récompense pour quatre mille à retrouver, mais pour mieux accompagner les
véritables questions de la pièce, qui sont celles de la dissimulation, de
l'identité et de la fidélité.
La pièce est merveilleusement écrite, pleine d'humour notamment grâce au personnage du vagabond Glapieu qui se fait aussi observateur et commentateur de l'histoire. Victor Hugo, défenseur de la liberté, de l'honneur, du pauvre, de la veuve, du vieux, de la fille et de l'orphelin, y dresse un formidable tableau social du Paris sous la Restauration... dans lequel, hélas, le spectateur de 2011 trouvera bien des thèmes d'actualité.
Ce qu'en fait Laurent Pelly est formidable, à la fois respectueux de l'époque à travers des costumes et des décors impeccables, évitant la surcharge du XIXème dans le premier acte - idée géniale de figurer l'appartement et ses annexes en décor filaire -, faisant tomber la neige nocturne du 2ème sur un somptueux décor, et capable de faire ressortir la modernité de la pièce grâce à un rythme et une direction d'acteurs des plus justes. Tous les comédiens excellent, qui dans l'humour, qui dans l'émotion la plus touchante, tout en mettant en évidence ce que la pièce a de plus classique : cette variété de mensonges petits et grands, bien et mal fondés, ce jeu permanent et cette hypocrisie qui donnent à la vérité toute sa valeur...
Mille francs de récompense
De Victor Hugo
Mise en scène Laurent Pelly
Théâtre de l’Odéon
Jusqu'au 5 juin 2011
Dramaturgie : Agathe Mélinand
Scénographie : Chantal Thomas
Costumes : Laurent Pelly
Lumières : Joël Adam
Son : Aline Loustalot
Avec Vincent Bramoullé, Christine Brücher, Emmanuel Daumas, Rémi Gibier,
Benjamin Hubert, Jérôme Huguet, Pascal Lambert, Eddy Letexier, Laurent
Meininger, Jean-Benoît Terral, Émilie Vaudou, avec la participation de François
Bombaglia
Durée : 3h15 avec un entracte
Places : 10 euros à 32 euros
Créé le 14 janvier 2010 au TNT - Théâtre national de Toulouse Midi-Pyrénées, production TNT - Théâtre national de Toulouse Midi-Pyrénées
photo © Polo Garat-Odessa