Mots doux ou enflammés, mais mots
toujours lyriques, à la fois si près du ridicule et si beaux. Que ne
donnerait-on pas pour être dans l'état qui fait jaillir ce mouvement fou, ces
mots maladroits, magnifiques, poétiques ?
Cette exposition de lettres et poèmes d'amour où, de Hugo à Piaf en passant par
Apollinaire ou Picabia, les plus grands côtoient les plus célèbres voire les
plus costauds, est à visiter tranquillement, au calme. Une ambiance que le
Musée des lettres et manuscrits, dans un hôtel particulier retiré au fond d'un
passage entre l'Odéon et la Seine, réserve à ses visiteurs heureux
initiés.
Sous les vitrines, l'encre, les mots manuscrits, le papier vieilli et les
sentiments si forts de tous ces disparus : l'émotion venue du passé ne
tarde pas à renaître et très vite nous gagner. Magie de l'écriture.
Et des belles histoires, venues d'"anonymes" aussi, comme celle d'Alfred
Roselau qui, durant le Siège de Paris en 1870-71, écrit à son épouse installée
dans leur château d'Aubusson deux lettres par jour. N'ayant pas confiance dans
le nouveau système postal du ballon monté, il affranchit ses lettres, inscrit
au recto "A remettre à la Poste de France" et les attache à un ballon
de baudruche qu'il laisse s'envoler de son balcon du 23 rue des Gravilliers
dans le 3ème arrondissement de Paris. Il paraît que certaines sont arrivées à
son heureuse destinataire...
Mais le clou de l'exposition est assurément la révélation au public d'un
manuscrit exceptionnel. Il s'agit des lettres qu'Antoine de Saint-Exupéry a
adressées, jusque dans les derniers mois avant sa disparition, en 1944, à une
inconnue qu'il avait rencontrée dans le train et dont il était tombé
immédiatement amoureux. La belle, mariée et enceinte, l'avait éconduit. Cet
ensemble de douze feuillets, dont la moitié est ornée de dessins à l'aquarelle
de l'artiste, est poignant au possible. Sur l'un des premiers, à côté du Petit
Prince, on peut lire "Il était triste et donc injuste. J'ai cassé tout ce
qu'il disait mais j'ai gardé le dessin parce qu'il est tellement ressemblant...
Il n'est pas si méchant que ça mais il est tellement mélancolique".
Et puisqu'il est naturellement impossible de tous les citer, finissons sur ces
mots écrits par Romain Gary à son amie Christel Kryland : "Et rien
jamais, ni le mariage, ni l'amour ni les enfants ne te rapprocheront de moi
plus que ça : l'effort d'être un homme".
Et voilà.
Parlez-moi d'Amour !
Exposition prolongée jusqu'au 18 mai 2008
Musée des lettes et
manuscrits
8, rue de Nesle - Paris 6ème (M° Odéon, St-Michel, Pont-Neuf)
Du mar. au ven. de 10 h à 20 h, les sam. et dim. de 10 h à 18 h
Entrée 6 € (TR 4,50 €)
Programme des manifestations autour de l'exposition sur le site
Dans
La prisonnière, le narrateur, épris d'Albertine, la tient chez lui en
liberté très surveillée.
Une jeunesse
décomplexée et gentiment insolente interprétée par de beaux et brillants
comédiens joue un trio amoureux dans le Paris d'aujourd'hui côté
Bastille.
Dans Le côté des Guermantes, la
grand'mère du narrateur, à qui il est profondément attaché, tombe malade, puis
finit par s'éteindre.
A New-York, Léo, vieil immigré
juif de Pologne, vit seul dans son appartement exigu.