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mercredi 19 août 2009

Whatever Works. Woody Allen

Whatever works, Woody AllenBeaucoup ont applaudi le retour de Woody Allen à Manhattan, se sont réjouis du côté délicieusement vintage de Whatever Works.

Appréciation vraie, mais qui en même temps a tendance à balayer un peu vite la réussite de ses films précédents, les "Européens", en particulier le dernier de la série, Vicky Cristina Barcelona. Il avait une fraîcheur revigorante, due en partie à la grâce de ses actrices, mais aussi à son scénario bâti autour de ces Américaines qui découvraient avec ingénuité et tonicité une Espagne de carte postale, dont les reliefs n'étaient pas pour autant des plus attendus.

Avec Whatever Works, notre so New-Yorkais revient au bercail et si cela lui va très bien, si on passe avec ce film un moment extra, il faut tout de même reconnaître que c'est cette fois un Woody Allen beaucoup plus convenu que les précédents. Il ne s'agit pas de bouder son plaisir, mais le revers de la tradition retrouvée a une couleur quelque peu sépia...

L'histoire est celle d'un septuagénaire grincheux, hypocondriaque et misanthrope, mais non dénué de génie (génie pour quoi ? est l'une des questions du film ; on sait très vite qu'il a quand même raté de peu le Prix Nobel de physique). Notre Boris, donc - un double de Woody Allen incarné par Larry David de façon très convaincante - rencontre (ou plutôt est alpagué par) une gamine de vingt ans tout fraîchement débarquée de sa province, aussi idiote que ravissante. Comme elle a tout à apprendre, de New-York comme de la vie, elle s'attache à ce lucide vieux cinglé, adopte à sa façon sa vision désabusée et lui demande de l'épouser. Il refuse, puis il accepte, les voilà mariés et peu après débarquent les beaux-parents, séparément puisqu'ils sont désormais séparés, mais aussi ploucs républicains dégoulinants de religiosité l'un que l'autre. C'est ainsi que la galerie de portraits hilarants se complète, au fil de dialogues jubilatoires de bout en bout.

Mais ce que Whatever Works a de profondément séduisant tient en même temps à la petite philosophie qui s'en dégage, dont la pierre fondamentale est posée d'emblée par notre physicien de génie (voici donc la réponse à la question initiale) : Le tout est que ça marche. Ce qui n'est dit qu'au fur et à mesure du film, c'est l'implicite de la maxime : "Le tout est que ça marche... ici et maintenant en tout cas". Alors l'union d'une écervelée et d'un nobellisable, OK, tant que ça marche. Et le reste, idem.
Mais s'il se trouve que la vie - "le destin" ! - fait évoluer les choses, et bien tant pis, et bien tant mieux, tout est bouleversé, les personnes changent de point de vue, d'idées, d'envies, de vie... "le tout est que...".
Bref, Woody Allen ouvre ici grand la porte au hasard, fait de son anti-héros associable et angoissé un philosophe qui accepte les événements tels qu'ils viennent, et délivre dans ce film une morale des plus vivifiantes, où rien ni personne n'est figé, où ce qui fait évoluer, les surprises et les rencontres constituent tout le sel de l'existence.

Whatever Works
Une comédie de Woody Allen
Avec Larry David, Evan Rachel Wood, Ed Begley Jr., Patricia Clarkson, Henry Cavill, Michael McKean...
Durée 1 h 32

dimanche 19 octobre 2008

Vicky Cristina Barcelona. Woody Allen

Woody Allen, Vicky, Cristina, BarcelonaElles sont américaines, jeunes, belles, et contentes de venir passer leur été à Barcelone. Cela ne fait pas deux minutes qu'elles ont débarqué qu'on est déjà tout content aussi de faire partie du voyage.
Le film démarre en trombe, avec une voix off qui débite, en anglais, mais au rythme de la langue de Cervantes, c'est-à-dire à toute allure, le portrait de nos deux touristes : Vicky, la brune (Rebecca Hall), sage et cultivée, solidement fiancée, qui sait ce qu'elle veut dans la vie en général et ce qu'elle vient faire là en particulier : approfondir sa thèse sur l'identité catalane. Cristina, la blonde (Scarlett Johansson), glamour et rêveuse, qui sait ce qu'elle ne veut pas et vient ici chercher tout le reste. Rappliquera vite le beau, le brun, le charmant, le dragueur, aussi léger qu'obstiné, l'artiste peintre : Juan Antonio, joué par un Javier Bardem très en forme. María Elena (voici Penélope Cruz, qui atteint des sommets), artiste peintre également, ne tarde pas à les rejoindre : elle est l'ex-femme de Juan Antonio, mais avec qui le "ex" n'est pas tout à fait consommé...
Prenez les quatre pendant quelques semaines, mélangez, et il ne reste plus qu'à déguster le cocktail signé Woody Allen, fait d'amour (beaucoup), d'humour, de cris et de larmes. S'y ajoute une pointe de philosophie, où le film parle sans ambages de la vie, de ce qu'on sait et de ce qu'on croit savoir, de ce qu'on veut et de ce qu'on ne veut pas, de ce qu'on peut et de ce qui advient. C'est un régal, avec tous les clichés de l'Espagne que nous aimons, bien normal puisque c'est précisément pour ceux-là que Vicky et Cristina sont venues, et qu'on était fermement décidé à les suivre...

Vicky Cristina Barcelona
Un film de Woody Allen
Avec Scarlett Johansson, Rebecca Hall, Javier Bardem, Penelope Cruz...
Durée 1 h 37

mercredi 7 novembre 2007

Le Rêve de Cassandre. Woody Allen

Le rêve de Cassandre, Woody Allen Le Rêve de Cassandre commence comme une comédie, mais qui cède vite le pas au drame, lorsque le poids lourd de la conscience vient charger l'envolée juvénile du début.

C'est l'argent qui fait basculer la situation, au détour d'apparitions diaboliques, le prêteur usurier qui fait bruisser les liasses de billets et la femme belle mais trop généreusement tentatrice.
Pour cause de dette de jeu, pour cause d'amour passionné, les deux frères vont passer de leur condition de fils de la classe moyenne – dont les préoccupations sont tout ce qui a de plus ordinaire, installer son couple et faire plaisir à sa douce pour l'un, s'élever vers la classe supérieure pour l'autre – à celle de nécessiteux aux abois. Ressort de l'histoire : le sauveur, incarné par un oncle richissime, seule personne qui pourrait les aider, se fait à son tour maléfique...

Après l'entrée bondissante des deux frangins-à-la-mort-à-la-vie, le portrait familial croqué autour d'un repas aux dialogues délectables, la mise en place de l'histoire, avec des personnages et des situations teintés d'humour, bref, après une très agréable première partie, voici donc qu'à traits épais se dessine le drame.
Et force est de reconnaître qu'une fois le forfait attendu accompli, toute la fin du film a tendance à coller au sujet de la culpabilité un peu trop intimement, pour ne pas dire à l'engluer. Woody Allen se met alors à se répéter comme s'il ne savait qu'en faire pour finir sur une tragédie tout à fait prévisible.
Quel dommage ! Après un début des plus alertes qui ne pourra que ravir ses fans, le cinéaste se met à devenir ennuyeux, et ce malgré l'excellente prestation des deux comédiens, Ewan McGregor et surtout Colin Farrell.

Le Rêve de Cassandre. Woody Allen
Avec Colin Farrell, Ewan McGregor, Tom Wilkinson, Hayley Atwell
Durée 1 h 48