Visiteurs et lecteurs franciliens, vous
avez jusqu'au 27 avril pour vivre une expérience qui ne ressemble à nulle
autre. Son énoncé, déambulation théâtrale dans une exposition d'art
brut ne doit en rien vous effrayer.
La proposition ne coûte que 6 €, dure 40 minutes et a lieu dans le cadre des
Rencontres de la Villette 2008, treizième édition d'une manifestation de
cultures urbaines qui se plaît à mélanger les disciplines. L'état d'esprit est
franchement au dialogue, à l'ouverture et à la découverte.
Avec L'appartement, vous entrerez dans l'un de ces petits mondes comme
on les aime, cohérent, singulier et décalé, tellement humain.
Du petit salon rouge, lumières tamisées, piano, meubles anciens, tableaux, des
voix vous entraînent vers le couloir, puis dans la grande cuisine, longue
table, linge suspendu, pain, café chaud, tartes, tableaux. En face, le séjour,
clair, canapé, télé, tableaux. Enfin la chambre, coiffeuse, miroirs, voile
blanc sur le lit, tout en en féminité, encore des tableaux.
Dans chacune des pièces, vous aurez fait fait étape pour écouter autant les
mots que les voix des comédiens professionnels (handicapés) de la compagnie de
L'Oiseau-Mouche, disant des lettres, des fragments d'écrits de malades mentaux.
Aimanté, vous aurez aussi contemplé longuement ces tableaux d'art
brut issus de la collection de la galerie abcd à Montreuil.
(1)
Le corridor est entièrement consacré à des dessins d'Adolf Wölfli, l'un des
plus célèbres artistes de l'art brut, la chambre à ceux d'Aloïse Corbaz. Dans
le séjour, de nombreuses oeuvres ne manquent pas de fasciner. Ce qui frappe le
plus dans ces dessins, c'est peut-être le détail, la minutie avec laquelle ils
ont été réalisés. Il faut s'approcher de près pour voir que la moindre
"ornementation" est motif figuratif ; parfois ce sont des mots écrits tout
petits comme un fil ininterrompu qui complètent le trait. Les compositions sont
très denses mais finalement ordonnées.
Dans le dessin à l'encre de Lubos Piny, l'un des plus impressionnants de
l'exposition, se mêlent hyper-réalisme des organes, vision éclatée du corps
humain et mise en évidence des liens du fonctionnement organique. Impossible à
décrire mais à voir absolument.
L'on se sent bien dans ce lieu, à écouter ces voix parfois accompagnées de
musique. Le vocabulaire, pictural ou non, de ces artistes nous parle. A cette
fatigue, à ces passions, à ces peurs et à ces délires, l'on entend des échos
résonner en nous. L'ambiance intime et le décor ancien de l'appartement
renvoient à une intériorité et à un passé rassurant. Comme si la vision de ces
folies-là nous reposait.
L'appartement, Déambulation théâtrale dans une exposition d'art
brut
Rencontres de la Villette
2008, Grande Halle, studio 1
Les 18, 19, 25 et 26 avril à 17 h, 18 h 30 et 21 h ; le 24 avril à 19 h et
22 h
Entrée 6 €
Entrée libre à l'exposition/projection le mer. à partir de 19 h et le dim. à
partir de 14 h
Conception et réalisation : Bruno Decharme, Kate France et Sylvie
Reteuna
En partenariat avec la galerie abcd, la Cie de L'Oiseau-Mouchet et la Cie La
Sibylle
(1) L'art brut désigne les oeuvres spontanées, échappant à toute
influence culturelle, réalisées par des personnes créant en dehors des normes
esthétiques convenues, par exemple par les pensionnaires d'asiles
psychiatriques. Ce terme a été inventé en 1945 par Jean Dubuffet.
Lire le billet sur Le plancher
de Jean
Dossier assez fouillé sur le site de la
galerie abcd.